DECLARATION DE ST BONIFACE.
Contribution « géopolitique ».
Au-delà de l‘intérêt strictement juridique présenté par ladite Déclaration, élaborée par l’O I F le 14 Mai 2006 et de la volonté de cette dernière, Organisation non gouvernementale, de collaborer sur tous les plans avec les organisations supra étatiques dans leur souci d’éradiquer maints fléaux planétaires, les rédacteurs de ladite déclaration mettent l’accent, directement, ou indirectement, sur trois thèmes géopolitiques majeurs à l’orée de ce nouveau siècle
- la pérennité des conflits
- les aléas du contrôle des armements
- l’aggravation de la fracture entre les pays nantis du Nord et les pays démunis du Sud, « l’inégal développement »
1) La prévention des conflits, un objectif plus que jamais d’actualité.
A) eu égard à la multiplication des contentieux et des guerres ouvertes depuis un demi siècle
La période contemporaine se caractérise fondamentalement par un essor croissant du nombre de conflits ouverts, parallèlement (mais ceci est loin d’être étranger à cela !) à une militarisation soutenue de la planète.
Au cours de la période 1945-1975, le bilan concret établi par les experts de l’ONU évoquait 71 conflits de premier ordre, qui ont fait plus de 12 millions de morts « directs » (5 millions entre 1960 et 1960, 7 millions entre 1960 et 1975). Pour le dernier quart de siècle, les estimations s’élèvent également à quelques 5 millions. Avec un constat spatial supplémentaire édifiant : sur la centaine de pays affectés par un conflit armé au cours des cinquante dernières années, 87% étaient le fait de nations sous développées, dont 36% pour les pays les moins avancés (PMA) .
B) engendrant une typologie édifiante de conflits
La multiplication de ces conflits ouverts s’est aussi traduite, via la « polémologie », par de nombreuses esquisses typologiques. On peut distinguer notamment :
- les conflits interétatiques
-les conflits « post coloniaux »
-les conflits intra étatiques.
Les premiers, les plus « classiques », (ceux qui ont égrené tragiquement l’histoire del’humanité au cours des millénaires), illustrés par exemple par les guerres de Corée ou de la péninsule indiennes ou par les conflagrations du Proche et du Moyen Orient, sont désormais minoritaires (25% pour le denier demi siècle) ; les seconds, séquelles du processus de décolonisation, du Viet Nam aux Afriques francophones ou anglophones, également de l‘ordre de 25%- se sont naturellement raréfiés à la fin du dernier siècle, avec la quasi disparition des colonies !
Le troisième type (du Biafra au Bangladesh, de l’Indonésie au Cambodge, du Rwanda à la Somalie.) concerne par essence des espaces géographiques plus limités. Ils sont devenus majoritaires. Plus révélateur encore : un seul conflit ouvert a directement opposé deux nations développées du globe au cours du dernier tiers de siècle : la Grande Bretagne et l’Argentine, avec la « Guerre des Malouines », un cas de figure par ailleurs aberrant !
La multiplication des conflits est donc, pour l’essentiel, l’apanage des contrées du Tiers Monde en général, et de « l’Arc de crise » en particulier.
C) et constituant un paradoxe fondamental, à l’heure du contrôle des armements.
Certes, est c’est loin d’être insignifiant, la planète, depuis 1945, n’a pas connu de troisième guerre mondiale !! Constat directement lié à l’aventure nucléaire, à la spécificité de l’arme atomique, et aux effets persistants du système bipolaire et de la logique des Blocs, désormais caducs.
La prolifération des conflits localisés, en revanche, peut paraître paradoxale, puisque, depuis l’aube des années soixante dix, le monde via, notamment, les Etats-Unis (déclaration de Richard Nixon en Janvier 1970) puis l’Organisation des Nations Unies, a proclamé « la guerre à la guerre » et officialisé la promotion de la Paix par la voie du désarmement ! Et que la plupart des Etats développés ont multiplié signatures et ratifications de maints traités relatifs au contrôle des armements !
2) Les aléas de la Promotion de la Paix par la voie du désarmement.
A) la « révolution » des années soixante dix :
De fait, la période des « seventies » s’est essentiellement illustrée, en plein coeur de la détente, par des actes, certes significatifs, en matière de « contrôle « des armements. Témoin l’édifiant Traité « SALT » (relatif aux armements stratégiques à portée intercontinentale), conclu en 1974 par Moscou et par Washington (et qui a, en réalité, abouti à une sophistication spectaculaire (mirvage) desdites armes) ; témoins aussi les nombreux traités multilatéraux, très souvent ponctuels, comme le Traité de Tatlelolco ( non nucléarisation de l’Amérique Latine),la Convention sur l’environnement de 1972 ou les Accords destinés à interdire la fabrication de certains types d’armes (armes biologiques, chimiques…)
B) l’hypocrisie de la période contemporaine :
La plupart de ces Traités ou Accords, dument ratifiés (encore que le plus important d’entre eux, celui relatif à l’interdiction des essais nucléaires, attend depuis dix ans sa ratification par le Congrès américain !) ont été suivi de peu d’effets concrets.
Témoin le thème dramatique des mines anti personnels, toujours d’actualité :: En 1973, les 112 signataires de la Convention sur l’interdiction de certaines armes jugées excessivement pernicieuses » (sic) ont ainsi mis hors la loi les « mines, pièges et autres engins analogues ».Ce qui n’a guère empêcher les belligérants de part le monde à s’acharner à transformer rapidement une partie de la péninsule indochinoise ,ou les campagnes d’Angola ou du Mozambique en des contrées particulièrement riches en champs de mines anti personnels
C) une situation pénalisant, d’abord, le Tiers Monde
Les effets directs du système bipolaire, puis l’abandon progressif de toute hypothèse de conflit direct entre les puissances du monde développé, arc boutés sur la possession de l’arme nucléaire, sous peine de déclencher l’Apocalypse, se sont donc traduits par une concentration soutenue des points chauds du globe dans les contrées dites « en voie de développement ». Avec un corollaire direct : la sur militarisation de ces desesperados du Tiers Monde, parallèlement à une montée en puissance des nations du Sud dans la hiérarchie des acheteurs d’armes et de systèmes d’armes. (Le Japon, premier des pays nantis du Nord en matière d’achat d’armes, n’apparait qu’au treizième rang dans la hiérarchie des acheteurs mondiaux en 2008)
3) L’aggravation de la fracture entre pays du Nord et pays du Sud
A) les ambiguïtés de l‘inégal développement :
La notion d’inégal développement, reprise par l’OIF, est ambigüe : elle masque mal (« politically correct » oblige) les disparités de fait entre les Etats du Sud ( maints pays n’ont guère décollé sur l’échelle de Rostow ,et il existe désormais un véritable abîme entre certains M P A et les nantis du pétrole, par exemple) ; a fortiori, l’aggravation de la fracture entre Nord et Sud révélée par la plupart des indicateurs économiques et sociétaux ;e.
Certains indicateurs classiques sont particulièrement éloquents, telle l’espérance de vie à la naissance : la plupart des Etats voisins de la république Sud Africaine révèlent aujourd’hui une espérance de vie se situant en deçà de la barrière des 50 ans (42 ans pour le Lesotho, le Botswana ou le Zimbabwe, soit pratiquement la moitié de l’espérance de vie des nations de la « vieille Europe » !