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  • : La géopolitique par Jacques Soppelsa
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Cv Jacques Soppelsa

Agrégé de géographie , Docteur d'Etat ,et Professeur de géopolitique à l'université Paris I (Panthéon-Sorbonne). Retrouvez le Cv résumé en cliquant sur le lien suivant : Jacques Soppelsa

Recherche

Publications

1971 : Les Etats Unis (PUF)
1972 : Géographie Universelle (2 tomes) Livre du mois
1973 : Le Moyen  Orient (3 tomes) Mang
1975 : L'économie des Etats Unis (Masson). Livre du mois
1976 : La Géorgie méridionale et le Vieux Sud des Etats Unis (thèse)
1979 : Les grandes puissances (Nathan)
1980 : Géographie des Armements (Masson) Livre du mois
1981 : Histoire du Far West (Larousse  BD) 32 facsicules en coll.
1982 : La Terre et les hommes (Belin)
1984 : Des tensions et des armes (Publications de la Sorbonne)
1986 : Lexique de  Géographie Economique (en coll  Dalloz)
1988 : Lexique de Géopolitique (Dir. Dalloz)
1992 : Géopolitique de 1945 à nos jours (Sirrey)
1994 : La Patagonie (en coll. Autrement)
1995 : Los Frances en Argentina (en coll .Zago)
1996 : La dictature du rendement (Ellipses)
1997 : Dix mythes pour l'Amérique (Colin)
1999 : la démocratie américaine (Ellipses)
2001 : Géopolitique de l'Asie Pacifique (id)
2003 : Le Dialogue régional en Amérique Latine (Ellipses)
2005 : Les Etats Unis .Une histoire revisitée (La  Martinière-.Le Seuil)
2006 : "Dix morts en sursis" -Roman de Géopolitique fiction- Editions du Club Zero
2008 : Géopolitique du monde contemporain (en coll.) (Nathan)

2009 : Les sept défis capitaux du Nouvel Ordre Mondiale

2010 : Dictionnaire iconoclaste de l'immigration

2011 : Géopolitique et Francophonie

2012 : Louis XVII, La piste argentine

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16 août 2008 6 16 /08 /août /2008 13:09
Selon Fernard Braudel « la Méditerranée est un très vieux carrefour; depuis des millénaires, tout a conflué vers elle, brouillant, enrichissant son histoire » (Braudel dans Matvejevitch, 2005). Et la coopération entre les pays européens et méditerranéens est une longue tradition parce que la région méditerranéenne, grâce à sa position géographique et stratégique a pris toujours une place important pour l’Europe. Il était inévitable de coopérer dans un sens profond car « les relations qu’entretiennent l’Union européenne et les pays méditerranéens ainsi que la volonté de formuler et de pratiquer une politique d’ensemble a l’égard du bassin méditerranéen sont à l’ordre du jour des instances communautaires depuis l’entrée en vigueur du Traité de Rome » (Berdat). Le partenariat euro- méditerranéen- PEM (le processus de Barcelone), la politique européenne de voisinage (PEV) et plus récemment le projet de l’Union Méditerranéenne (UM) sont témoignes de l’importance de la coopération dans la méditerranée pour les pays Européens.

La Turquie en tant que pays méditerranéen, « l’un de ceux qui ont le rivage le plus étendu » a participé au processus de Barcelone des le début et elle s’est intéressée ce qui concerne la méditerranée (Gül, 2007). Par contre, comme la Turquie se définit en tant qu’européenne mais pas arabe et pas africain, a tourné son visage a l’Europe (Dorronsoro, 2008). C’est pour quoi la méditerranée n’a jamais été la première région ou la Turquie vise à intégrer. D’ailleurs depuis la campagne présidentielle de Sarkozy, la coopération dans le bassin méditerranéen est devenu un sujet d’actualité en Turquie puis que le président de la République française a proposé le projet de l’Union Méditerranéenne comme une alternative à l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne. Même si la Turquie a toujours pris sa place dans toutes les formations qui concerne la méditerranée, elle s’est approchée avec incertitude à ce projet parce qu’elle risquait sa démarche européenne.

Le but de ce projet de recherche, c’est d’analyser la coopération entre les pays européens et méditerranéens dans le bassin méditerranéen et les raisons de la réticence de la Turquie en tant que pays méditerranéen à l’égard de l’intégration dans cette région. Dans la première partie, on va examiner la coopération dans le bassin méditerrané depuis le processus de Barcelone et le nouveau projet de l’Union Méditerranéenne. Dans la deuxième partie, on va analyser la perspective de la Turquie dans le processus d’intégration méditerranéen, et on va étudier les réflexions dans l’actualité en Turquie.



  1. Les démarches d’intégration dans la méditerranée

  1. Le Processus de Barcelone

La coopération entre la Communauté européenne et les pays1 de la zone méditerranéenne est « une longue tradition » qui a commencé d'être mise en oeuvre dans les années 60 et 70, par la signature d'accords méditerranéens (1963 : Turquie ; 1969 ; Maroc et Tunisie ; 1970 : Malte et Israël ; 1972 : Chypre, Liban et Egypte ; 1976 : Algérie) (Rapport d'information n° 121, 2001-2002).

Selon Eberhard Rhein ce n'était pas par hasard si dès le début des années soixante, la Communauté Européenne, des sa constitution, s'est trouvée engagée pour la première fois, dans des négociations avec deux importants pays de la Méditerranée, la Grèce et la Turquie, pour définir avec eux des rapports d'association devant mener à terme à leur adhésion à la Communauté. Dans les deux cas, la Communauté cherchait à stabiliser son flanc sud contre ce qui était, à l'époque, le grand danger, à savoir l'expansion soviétique en Méditerranée. A cette fin, elle mettait en oeuvre les trois instruments dont elle disposait ; un libre accès commercial à son marché; un dispositif de moyens financiers assez ambitieux pour l'époque; un dialogue politico-économique au sein d'institutions conjointes (Rhein, 1993).

Selon Costesec et Lerin, il y a trois générations d’accords euro-méditerranéens. Depuis les années 1960, les relations euro-méditerranéennes sont organisées dans le cadre d’accords, renouvelés à quatre reprises. Dans les années 60, les premiers accords conclus avec le Maroc et la Tunisie étaient des accords bilatéraux préférentiels de nature commerciale (exportations agricoles, etc.). Les accords des années 70 s’inscrivent dans le cadre de la mise en place de la politique globale méditerranéenne. Ils concernaient les trois pays du Maghreb central, les pays du Machrek, Israël ainsi que les pays du sud de l’Europe. Ces accords de coopération reprenaient les accords commerciaux des années 60 et s’ouvraient sur des volets techniques et financiers. Dans les années 80, la CEE met en place une politique méditerranéenne rénovée. Cette « rénovation » concerne principalement des questions politiques : paix, sécurité, droits de l’Homme, démocratie. Et en 1995, l’Europe organise à Barcelone une grande conférence euro-méditerranéenne en vue de définir une politique qui assurerait la paix, la stabilité, la sécurité et le développement social (Costesec et Lerin, 2003).

L’Union Européenne a du redéfinir sa position à l’égard de sa façade sud au début des années 1990, à cause de « l’importance des relations politiques économiques et sociales entre l'Europe et la Méditerranée orientale et méridionale, ainsi que l'évolution de la situation politique et géostratégique en Europe ». Cette situation a conduit l’Union à définir une stratégie régionale plus globale, qui dépasse la coopération traditionnelle en matière technique et financière (Rapport n° 121, 2002). Alors ce nouveau départ a trouvé sa place en tant que partenariat lors de la Conférence de Barcelone. Pendant la conférence euro- méditerranéenne des 27 et 28 novembre 1995, les pays membres de l’Union Européen et les douze pays tiers méditerranéens ont déclaré leur volonté de coopération par la Déclaration de Barcelone considérée comme l'acte fondateur de ce partenariat.

Le partenariat euro- méditerranéen comporte trois volets : le volet politique et sécurité a pour objectif la définition d'un espace commun de paix et de stabilité ; ensuite le volet économique et financier doit permettre la construction d'une zone de prospérité partagée ; enfin le volet social, culturel et humain vise à développer les ressources humaines, favoriser la compréhension entre les cultures et les échanges entre les sociétés civiles (Déclaration de Barcelone, 1995).

Le processus de Barcelone est « une initiative intéressante, audacieuse et ambitieuse » (Ait Chaalal, 2005). Une initiative intéressante par le fait de rassembler les quinze pays membres de l’Union européenne et douze pays méditerranéens autour d’une dynamique commune et partagée. Ensuite, « une initiative audacieuse » parce que le but du partenariat est d’aborder de front trois catégories de questions (les aspects politique et de sécurité, économico -financier et socio- culturel) et de proposer ainsi une approche globale tant au niveau des pays concernés que des thématiques abordées. Enfin « une initiative ambitieuse » puisque le partenariat se fixe des objectifs vastes, dans un cadre marqué par une grande diversité de situations tant au Nord qu’au Sud de la Méditerranée (Ait Chaalal, 2005).





Le processus de Barcelone est important pour les pays méditerranéens parce qu’il ne consiste pas seulement à former des « relations commerciales préférentielles et réciproques entre l'UE et des pays méditerranéens ». Il prévoit aussi le renforcement des liens commerciaux entre les pays méditerranéens eux-mêmes avec zone de libre-échange régionale envisagée par la déclaration de Barcelone. Le développement des relations commerciales Sud-Sud dans la région a un intérêt économique pour les pays méditerranéens. L'ouverture des échanges entre les pays méditerranéens présente plusieurs avantages économiques, en termes d'investissements étrangers potentiels. Ces avantages, en se traduisant une diversification économique et des emplois, pourraient être utilisé contre des grands défis auxquels la région est confrontée. La signature, en 2004, de l'accord de libre-échange d'Agadir entre l'Égypte, la Jordanie, le Maroc et la Tunisie, est un exemple de la coopération Sud-Sud. D'autres accords de libre-échange ont été conclus en 2004, en particulier entre la Turquie et le Maroc, entre la Turquie et la Tunisie, entre la Turquie et l'Autorité palestinienne qui témoignent de la progression de l'intégration régionale méditerranéenne (Communication de la commission, 2005).



  1. Le projet de l’Union Méditerranéenne



Depuis la campagne présidentielle de 2007 Nicolas Sarkozy propose un projet qui intéresse la méditerranée et l’Europe. Le président de la République Française affirme que «l’avenir de l’Europe est au Sud. En tournant le dos à la Méditerranée, l’Europe se couperait non seulement de ses sources intellectuelles, morales, spirituelles, mais également de son futur. Car c’est en Méditerranée que l’Europe gagnera sa prospérité, sa sécurité, qu’elle retrouvera l’élan que ses pères fondateurs lui avaient donné» (diplomatie.gouv.fr, 2007)2.

Le projet d’une union en méditerranée est une version grande du Politique de Voisinage Européen (PEV) dont l’Union Européenne a besoin, qui intègre les différents instruments actuels afin de « constituer un cadre de dialogue avec le monde arabo-musulman, du Golfe persique à l’Océan atlantique » (Meunier, 2007). Regroupant EUROMED et processus de Barcelone, elle pourrait comprendre des volets régionaux, mais elle aurait pour avantage d’englober tous les Etats de l’UE, et non une partie d’entre eux, autour de priorités définies d’un commun accord. C’est évidemment la seule voie praticable et « euro-compatible », puisque l’essentiel des compétences de l’Union Méditerranéenne pourrait se réaliser le droit communautaire (échanges commerciaux, environnement, etc.) et que la Commission soutien depuis longtemps l’idée d’une zone de libre-échange économique et de stabilisation politique en « périphérie » de l’Union Européenne (Meunier, 2007).

Par contre selon Khader, le projet de l’Union Méditerranéenne s’agirait de mettre en place quelque chose qui soit plus petit que la Politique Européenne de Voisinage (PEV) et plus efficace que le Partenariat euro- méditerranéen (PEM). Le projet de l’Union Méditerranéen fait sens puisqu’il s’agit globalement de maximiser les champs de coopération entre des voisins, autour d’intérêts partagés, pour « tracer les lignes d’un futur commun souhaitable » (Khader, 2007).

D’ailleurs, la proposition de Nicolas Sarkozy d’une « Union méditerranéenne » - une version plus « light » de l’Union Européenne pour les pays méditerranéens  - en tant qu’alternative à l’adhésion pleine et entière risque d’être inacceptable pour plusieurs Etats membres. Les récentes déclarations selon lesquelles cette « union méditerranéenne » est indépendante de l’adhésion turque sont peut-être le signe d’une légère évolution de la part de Sarkozy (Hakura, 2007).

Les chefs de gouvernement italien et espagnol, Romano Prodi et José Luis Zapatero et le président français Sarkozy sont réunis à Rome pour discuter le projet de Sarkozy le décembre 2007 et ils ont déclaré l’ « appel de Rome pour la Méditerranée ». Selon les trois leaders des pays importants méditerranéens, « l'Union pour la Méditerranée aura pour vocation de réunir Europe et Afrique autour des pays riverains de la Méditerranée et de former un partenariat sur un pied d'égalité entre les pays du pourtour méditerranéen » (De Bresson, 2007).

Le projet de Sarkozy suscite des inquiétudes parmi les autres pays de l'Union européenne, en premier lieu en Allemagne. Angela Merkel, le décembre à Paris a annoncé que "Si, à côté de l'Union européenne, les Etats riverains de la Méditerranée devaient constituer une deuxième union totalement différente, j'ai dit que cela risquait de constituer une épreuve difficile pour l'Europe". Alors, en prenant compte les inquiétudes, l’appel de Rome précise toutefois que "L'Union devrait être fondée sur le principe de la coopération et non sur celui de l'intégration"(De Bresson, 2007).

En outre, le texte de l'appel souligne que la nouvelle Union « n’a pas vocation à se substituer aux procédures de coopération et de dialogue qui réunissent déjà les pays de la Méditerranée, mais à les compléter, et à leur donner une impulsion supplémentaire ». Cette proposition de Sarkozy ne fait pas de sens (Dorronsoro, 2007) si « le processus de Barcelone et la politique européenne de voisinage resteront, donc, centraux dans le partenariat entre l'Union européenne dans son ensemble et ses partenaires de la Méditerranée » (De Bresson, 2007).

Quelques chercheurs et journalistes de la France et du sud Europe, font remarquer que « l ’Union Méditerranéenne est pour la France ce que le projet du Grand Moyen-Orient est pour les Etats-Unis » (Khader, 2007). 

Selon Sarkozy « pendant 15 siècles, tous les projets pour ressusciter l’unité de la Méditerranée ont échoué, comme ont échoué jadis tous les rêves d’unité européenne, parce qu’ils étaient portés par des rêves de conquêtes qui se sont brisés sur le refus de peuples qui voulaient rester libres ». Mais aujourd’hui le projet d’une union méditerranéenne que la France propose à tous les peuples de la Méditerranée « de construire ensemble, ce n’est pas un rêve de conquête, c’est un projet porté par un rêve de paix, de liberté, de justice, un projet qui ne sera imposé à personne parce qu’il sera voulu par chacun » (diplomatie.gouv.fr, 2007)3.

L’idée d’union dans la méditerranée « n’a pas germé dans la tête du président français : elle est le fait d’une orchestration collective, dans laquelle ont participé des experts, des députés de l’UMP et les principaux conseillers de l’Elysée ». Déclarée comme « axe majeur » de la politique étrangère française, l’idée s’est imposée dans les débats institutionnels et médiatiques. Comme « une Union de projets, plus qu’un projet d’Union, l’Union Méditerranéenne s’inspire des débuts de la construction européenne et se fonde sur la méthode des pères fondateurs du projet européens : des actions concrètes et des solidarités construites » (Khader, 2007). Avec le temps, elle pourrait se doter d’institutions propres et éventuellement des institutions communes avec l’Union Européenne. Mais il y a deux éléments qui rebutent dans l’initiative française : « Ce n’est ni une politique méditerranéenne de l’Union Européenne, ni une politique arabe de la France ». En outre, cette proposition a pour avantage « le découplage de l’idée de coopération renforcée avec la candidature turque » à l’Union Européenne. Le lien qu’a fait Sarkozy entre l’Union Méditerranéenne et la candidature turque a tendu le climat inutilement et finalement a desservi l’idée elle-même (Khader, 2007).



  1. La perspective turque à l’égard de coopération dans le bassin méditerrané



  1. La Turquie et la coopération en Méditerranée

Malgré son auto définition qui n’est pas « méditerranéenne » au premier lieu (Dorronsoro, 2008) la Turquie s’est représentée dans toutes les réunions et dans toutes les conférences qui concernent le partenariat Euro Méditerranéen depuis la Conférence de Barcelone de 1995. Même dans la réunion de 2006, c’était seulement la Turquie et l’Autorité Palestinienne qui étaient présentes a cotés des pays européens. « Nous participons à Euromed et au processus de Barcelone et nous nous intéressons à tout ce qui concerne la Méditerranée » annonce le président de la République Turque Abdullah GUL dans un interview publié dans le quotidien le figaro. En outre la Turquie participent, bien que discrètement, au processus de Barcelone. En tant que partenaire méditerranéen, elle est éligible au programme MEDA et de nombreux projets ont été approuvés (Le rapport d’information, 1999).

D’ailleurs, la Turquie a un statut différent que les autres pays méditerranéens puis qu’elle est la seule pays méditerranéen qui continue les négociations en tant que pays candidat pour une adhésion à l’Union Européenne et qui appartient au processus de Barcelone depuis 1995. La Turquie, « tout en étant intéressée par le processus de Barcelone, a pris dès l'origine sa distance à l'égard du processus essentiellement parce qu'elle est lui-même engagé sur la voie de l'adhésion à l'Union européenne » (Le rapport d’information, 1999). Comme les turcs « ne se considèrent pas comme arabes ou africaines mais européennes » ils ont toujours voulu une intégration en Europe (Dorronsoro, 2008). C’est pour quoi « la Turquie est restée relativement en retrait » dans le partenariat euro- méditerranéen et les facteurs limitatifs de sa participation étaient  « son contentieux avec la Grèce et ses déceptions vis-à-vis de l'Union Européenne » (Le rapport d’information, 1999).

L’Union Européenne ayant déjà deux politiques (le partenariat euro- méditerranéen et la politique européenne de voisinage) qui concerne la méditerrané, de proposer une troisième ne fait pas de sens pour la plupart des pays européens et méditerranéens aussi que la Turquie. C’est « une idéologie personnelle de Sarkozy » qui lui force de produire telles projets (Dorronsoro, 2008). Son idée que la Turquie n’est pas européenne et par ce qu’elle ne vient pas d’une tradition chrétienne, et son interprétation spécifique de « l’identité française », renforce de « repousser la Turquie à la marche ». Et comme elle ne peut pas bloquer toute seule, le processus de négociations de la Turquie dans la démarche européenne ; à cause de la bureaucratie, de la complexité des institutions européennes et des critères égalitaires pour tout les pays candidats, la France fabrique des nouveaux projets. Il faut dire que c’est la France qui est le plus opportuniste de ce projet mais « pour que ce processus se fonctionne bien il faut que la Turquie accepte au premier lieu » (Dorronsoro, 2008).

Les réactions de media et des intellectuelles européennes sont généralement dubitatives et sceptiques sauf certaines comme Jean-Claude Casanova affirmant que l’Union Méditerranéenne est « un chemin juste et difficile » (Khader, 2007). C’est une « chemin juste » parce que « si cette Union se réalisait, elle serait le point de rencontre des trois sœurs latines (des autres pays méditerranéens de l’Europe et des partenaires extérieurs) ». Par contre pour Casanova il y a aussi des obstacles. Le premier consiste à « persuader les partenaires européens qu’un cadre nouveau s’impose pour donner une énergie plus grande à la coopération ». Le deuxième tient à la question turque. « Est-ce que N. Sarkozy saura en mesure d’expliquer que son refus de l’adhésion de la Turquie ne repose sur aucune hostilité aux pays musulmans que l’on souhaite associer à l’Europe dans un cadre où ils restent ce qu’ils sont et l’Europe reste ce qu’elle est ». Et le troisième obstacle vient de la qualité du projet sur le quelle on ne sait pas beaucoup. En effet pour Casanova  « il est rare de voir des hommes d’Etat adhérer rapidement à une idée juste » (Khader, 2007).







  1. La place de la méditerranée dans l’actualité turque



Depuis les campagnes présidentielles de 2007 Nicolas Sarkozy a pris une position contre l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne affirmant que la Turquie n’est pas un pays européen. Aussi pendent les campagnes électorales il a souvent déclaré sa volonté d’établir une coopération entre les pays Européens et Méditerranéens avec le leadership de la Turquie. Toutes les deux; l’opposition de Sarkozy à l’adhésion de la Turquie et sa volonté forte de former « l’Union Méditerranéen » ont eu des réflexions négatives en Turquie. En outre, le discours de Sarkozy concernant la formation d’une « union » a été perçu comme une alternative à l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne (haberler.com, 2007) puis qu’il affirmait que « La Turquie n’a pas sa place dans l’Union Européenne parce qu’elle n’est pas un pays européen. Mais la Turquie est un grand pays méditerranéen avec lequel l’Europe méditerranéenne peut faire avancer l’unité de la Méditerranée. C’est la grande ambition commune que je veux proposer à la Turquie » (Sarko2007.free.fr).

Dans un entretien publié dans le quotidien le figaro ; le président de la République Turque Abdullah GUL affirme que le projet d’Union méditerranéenne défendu par le président Sarkozy ne peut pas constituer une alternative à l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne. Il répond :

« Les relations entre la Turquie et l’UE ont une base juridique. Les négociations sont en cours, l’objectif est défini. Il ne saurait être question que ce projet soit une alternative à notre adhésion à l’Union européenne. La Turquie est un pays méditerranéen, l’un de ceux qui ont le rivage le plus étendu. Nous participons à Euromed et au processus de Barcelone et nous nous intéressons à tout ce qui concerne la Méditerranée. Nous étudions aussi attentivement le projet proposé par M. Sarkozy » (le figaro, 2007).

Les Turcs n’ont pas de volonté forte pour l’Union Méditerranéenne et ils sont plus « ulcérés par le justificatif » de cette union (Khader, 2007).  Sinan Ulgen, un ex-diplomate turc affirme que les Turcs n’acceptent pas que l’Union Méditerranéenne soit présentée comme « un prix de consolation, un ersatz ou une alternative à leur volonté d’adhésion. Certes la Turquie jouera le rôle qui lui revient de droit dans toute architecture méditerranéenne, mais pas au prix d’une non- adhésion » (Khader, 2007).

La proposition de Sarkozy pour une union méditerranéenne est « une proposition vide et on ne sait pas qu’est-ce qu’il y a dedans et qui ne fait pas sens pour les turcs parce que les turcs ne se voient pas méditerranéen ».  La Turquie ne se voit pas comme un pays arabe, pas comme un pays africain ; ce n’est pas du tout l’auto perception de la Turquie. D’une autre coté mettre la Turquie et le Maroc dans le même bateau ça ne fait pas de sens pour les turcs (Dorronsoro, 2008).

Selon le journaliste turc ; Semih İdiz ce n’est pas seulement la Turquie qui a « mal traité » cette proposition depuis le début. En France aussi, pas tout le monde est idéaliste comme Sarkozy. Il y a des oppositions à ce projet puis que Alain Chenal du parti socialiste affirme que la proposition de Sarkozy c’est tout a fait l’indicateur d’une « néo-colonialisme » (milliyet, 2007). Comme le traitement des Etats-unis en Amérique Latine, Sarkozy veut contrôler tous les bassins sud des pays dans la méditerranée. En outre en faisant semblable de ne pas voir des pays comme l’Italie et l’Espagne, elle veut être le leader la France dans la méditerranée. Cette position de la France montre son intention de  néo-colonialisme  qui ne garde que les intérêts de la France (İdiz, 2007).

Selon Sami Kohen le projet de Sarkozy peut être nommé “Club Med” qui est un chaîne des villages de vacances français servant en Turquie depuis plusieurs années. Il affirme que Sarkozy veut conduire l’Union Européenne selon les propres intérêts de la France et il veut augmenter la puissance de la France en méditerrané en utilisant la Turquie. C’est une partie de la stratégie de la France et Sarkozy veut « compenser » son opposition à la candidature turque. En outre il y a des doutes pour la pratique du projet parce «  qu’il est presque impossible d’intégrer les pays méditerranéens » (milliyet, 2007).

Aussi la question des valeurs partagées sur lesquelles l’union se fonderait se relève puis que les concepts comme démocratie, droits d’homme ne sont pas des concepts très familiers avec plusieurs pays méditerranéens. Alors il n’est pas claire les valeurs et les critères essentielles de ce projet. Selon Kohen, la Turquie a été toujours favorables aux coopérations régionales et membre fondateur de plusieurs coopérations comme dans la mer noire. Par contre, il n’est pas possible pour la Turquie d’accepter un projet au lieu d’une adhésion à l’Union Européenne (Kohen, 2007).



Selon Can Baydarol, professeur à l’Université de Bilgi, le projet d’une union dans le bassin méditerrané n’est pas un nouveau projet parce que la France avait proposé telle projet dans les années 1990. Baydarol affirme que la Turquie refuse ce projet parce qu’il est « un essai de changer l’actualité de la Turquie de la part de France dans sa démarche européenne ». D’après Baydarol, aucune autre proposition ne peut satisfaire la Turquie qu’une adhésion définitive parce que ce n’est pas simplement un but économique mais un but politique que la Turquie vise à obtenir dans son démarche (Baydarol cité par Özerkan, 2007).

La nouvelle proposition d’une coopération dans la méditerrané, existant déjà deux autres qui concerne la région, c’est tout simplement « la volonté d’exclure la Turquie de l’Union Européenne » affirme İhsan Duran, professeur a l’Université Technique de Moyen Orient (Özerkan, 2007). D’ailleurs selon Beril Dedeoğlu, professeur à l’Université de Galatasaray, si la France veut augmenter sa puissance en méditerrané en utilisant la Turquie, elle doit aussi réussir à gagner la Turquie (Dedeoğlu, 2007).

  A coté des réactions contre ce projet, après la visite du diplomate Alain Leroy qui a été envoyé en Turquie par Sarkozy les réflexions ont changé leurs directions en Turquie. En envoyant son représentative en Turquie, Sarkozy visait d’expliquer de quoi il s’agirait ce projet de l’Union Méditerranéenne. Leroy, en faisant plusieurs visites officielles a expliqué que « cette proposition ne serait pas une alternative à l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne ». Il a aussi précisé que « L'Union devrait être fondée sur le principe de la coopération et non sur celui de l'intégration » (De Bresson, 2007). Alors, après avoir pris les détailles sur le projet, et après avoir compris qu’il n’influencerait pas le processus de négociations avec l’Union Européenne, le climat s’est radoucit dans le coté turc.

L’ancien président de la Banque Centrale de la Turquie; Yaman Törüner affirme que le projet de l’Union méditerranéenne est important pour les pays qui ont le risque d’être exclue de l’Union Européenne comme la Turquie puis que ces pays peuvent trouver leur chemin par cette union. En outre, l’Allemagne est devenue plus puissante dans l’Union Européenne par l’adhésion des pays de l’Europe de l’est dont elle peut influencer facilement. Cette situation de l’Allemagne plus forte avec ses voisins dans l’Union Européenne a affaiblit le poids de la France, l’Italie et l’Espagne dans l’union. C’est pour quoi la France veut garder sa position en produisant les nouveaux projets sous son patronat (Törüner, 2007).



Malgré la tendance de la Turquie de « voire d'un mauvais œil » le projet présenté comme une alternative à son entrée dans l'Union Européenne Jean-Louis Guigou affirme que « après les explications fournies par Paris, Ankara ne mettra pas son veto » (Géoéconomie, 2007).


Conclusion



La méditerranée a été toujours une région importante et l’idée d’intégration dans le bassin méditerranéen n’est pas un nouveau sujet pour les pays européen et méditerranéen. Par contre la méditerranée est rentrée dans l’actualité puis que Nicolas Sarkozy a proposé un projet de l’Union Méditerranéenne depuis la campagne présidentielle de 2007. Comme il a lancé ce projet en tant qu’alternative à la candidature turque et comme il est opposé à l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, Sarkozy a été beaucoup critiqué en Turquie. Malgré son auto définition qui n’est pas méditerranéen au premier lieu (Dorronsoro, 2008), la Turquie en tant que pays méditerranéen géographiquement a pris sa place dans toutes les formations qui concerne la méditerranée. Par contre elle s’est approchée avec l’incertitude au projet de l’ « Union Méditerranéenne » à cause de l’attitude de Nicolas Sarkozy dans sa proposition et dans ses discours.

Ayant déjà des politiques de l’Union Européenne  qui concernent la méditerranée; le processus de Barcelone et la politique européenne de voisinage (PEM et PEV), en proposant une autre c’est la France qui est le plus opportuniste de ce nouveau projet. Pour plusieurs c’est un projet qui ne fait pas de sens pour les pays méditerranéens et pour que ce processus se fonctionne bien, il faut que la Turquie accepte au premier lieu (Dorronsoro, 2008). Et si la France veut augmenter sa puissance en méditerrané, et si elle veut réussir dans son projet de coopération en utilisant la Turquie, elle doit tout d’abord réussir à gagner la Turquie (Dedeoğlu, 2007).

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16 août 2008 6 16 /08 /août /2008 12:58

 

Bibliographie

AIT-CHAALAL Amine, Le Partenariat Euro Méditerranéen : Dix ans après, quel bilan politique? Géostratégiques n° 8 - Juillet 2005

“Ankara, Sarkozy'nin Akdeniz Birliği Önerisine Karşı” ,08.05.2007, [Page Web]. Accès: http://www.haberler.com/ankara-sarkozy-nin-akdeniz-birligi-onerisine-karsi-haberi/

“Akdeniz İçin Birlik Projesi Sorumlusu Le ROY Türkiye temasların tamamladı” 06.02.2008 [Page Web]. Accès: http://www.sondakika.com/haber-akdeniz-icin-birlik-projesi-sorumlusu-alain-le-roy/

Avrupa-Akdeniz Süreci (Euromed/Barcelona Process) , [Page Web]. Accès: mfa.gov.tr

BARLUET Alain, Sarkozy teste l'Union méditerranéenne au Maghreb 14/10/2007 [Page Web]. Accès: http://www.lefigaro.fr/international/20070710.FIG000000134_sarkozy_teste_l_union_mediterraneenne_au_maghreb.html

BERDAT Cristophe, Bilan et Perspective de la Politique Méditerranéenne de l’Union Européenne, p5 [Page Web]. Accès: http://www.christopheberdat.ch/Recherches/pdf/BILAN%20ET%20PERSPECTIVE%23115864.pdf

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Coopération : l’Union méditerranéenne de Sarkozy, jeudi, 8 fevrier 2007, fenetre sur l’Europe [Page Web]. Accès: http://www.fenetreeurope.com/php/page.php?section=actu&id=7370

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Pour un projet d’union méditeranéenne, Directsoir no 228, mardi 23 octobre 2007

ROUSSELIN Pierre L’interview de Abdullah GÜL “ Ce que la Turquie peut apporter a l’Europe” Le Figaro, 27 Novembre 2007

Rapport d'information n° 121 (2001-2002) de M. Louis LE PENSEC, fait au nom de la délégation pour l'Union européenne, déposé le 6 décembre 2001

Rapport D'Information n° 1297 Déposé en application de l'article 145 du Règlement par la Commission des Affaires Etrangères en conclusion des travaux d'une mission d'information constituée le 23 octobre 2002 1 sur l'avenir du processus euro- méditerranéen, Président M. Roland BLUM Rapporteur M. Jean-Claude GUIBAL Députés, Enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 16 décembre 2003.

Rapport d’information n° 1737 (1999) Déposé en application de l'article 145 du Règlement Par la Commission des Affaires Etrangères sur le partenariat euro-méditerranéen ET Présenté par VAUZELLE M. Michel, Député

Sarkozy’nin temsilcisi Rum kesiminde 09.02.2008 [Page Web]. Accès: http://www.haberaktuel.com/news_detail.php?id=110411&uniq_id=1202890386

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TÖRÜNER Yaman, “Fransa’nın Akdeniz Birliği Projesi”, Milliyet Gazetesi, 09 fevrier 2008

Turkey says Mediterranean Union not alternative to EU”, May 31, 2007

[Page Web]. Accès: http://www.turkishdailynews.com.tr/article.php?enewsid=74606


Union européenne et Méditerranée, La documentation française [Page Web]. Accès: http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/europe-mediterranee/index.shtml

UYGUN Ayşe Gülce, Entretien avec Gilles DORRONSORO, Paris, 19 février 2008, 1 audiocassette


Note de bas de pages :

 

1 Douze pays tiers méditerranéens (PTM) sont l’Algérie, le Maroc, la Tunisie (Maghreb), l’Egypte, la Jordanie, le Liban, la Syrie (Machrek),Israël, les Territoires palestiniens, la Turquie, Chypre et Malte

2 Voir le discours de Nicolas Sarkozy, président de la République (Tanger 23 octobre 2007)

3 Voir le discours de Nicolas Sarkozy, à Tanger, le 23 octobre 2007


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30 avril 2008 3 30 /04 /avril /2008 07:42

Du 13 au 22 avril dernier, Jimmy Carter, a effectué une visite trés médiatisée au Proche Orient dont le point d’orgue a été assurement sa rencontre avec les leaders du Hamas à Damas, dont Khaled Meshaal, chef de la branche politique du mouvement.


L’initiative de l’ancien président des Etats-Unis a été trés critiquée par les chancelleries américaines et israélienne. L’Europe, dans son ensemble, a adopté une attitude plus circonspecte. Elle qui refusent officiellement tout dialogue avec le Hamas.


A l’immédiateté de l’information succède le temps de l’analyse. Revenons sur ce voyage, sur l’homme qui en est l’instigateur mais aussi sur les résultats de son séjour dans la région.


Une action dans la continuité 

Que retient-on de la présidence de Carter de 1977 à 1981? Assurément sa politique extérieure et notamment les accords de paix entre Israël et l’Egypte à Camp David en 1978, le rétablissement de relations diplomatiques avec la Chine (Communiqué conjoint sur l’etablissement de relations diplomatiques entre les Etats-Unis et la RPC du 1er janvier 1979 ou bien du traité SALT 2 sur la limitaiton des armement stratégiques négocié avec l'URSS.

Ces événements parmi d’autres témoignent d’une présidence basée sur la volonté de dialogue au détriment d’une realpolitik froide.

Au terme de son mandat, M.Carter a poursuivi sa médiation en créant son centre : le Carter Center établi à Atlanta. Auréolé du prestige et du charisme de son fondateur, cet organisme est à la fois un espace de recherche sur la paix, un lieu de rencontre informel pour les hommes politiques de toute nationalité ainsi qu’un outil au service de la résolution des conflits.

Le Centre mène de nombreuses actions à travers le monde, que ce soit au Népal où il est impliqué dans le rétablissement de pourparlers entre les maoistes et le gouvernement ; ou en RDC où il a conduit une mission d’observation électorale en 2006 et continue à observer la progression des droits de l’Homme dans la société civile. Son action au service de la résolution pacifique des conflits et de la promotion de la démocratie a d’ailleurs été saluée par un Prix Nobel de la Paix en 2002.

Cela dit, l’ancien président est fasciné par le Moyen-Orient, et plus spécifiquement par le conflit israélo-arabe qu’il a partiellement contribué à régler (accords de Camp David de 1978 suivi du traité de paix israélo-egyptien de 1979) et à qui il doit ses lettres de noblesse. Observateur des Èlections palestiniennes depuis 1996 et connaisseur aguerri (apaisé?) de la région, le président Carter est aussi un lecteur attentif de la Bible, adepte de la religion baptiste. Sa ferveur spirituelle et sa force profonde chère à Pierre Renouvin joue indéniablement un rôle dans son attachement à la région ou est né le monothiésme. A cet égard, la page d’accueil du site Internet du Carter Center (voir www.cartercenter.org ) renvoie l’image d’un pélérin de la paix censé rapprocher les peuples entre eux. C’est dans ce contexte que l’on peut appréhender le voyage de M. Carter au Moyen-Orient.

Dialoguer envers et contre tout.

Alors que le Hamas est inscrit sur la liste des organisations terroristes par les Etats-Unis et que tout lien avec le mouvement est suspendu à trois préalables (arrêt de la violence armée, reconnaissance d’Israël et acceptation des accords passés entre l’OLP et Israël) Jimmy Carter se rend à Damas pour rencontrer les leaders du Mouvement de la Resistance Islamique. Outre le fait qu’il croit farouchement en les vertus du dialogue, il montre de facto que le Hamas est un acteur incontournable sans lequel aucun accord de paix entre Israël et l’Autorité Palestinienne ne pourra être appliqué. A nos yeux, le président Carter a pris acte de l’enracinnement profond du Hamas dans la société palestinienne : voire de sa possible victoire aux élections présidentielles de 2009 sur le Fatah, englué dans la corruption et il a pressenti une influence grandissante de l’Iran sur le mouvement. Il l’a poussé à se prononcer sur Israël et à se positionner dans la perspective d’un accord entre l’Autorité Palestinienne et son voisin. Qu’en est-il?
 

Beaucoup de bruit pour si peu ?

A la suite des rencontres avec M.Carter, le Hamas a déclaré qu’il était prêt à accepter un Etat palestinien dans les frontières de 1967 "si les Palestiniens l’approuvent". Il a également proposé une trêve à Israël sans pour autant reconnaître son existence. Ainsi, le Hamas a t-il donné l’impression de mettre de l’eau dans son vin mais n’a pourtant pas sensiblement fait évoluer son programme idéologique. L’approbation des Palestiniens signifie clairement l’organisation d’un référendum ce qui reste hautement improbable, voire impossible à l’heure actuelle pour des raisons de géopolitique interne (deux centres de pouvoir depuis la prise de Gaza par le Hamas en juin 2007, désagrégation avancée des infrastructures et de la société civile dans les territoires palestiniens.).

De plus se pose la question du contrôle qu’exercent les dirigeants de "l’extérieur" sur les cellules locales de Gaza et Cisjordanie. Le Hamas est très ramifié et est composé de sensibilités multiples. Si la direction se trouve à Damas, l’action concrête fait apparaître sur le terrain de nouveaux chefs légitimés par leurs actions et pas toujours en accord avec les décisions des dirigeants.

Enfin, comme l’a dit Khaled Meshaal le 25 avril sur Al-Jazeera, la trêve proposée (tahdiah en arabe) n’est qu’une tactique visant à renforcer le mouvement et à lui permettre de se réorganiser.

Même si la visite du président Carter avait pour objectif de montrer que le Hamas était un interlocuteur crédible, elle a surtout été une formidable opportunité médiatique pour le mouvement. Légitimée et reconnue dans le monde arabe de part ses actions armées contre Israël, l’organisation terroriste se rachête une vertu en dialoguant avec l’ancien hôte de la Maison-Blanche, crédité d’un large soutien dans le monde occidental.

Le président Carter a montré encore une fois sa détermination à faire avancer le Moyen-Orient sur le chemin de la coexistence mutuelle. Sans grand succés.


En fin de compte, l’instabilité géopolitique et géostratégique de la région demeure une constante de l’Histoire contemporaine.

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14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 10:35

Le Centre d'Etudes et de Recherche de l'Ecole Militaire (1) et l'Institut Prospective et Sécurité en Europe (2) accueillaient le 10 avril 2008 Guiorgui Baramidzé (3), vice-premier ministre géorgien, ministre d'Etat à l'intégration européenne et euro-atlantique, ancien ministre de la Défense. Deux thèmes étaient abordés, l'intégration de la Géorgie à l'OTAN et la Politique européenne de Voisinage.

Intégration à l'OTAN

Le sommet des 26 pays membres de l'OTAN, le 3 avril à Bucarest, a pris position positivement sur le principe de l'adhésion de la Géorgie (et de l'Ukraine) à l'alliance. Les autorités géorgiennes espèrent que le mécanisme de candidature (MAP) pourra être lancé lors de la prochaine réunion des ministres des Affaires étrangères des pays membres en décembre 2008.

Plusieurs éléments pourraient contribuer à retarder la prise en compte officielle de cette candidature : une hypothétique dégradation de la démocratie en Géorgie, la position de certains pays membres à l'OTAN, les pressions exercées par la Russie.

Le prochain rendez-vous démocratique se tiendra en mai 2008, lors des élections législatives. Le vice-premier ministre annonce que d'ores et déjà 16 partis d'opposition souhaitent présenter des candidats, que les organismes nationaux et internationaux de contrôle (type OSCE) seront présents, et qu'ils concluront certainement au bon déroulement des opérations et au respect des standards internationaux.

Certains pays membres de l'alliance portent particulièrement la candidature de l'Ukraine et de la Géorgie, comme le Canada, le Danemark, l'Islande ; les anciens pays de l'Est, après les Etats-Unis, lui sont favorables (3). Certains pays comme l'Allemagne (4) étaient sceptiques : le sommet de Bucarest n'a pas entériné cette dernière position.

Toujours selon Guiorgui Baramidzé, admettre que les pressions russes pourraient empêcher l'Ukraine et la Géorgie de rejoindre l'OTAN, ce serait donner à la Russie un droit de veto extérieur sur les décisions de l'OTAN et ce serait l'encourager à attiser certaines situations critiques comme en Abkhazie ou en Ossétie du Sud. C'est bien d'ailleurs ce que tente de faire la Russie en distribuant des passeports russes aux habitants de l'Abkhazie (dont à peine 50 000 d'ethnie abkhaze) et à ceux de l'Ossétie du Sud (dont à peine 40 000 d'ethnie ossète), en levant unilatéralement les sanctions économiques vis-à-vis de l'Abkhazie (sanctions qui avaient été décidées par la Communauté des Etats Indépendants). Reprenant l'expression utilisée au Quai d'Orsay par l'Ambassadeur de Géorgie en France, le vice-premier ministre géorgien estime que "Moscou a besoin d'une thérapie de choc pour comprendre que l'Ukraine et la Géorgie ce n'est plus la Russie". D'ailleurs la crainte russe de voir l'OTAN à ses frontières, exprimée ici ou là, n'est plus justifiée : l'OTAN est déjà aux frontières russes, en particulier du côté balte.

Concernant l'état de préparation de l'armée géorgienne en vue d'intégrer l'OTAN, Guiorgui Baramidzé, premier civil à avoir été ministre géorgien de la Défense, estime qu'il est bon : des instructeurs militaires des pays membres de l'OTAN forment les bataillons géorgiens (dont les Chasseurs alpins français pour les troupes géorgiennes de montagne) et les contrôles sont positifs. Aujourd'hui forte de 25 000 professionnels, elle est présente au Kosovo, en Irak et se propose en Afghanistan (200 hommes sous commandement français, 100 hommes sous commandement allemand et 50 hommes des forces spéciales sous commandement américain).

Pour le vice-premier ministre géorgien, l'intégration de la Géorgie à l'OTAN est une question de temps : le principe en a été décidé à Bucarest le 3 avril 2008, c'est l'essentiel.

Politique européenne de Voisinage

La démocratisation, la lutte contre la corruption, la mise en place d'une économie libérale, la réforme du système judiciaire sont des avancées que la Géorgie a accomplies depuis la Révolution des Roses et qui ont le soutien de l'Union européenne.

La volonté géorgienne de voir les conflits gelés en Abkhazie et en Ossétie du Sud se résoudre pacifiquement est manifeste et a le soutien de l'Union européenne (5).

La volonté géorgienne de ne pas vouloir envenimer les relations avec la Russie, comme par exemple en quittant la Communauté des Etats Indépendants, a le soutien de l'Union européenne.

La Politique européenne de Voisinage s'inscrit dans un cadre plus étroit de collaboration entre l'Union européenne et la Géorgie : "Un jour la Géorgie intégrera peut-être l'Union européenne. Qui sait ? En tout cas, aujourd'hui, la Géorgie n'est pas prête, l'Union européenne non plus".

Notes :

(1) <http://www.cerems.defense.gouv.fr>

(2) <http://www.ipse-eu.org>

(3) Géorgie : biographie de Guiorgui Baramidzé, ministre d'Etat chargé de l'intégration européenne et euro-atlantique <article.php?id_article=2199>

(4) Angela Merkel avait affirmé publiquement que les pays en conflit ne pouvaient intégrer l'OTAN : position qui n'a pas été retenue à Bucarest.

(5) Guiorgui Baramidzé rappelle d'ailleurs, que malgré la propagande anti-géorgienne, il est opportun de comparer la taille des armées caucasiennes (25 000 pour la Géorgie, 100 000 pour l'Arménie, 150 000 pour l'Azerbaïdjan) et russes.

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