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  • : La géopolitique par Jacques Soppelsa
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Cv Jacques Soppelsa

Agrégé de géographie , Docteur d'Etat ,et Professeur de géopolitique à l'université Paris I (Panthéon-Sorbonne). Retrouvez le Cv résumé en cliquant sur le lien suivant : Jacques Soppelsa

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Publications

1971 : Les Etats Unis (PUF)
1972 : Géographie Universelle (2 tomes) Livre du mois
1973 : Le Moyen  Orient (3 tomes) Mang
1975 : L'économie des Etats Unis (Masson). Livre du mois
1976 : La Géorgie méridionale et le Vieux Sud des Etats Unis (thèse)
1979 : Les grandes puissances (Nathan)
1980 : Géographie des Armements (Masson) Livre du mois
1981 : Histoire du Far West (Larousse  BD) 32 facsicules en coll.
1982 : La Terre et les hommes (Belin)
1984 : Des tensions et des armes (Publications de la Sorbonne)
1986 : Lexique de  Géographie Economique (en coll  Dalloz)
1988 : Lexique de Géopolitique (Dir. Dalloz)
1992 : Géopolitique de 1945 à nos jours (Sirrey)
1994 : La Patagonie (en coll. Autrement)
1995 : Los Frances en Argentina (en coll .Zago)
1996 : La dictature du rendement (Ellipses)
1997 : Dix mythes pour l'Amérique (Colin)
1999 : la démocratie américaine (Ellipses)
2001 : Géopolitique de l'Asie Pacifique (id)
2003 : Le Dialogue régional en Amérique Latine (Ellipses)
2005 : Les Etats Unis .Une histoire revisitée (La  Martinière-.Le Seuil)
2006 : "Dix morts en sursis" -Roman de Géopolitique fiction- Editions du Club Zero
2008 : Géopolitique du monde contemporain (en coll.) (Nathan)

2009 : Les sept défis capitaux du Nouvel Ordre Mondiale

2010 : Dictionnaire iconoclaste de l'immigration

2011 : Géopolitique et Francophonie

2012 : Louis XVII, La piste argentine

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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 19:08

http://www.nachoua.com/C-Tunisie.jpg1) De l’analyse géopolitique :

 

La géopolitique, analyse des interactions entre le pouvoir politique et ses structures d’une part, l’espace stricto sensu d’autre part, tente de relier les principaux facteurs dynamiques rendant compte de l’organisation dudit espace. Elle permet ainsi de passer en revue les principaux paramètres, les variables, les facteurs d’évolution que l’on estime importants, sinon incontournables, quant à leur action sur la dynamique d’un milieu géographique proprement dit et sur l’évolution de ce dernier à court et à moyen terme.

Pour tenter d‘analyser ces paramètres, il est absolument fondamental d’éviter l’approche strictement « journalistique », de s’éloigner de « l’actualité actualisante », de se garder de la prime systématique accordée aux données conjoncturelles. Constat particulièrement important, aujourd’hui, dans le cas de la Tunisie, quelques mois à peine après les évènements révolutionnaires qui ont entrainé la chute du régime de Ben Ali.

Ces paramètres géopolitiques sont regroupés, parfois arbitrairement, en « tendances lourdes » et en « variables (ou incertitudes) contemporaines ». Les premières expriment des situations ou des évolutions analysées sur longue période : données géographiques, (position, situation, gabarit orographique, caractères biogéographiques, ressources énergétiques, matières premières...) ; héritage de l’Histoire, (peuplement, civilisations, langues, culture, religions etc...) Les variables (ou incertitudes) correspondent à des facteurs ponctuels, localisés dans le temps (coups d’Etat, conflit ouvert, nouvelle politique démographique ou économique, crises institutionnelles, etc...) des variables qui peuvent toutefois s’avérer à moyen terme  plus importantes que certaines tendances lourdes quant à la mise en lumière et la détermination des « risques géopolitiques » susceptibles d ‘affecter le milieu considéré.

Par essence, appliquée à la Tunisie comme à n’importe quel autre Etat du globe, cette approche géopolitique ne peut prétendre, ni à l’objectivité, ni à l’exhaustivité, ni à la rigueur des sciences dites exactes. Plus modestement, elle s’efforcera d’esquisser, dans leurs grandes lignes, les tendances lourdes qui la concerne, parfois depuis des siècles, et les variables contemporaines, la plus récente (les évènements du début de l’année et la chute du régime Ben Ali) étant loin d’être ,tant s’en faut, la plus insignifiante !

 

 

2) Quid des tendances lourdes ?

 

Elles semblent pouvoir reposer sur trois constats élémentaires :

 

- La Tunisie est une « ile », ou plutôt une «  presqu’île », riveraine de la Méditerranée au Nord et à l’Est et des solitudes désertiques sahariennes au Sud, et adossée aux contreforts montagneux du Haut Tell vers l’Occident.

 

- La Tunisie est un carrefour d’une valeur géopolitique exceptionnelle, un carrefour que maints experts évoquent en décrivant la triple influence des facteurs venus de l’Est, du Sud et du Nord, à savoir celle de l’Orient arabe, celle de l’Afrique et celle du monde méditerranéen stricto sensu. J’aurai tendance à y ajouter une quatrième influence, celle de l’Europe de la colonisation, que l’on confond trop souvent, nous semble t il, avec la précédente.

 

- La Tunisie, enfin, a longuement baigné dans l’atmosphère des pays dits « sous développés », les pays du Tiers Monde et leur cortège impressionnant de difficultés économiques, démographiques ou sociétales.

 

 

A) la Tunisie, une « presqu’île » !

 

Comparaison n’est certes pas raison ! Chacun sait qu’il y a plus d‘un siècle, en Sorbonne, le grand Jules Michelet commençait son cours magistral consacré à la Grande Bretagne en déclarant : « Messieurs, l’Angleterre est une île. Je vous remercie de votre attention. Le cours est terminé ! » Et de mimer une (fausse) sortie !

On pourrait appliquer sans trop d’exagération la formule à la Tunisie : la « Tunisie est une presqu’île » ! Un simple coup d’oeil sur la carte et sur les données orographiques montre qu’elle s’étire au Nord Est de la dorsale maghrébine (« Maghreb-al-Aksa », le pays du soleil couchant, pour les civilisations arabes). Et cette position géographique souligne d’emblée l’heureuse rencontre, séculaire, de tout un cortège de facteurs géopolitiques positifs.

Parmi les facteurs strictement géographiques qui ont pu faire écrire que « Dame Nature, en bonne fée, s’était longuement penchée sur le berceau de la Tunisie », on peut rappeler que le pays est situé quasiment à l’équidistance des extrémités occidentale (Gibraltar) et orientales (les Echelles du Levant) de Mare Nostrum, face à la botte italienne. Cette situation médiane s’accompagne de données orographiques très favorables : la Tunisie, à l’Est du Haut Tell, c’est avant tout des horizons de plaines largement ouverts sur le littoral, et donc très propices à l’implantation humaine, aux activités agraires, au commerce maritime et, eu égard au contexte climatique, à l’essor spectaculaire du tourisme (plus de 8 millions de touristes, en moyenne annuelle, au cours de cette dernière décennie!) En revanche, en matière de ressources énergétiques, le sous sol tunisien fait pâle figure (nonobstant l’importance du secteur des phosphates) en comparaison avec ses voisins algérien et libyen en matière d ‘hydrocarbures.

 

 

B) La Tunisie, un carrefour :

 

On peut certes considérer, surtout lorsqu’on les compare avec ceux qui caractérisent sa voisine algérienne, voire le Royaume du Maroc, que ses liens avec le Sud, via les solitudes désertiques du grand Erg, sont indéniablement ténus. En revanche, sous la double influence de sa position littorale et de son ouverture vers l’Est, la Tunisie a connu une histoire particulièrement originale. Son identité nationale repose notamment, très largement, sur un héritage antique directement lié à son passé carthaginois. La Tunisie, c’est d’abord Carthage, l’épopée du VIeme siècle avant notre ère, Hamilcar et Hanibal, l’âge d’or du phénicisme. Au point que de nombreux observateurs étrangers se sont plus à évoquer ces toutes dernières décennies, en commentant l’essor économique du pays, une "Nouvelle Carthage"

Un phénicisme d’autant plus paradoxal, à première vue, que contrairement à leurs proches voisins du Maghreb central et occidental, les populations tunisiennes originellement berbères on été profondément arabisées durant l’occupation ottomane.

Les Califes ont dominé Tunis du XVIeme au XIXeme siècle. Et il faudra attendre la seconde moitié de ce dernier pour voir s’instaurer, après une âpre rivalité avec Rome, le protectorat français sur le pays. Paris contrôlait ainsi un passage stratégique de premier ordre entre les deux bassins de la Méditerranée, une positon qui rend compte aussi de l’occupation du territoire par l’armée du IIIème Reich, entre 1942 et 1943, et du retour du protectorat français jusqu’à l’autonomie (1954) puis l’indépendance, reconnue en1956.

C’est cette relation « privilégiée » qui explique aussi, en grande partie, l’occidentalisation du pays prônée par le régime laïque de Bourguiba bien que, simultanément, (nouvelle preuve indirecte du poids de cette situation de carrefour) Tunis soit toujours restée solidaire du monde arabe, comme l’a montré naguère, et c’était plus qu’un simple symbole, l‘installation du siège de l’Organisation de Libération de la Palestine en Tunisie ou le refus de l’Etat de se rallier à l’intervention occidentale (« gérée » par les Etats-Unis) lors de la Guerre du Golfe.

La proximité de la Libye, en revanche, n’a pas toujours été caractérisée, c’est le moins que l’on puisse écrire, par la sérénité. Le Colonel Khadafi tenta même de réunifier Tunisie et Libye en 1974. Son échec confirma à l’époque la suspicion que Tunis nourrit depuis des lustres à l’égard du panarabisme On voit cruellement aujourd’hui (tendance lourde ou variable ?) l’ampleur des effets collatéraux des évènements qui agitent depuis plusieurs mois, simultanément, les deux puissances voisines.

 

C) La Tunisie a longtemps baigné dans l’atmosphère des « pays en voie de développement »

 

Que l’on soit partisan de la théorie du « sous développement »  perçu comme un retard ou de l’école considérant ce concept comme un état spécifique, aux causes et aux facteurs multiples, le constat était patent : la Tunisie, jusqu’à l’aube de la génération adulte actuelle,» présentait en la matière maints caractères « classiques » applicables à l’ensemble du monde en développement : milieu marqué par la sous nutrition u la malnutrition, (au cœur du monde rural), maladies endémiques ; comportements démographiques illustrés par des taux de natalité élevés, une espérance de vie médiocre, des taux de mortalité infantile dramatiques. Au plan des activités économiques, on l’a vu, en dépit de l’ancienneté des traditions mercantiles et du relatif dynamisme de ses ports, la Tunisie restait fortement marquée par la prépondérance des activités agraires, reposant sur la cohabitation de structures ancestrales et des zestes d’économie latifundiaire issue de la colonisation. Bref, une situation qui, bien que nettement moins grave que celle de la plupart des nations du continent, et notamment des horizons subsahariens, ancrait la Tunisie dans le ventre mou de la hiérarchie officielle des nations du globe.

Cet état de fait a très sensiblement changé au cours des derniers lustres, et singulièrement au cours des deux dernières décennies. Nous touchons ici du doigt, parallèlement à la pérennisation de quelques sérieux défis, difficilement niables et, avec Ben Ali, à l’instauration d’un népotisme clanique confinant à la caricature, l’impact positif de certaines variables contemporaines.

 

3) Les variables contemporaines ; de quelques défis majeurs.

 

Froidement observés sur la dernière période décennale, les chiffres relatifs aux données économique et démographiques convergent pour souligner un fait patent : au lendemain de la célébration du cinquantenaire de son indépendance, le pays était désormais entré de plein pied dans l’univers des nations modernes. Le régime néo Destourien s’était d’abord astreint, non sans succès, à préserver, voire à développer les atouts de la géographie et les acquis de son histoire. Les grands principes démocratiques, initiés dès …1920, avec la création du Destour, puis, en 1934 ,celle du Néo Destour, ont été officialisées et  systématiquement réaffirmés. La « Nouvelle Carthage », c’est en théorie le combat sans relâche du sectarisme, des extrémismes et de l’islamisme radical. Ce n’est pas par hasard qu’en ce domaine, par exemple, c’est à Tunis que se réunit en 1998, le Conseil des Ministres du Monde arabe signant le premier accord de coopération antiterroriste et préparant  la  première convention arabe de lutte contre le terrorisme. : « Un fléau totalement contraire à l’Islam, qui est une religion qui respecte la dignité et la stabilité de l’Homme alors que le terrorisme est un phénomène international menaçant sa vie et sa sécurité  » (fin de citation)

 

Au plan économique, la dernière décennie a révélé un indéniable processus de ‘take off » Le PIB du pays frisait les 100 milliards de dollars contre moins de 50 en 1997 ! Sa croissance moyenne décennale, jusqu’en Décembre 2010,s’élevait à plus de 7% l’an .L’Indice de Développement Humain (IDH) (0.769) plaçait la Tunisie aux tous premiers rangs des nations dites du Tiers Monde ; et l’on pouvait noter aussi que Tunis occupait la seconde place des nations du continent quant au nombre de femmes cadres supérieures ou que « le Parlement tunisien recensait davantage de femmes que son homologue français !

 

Trois points « noirs » dans ce contexte (mais tout est relatif à l’échelle de l’Afrique) : un taux de chômage relativement élevé, de l’ordre de 14% en moyenne décennale ; la persistance d’écarts importants entre les différentes strates de la société, comme en témoignaient les chiffres fournis par les statistiques officielles elles mêmes ; et les défis démographiques.

Rappelons en ce domaine l’explosion quantitative de la population au cours du dernier demi siècle et toute sa gamme de conséquences : ladite population a plus que triplé depuis l‘indépendance, franchissant i y a cinq ans le cap des 10 millions d’habitants ; une explosion qui a entrainé naguère un double processus :exode rural et expansion urbaine d’une part, essor de l’émigration d’autre part (plus d ‘un million de Tunisiens vivent aujourd’hui hors du pays, dont quelques 85% en Europe Occidentale)

 

Mais cette explosion démographique est progressivement relayée, depuis une quinzaine d’années, par les effets de ce que les spécialistes qualifient de « transition » : la femme tunisienne, qui avait en moyenne six enfants à l’aube de l’indépendance, en avait moins de trois dans les années quatre vingt dix et moins de deux aujourd’hui (taux moyen en 2009 : 1,7 enfant par foyer); parallèlement, le taux de mortalité infantile s’est effondré (moins de 2,3% en 2010) et l’espérance de vie dépasse aujourd’hui les 75 ans. 

Au delà des problèmes engendrés par cette évolution démographique et par celle des activités économiques,, la variable contemporaine la plus importante nous parait indéniablement liée aux évènements du début de l‘année et à la chute du régime (et du « système ») il est naturellement trop tôt pour en tirer des conclusions géopolitiques sensu lato (ce qui n’exclut pas des analyses prospectives à l’horizon de la prochaine décennie. Cf. annexe) Mais le mode a découvert (ou a feint de découvrir) via la révolution tunisienne, la face cachée du processus de démocratisation instaurée par Ben Ali et son clan, le népotisme et la corruption …

 

Le clan Ben Ali a littéralement confisqué, des pans entiers de l’économie nationale, revivifiée et remodelée à l’heure de la mondialisation : la politique d’ouverture mise en route par le gouvernement entre 1996 et 2010 dans le contexte d’une reprise durable de la croissance économique, s’est surtout traduite par des faits confinant à la caricature : «  le groupe constitué par les familles Ben Ali et Trabelsi ont entassé quelques 3,8 milliards d’euros via les les détournements, les spoliations et les intimidations ; 180 entreprises leur appartenaient. Le secteur bancaire leur octroyait des prêts sans intérêt ( J. Clemençot, Jeune Afrique, Février 2011). Et le Président de la Commission d’investigation sur les faits de corruption soulignait à la même date que « durant deux décennies, les membres de la famille présidentielle avaient tous les droits : autorisations indues, crédits sans garantie, marchés publics, terres domaniales  etc ».

 

Au-delà des incertitudes engendrées par les corollaires de la révolution, la Tunisie, par son dynamisme récent, par son pragmatisme, par son souci séculaire de lutte contrer les fléaux endémiques qui alimentent cruellement la chronique quotidienne de la plupart des états du continent, peut jouer, à moyen terme, (une fois résorbées les séquelles directes des bouleversements engendrés par la chute de l’ancien régime, ) un rôle majeur dans le concert des nations du Proche Orient, de l’Afrique septentrionale et, last but not least, du bassin méditerranéen. Après tout, Tunis n’était elle pas à la pointe des initiatives sécrétées à cette échelle, au lendemain du sommet de Barcelone et de son ambitieux objectif : l’Euroméditerranée ?

 

Jacques Soppelsa

Président honoraire de l’Université de Paris I

Professeur de Géopolitique en Sorbonne et à l’Institut des Hautes Etudes Internationales

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 00:29

http://www.la-croix.com/mm/illustrations/Multimedia/Actu/2010/7/26/sahel-aqmi.jpgAl-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) est une organisation islamiste armée d’origine algérienne. Cette organisation, qui a été ainsi baptisée en janvier 2007, se dénommait auparavant « Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC).

Toutefois, si les racines d’AQMI se trouvent en Algérie, cette organisation a depuis élargi son champ d’action et d’influence à la zone maghrébine puis sahélo-saharienne et aux pays d’Afrique subsaharienne où les cibles sont de plus en plus des ressortissants européens ou occidentaux. Cette évolution pose la question de savoir si AQMI peut dorénavant agir directement en dehors de l’espace africain...

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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 13:57

http://www.rfi.fr/radiofr/images/102/Europe27_432.gifLe 1er janvier 1993, la Communauté économique européenne –la CEE des traités de Rome- devenait « Union européenne ». Elle ouvrait la possibilité d’une construction européenne qui ne réponde plus aux impératifs qu’avait été successivement la reconstruction d’après guerre et la défense du monde occidental dans la  confrontation bipolaire ; deux puissants ferments de la construction européenne. Quelle part l’Union européenne allait-elle donc prendre dans ce nouvel ordre mondial ? Quelle volonté y imprimerait-elle ? Dans un monde profondément changé après la dissolution du bloc soviétique, cette union des Européens porterait-elle la promesse d’une Europe enfin retrouvée ? Devait-elle épouser les dimensions du continent ou parachever l’Union par un surcroît d’intégration ? C’est dans ce contexte que la notion d’Europe-puissance a été développée, posée comme horizon des perspectives d’élargissement ou d’approfondissement et toujours invoquée comme leitmotiv à ce nouvel âge de la construction européenne.

Est-elle devenue une réalité ? L’Union européenne est-elle aujourd’hui une grande puissance dès lors qu’elle en manifeste l’ambition depuis près de vingt ans ? L’interrogation peut paraître paradoxale. Les agrégats de ses pays membres confortent l’Union européenne dans le classement de tête des puissances mondiales. La seule addition des PIB l’installe juste devant les Etats-Unis et encore loin devant la Chine et le Japon, à la toute première place des puissances économiques.

Pour autant, l’addition des puissances fait-elle une puissance et qui plus est une grande puissance ? Si l’on retient la définition de la puissance que proposait Raymond Aron, sa réalité est à mesurer d’une toute autre manière, plus subjective. « J’appelle puissance sur la scène internationale la capacité d’une unité politique d’imposer sa volonté aux autres unités. En bref, la puissance politique n’est pas un absolu mais une relation humaine » précisait-il dans Paix et guerre entre les nations1. Cette définition questionne sur deux autres aspects : l’UE forme-t-elle une unité politique ? L’UE exprime-t-elle une volonté politique ? 

Pour Raymond Aron, une unité politique était nécessairement une entité  souveraine, un Etat en somme. Plus de cinquante après les traités de Rome, la construction européenne n’est pas parvenue à constituer une telle entité. Aucun consensus ne s’est d’ailleurs clairement formé autour d’un tel projet. Par beaucoup d’aspects, l’Union européenne ressemble toujours à une organisation internationale ; ce qu’elle est en substance. Si elle a atteint un degré supérieur dans l’évolution des organisations internationales qui la distingue de toutes les autres, elle n’a jamais franchi l’étape clef de transformation d’une organisation en Etat. Une telle étape serait-elle d’ailleurs réalisable ? Il n’existe aucune expérience politique semblable. Ne forme-t-elle pas pour autant une forme d’unité ? 

L’ensemble que l’Union agrège est considérable. L’Europe concentre une multitude de richesses et d’atouts qui font d’elle un pôle mondial incontournable. Depuis près de cinq siècles, elle s’est installée au cœur de l’économie-monde et a su développer une organisation politique efficace et stable autour d’Etats modernes. La dynamique que Fernand Braudel2 ou Norbert Elias3 ont perçu, très tôt dans le dernier millénaire, constituent des avantages historiques toujours très profitables. Ils se traduisent par un niveau d’équipement relativement inégalé, par la toute première agrégation de richesses au monde. L’addition des forces présente la puissance de l’Union européenne sous un jour enviable.

Avec un produit intérieur brut de plus de 17000 milliards de dollars4, l’Union européenne surclasse les Etats-Unis5 et concentre près de 30% du PIB mondial6. Première puissance importatrice depuis 20087, elle se maintient également au premier rang des exportations et, hors échanges intracommunautaires, avec une part de plus de 15% des exportations mondiales8. Les Etats-Unis demeurent les premiers clients de l’Union loin devant la Russie et la Chine mais, depuis 2006, la Chine est devenue le principal fournisseur des Européens devant les Etats-Unis dont la part décroit lentement et devant la Russie et la Norvège qui profitent des échanges d’hydrocarbures. L’Union européenne est aussi une zone privilégiée par les investissements directs à l’étranger (IDE) avec 55% des capitaux entrant9.

Dans les trois secteurs conventionnels, agricole, industriel et de service, l’Union occupe les premières places mondiales. Le soutien d’une politique agricole commune lui permet d’être devenue le premier exportateur agricole et agro-alimentaire. Près de la moitié de la surface du territoire des 27 est cultivée, soit 190 millions d’hectares. L’Union est également plus industrialisée que ne le sont les Etats-Unis avec des positions fortes dans l’automobile, où elle est certes fortement rattrapée par la Chine qui profite de la crise du secteur depuis 2008, et l’aéronautique où la concurrence américaine, soutenue notamment par le budget militaire fédéral et une devise plus faible, est très vive. Les services, enfin, représentent un autre point fort de l’économie européenne qui a su conforter ses positions dans ce secteur d’activités. C’est tout particulièrement le cas du tourisme qui fait de l’Union européenne la première destination au monde avec des pays de prédilection que sont respectivement la France, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni. C’est aussi le cas des services financiers portés par la capitalisation boursière des places européennes et le nombre de banques européennes parmi les plus grandes institutions mondiales. Cette position est d’autant plus appréciable que les services ont pris une part croissante dans le commerce international, tout particulièrement dans celui de l’UE, et qu’ils représentent près de deux emplois sur trois en Europe.

En outre, les investissements importants dans la qualité de vie de la population qu’il s’agisse de la santé ou de l’éducation offre à l’Union européenne la capacité de tenir la course internationale dans laquelle elle est engagée aux côté des autres puissances mondiales, émergentes ou non. Son patrimoine culturel et scientifique, la diffusion outre-mer d’au moins quatre de ses langues – anglais, espagnol, français et portugais – lui assure un rayonnement mondial et une position d’avance dans les économies du savoir où contenus et connaissances sont l’enjeu des échanges. Par ailleurs, l’ancienneté des liens diplomatiques des pays européens avec la plupart des Etats du monde, leur participation à de très nombreuses enceintes multilatérales sont autant de relais et forment un maillage d’une densité exceptionnelle.

Bien sûr, une telle position peut paraître moins solide quand on prend en considération les faiblesses du continent. La démographie est l’une des principales. L’Europe continentale n’a cessé de voir sa part dans la population mondiale se réduire. En 1950, avec 544 millions d’habitants, elle en représentait 21,6%, puis 11,3% en 2005 avec 730 millions d’habitants et autour de 9%, demain en 2025, avec une première baisse de population estimée à 720 millions d’habitants. La part déclinante de l’Europe dans la population mondiale ne cessera de se réduire d’ici à 2050. Néanmoins avec 500 millions d’habitants, la seule Union européenne se situe au troisième rang des « puissances » les plus peuplées, derrière la Chine et l’Inde. Plus grave, de nombreux pays européens connaissent des taux de fécondité souvent inférieurs à moins de 1,5 enfant par femme. Cette chute affecte la plupart d’entre eux à un point tel que les populations de pays comme l’Italie ou l’Allemagne seront réduites de plusieurs millions d’habitants au cours des prochaines décennies. Si la France, le Royaume-Uni, l’Irlande et quelques pays scandinaves ont des perspectives d’accroissement naturel jusqu’en 2050, aucun d’entre eux n’assure pour autant le renouvellement des générations.

L’emploi est, depuis plus de trente ans, une autre faiblesse européenne qui concourt à l’appauvrissement d’une part grandissante de sa population et à la mise en cause du modèle de société européenne fondé sur le travail, sa contribution fiscale et un niveau élevé de protection sociale. L’approvisionnement énergétique est également depuis trente ans une faiblesse récurrente et marque un risque de dépendance extérieure croissant pour l’économie européenne. En trois décennies, démographie et emploi déclinants ainsi qu’une forte dépendance énergétique ont accompagné l’Europe dans une croissance faible relativement à celles des Etats-Unis ou des puissances émergentes.

C’est autour de ces forces et de ces faiblesses que le défi de l’Europe-puissance a pris corps. Depuis la guerre froide, dans le choc des puissances américaines et soviétiques, les Etats européens étaient apparus écrasés, « petits ». Ils paraissaient l’être davantage dans un monde plus ouvert et peut-être même étaient-ils inadaptés au nouvel ordre mondial ? Dans ce contexte, l’intégration croissante des économies a été présentée comme le meilleur moyen pour valoriser les forces et relativiser les faiblesses de l’ensemble et, par delà, constituer une unité à la mesure du monde, à force de convergences. C’est au moins la direction prise dans les années 80 par les dix puis douze pays européens dans la ligne des recommandations du Livre blanc proposé par Jacques Delors en 1985 aux pays membres. 

Cependant, au regard des progrès de l’intégration européenne des vingt dernières années, l’analyse des capacités de l’Union à développer en retour la puissance européenne est souvent sévère. En 2006, Philippe Aghion, Élie Cohen et Jean Pisani-Ferry, auteurs d’un rapport du Conseil d’Analyse Economique10 constatent que « L’Europe économique déçoit. De la relance du marché unique, il y a vingt ans, jusqu’à celle de l’agenda de Lisbonne, au début de cette année, Commission et Conseil européen n’ont cessé de promettre que l’intégration et les réformes viendraient à bout de la langueur économique du continent. C’est au nom de la croissance que l’achèvement du marché intérieur a été entrepris au milieu des années quatre-vingt. C’est parce que la stabilité monétaire allait créer les conditions de cette croissance que dans les années quatre-vingt-dix, les Européens ont consenti aux sacrifices préalables à la mise en place de l’euro. C’est, à nouveau, pour la stimuler que les chefs d’Etat européens ont, en 2000, adopté le programme de Lisbonne, et c’est en réaction à l’absence de résultats qu’ils sont, en 2005, convenus de le relancer. […] Il y a vingt ans, l’Union européenne était économiquement fragmentée par les barrières aux échanges, les frontières monétaires, la disparité des politiques économiques. Elle constitue aujourd’hui un espace considérablement plus intégré et plus propice tant au développement économique qu’à la conduite de politiques communes ou coordonnées. Mais cette transformation n’a pas débouché sur une amélioration de la performance macroéconomique de l’Union. Au contraire, celle-ci a décliné de décennie en décennie, tant en termes absolus qu’en comparaison de celle des Etats-Unis. Les efforts consentis n’ont pas produit la croissance attendue, particulièrement dans la zone euro. »

En comparaison, les premiers temps de la construction européenne ont été plus féconds. Avec la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) et la communauté économique européenne (CEE), la puissance européenne a été recherchée et trouvée dans une volonté commune de redressement économique des pays membres. A cette époque, la construction européenne a assurément favorisé le développement des échanges intracommunautaires qui ont été presque décuplés depuis 1958 et a soutenu ainsi le rattrapage économique de la partie occidentale du continent vis-à-vis des Etats-Unis. La seconde étape de la construction européenne, engagée sur les fondements du Livre blanc, n’a, quant à elle, pas répondu aux faiblesses apparues et développées au cours des trois dernières décennies. « Depuis les années soixante-dix, le rattrapage du revenu par tête américain est enrayé. Depuis les années quatre-vingt-dix, le décrochage est patent. L’Union européenne ne doit la quasi-stabilité de son revenu par tête relatif qu’à la poursuite du rattrapage des économies initialement les plus en retard et à la brillante performance de quelques petits pays » poursuivent Aghion, Cohen et Pisani-Ferry. Ces trois décennies11, et principalement les deux dernières, sont pourtant celles du « plus d’Europe » qui s’est traduit par une intégration croissante, principalement engagée par l’Acte Unique européen de 1986 et le traité de Maastricht en 1992. Aurait-elle été contre productive ? C’est une thèse notamment défendue par l’économiste Charles Wyplosz12 qui s’interroge avec Olivier Blanchard sur la question d’un déclassement européen et les effets induits par une intégration qui déresponsabilise les Etats.

Paradoxalement, la voie intégrationniste qui a mené au marché unique à 27 et l’adoption de l’Euro par 16 d’entre eux a été un facteur d’unité mais elle n’a pas apporté le surcroît de puissance espéré en retour. Cette situation fait de la puissance européenne une réalité toujours plus discutée. Elle l’est d’autant plus que l’émergence et la concurrence de puissances économiques nouvelles font du maintien de l’Union en haut des classements un enjeu de premier plan. En outre, les piètres résultats de l’Union, ajoutés aux efforts importants consentis par les populations européennes, ont nourri un euroscepticisme majoritaire qui s’est manifesté en 2005 par le refus du Traité constitutionnel dans les deux pays13 qui le soumettaient à referendum.  

En 2005, le constitutionalisme issu des travaux de la convention pour l’Europe apparaît comme une démarche palliative ; d’autant plus audacieuse, voire anachronique, qu’elle est entreprise au moment où les Européens s’étaient résolus à s’ouvrir aux anciens « pays de l’Est ». Bien sûr, l’élargissement de 2004 et 2007 n’est pas le premier que connaît l’organisation européenne. Après le Royaume-Uni, l’Irlande et le Danemark, la Grèce, le Portugal et l’Espagne puis la Suède, la Finlande et l’Autriche14, la communauté était passée de 6 à 15 membres sans que ces nouvelles adhésions ne changent son fonctionnement institutionnel. Si le Royaume-Uni a pu paraître comme un « cheval de Troie » des Etats-Unis, il n’a en définitive nullement empêché la France, l’Allemagne et les pays du Benelux d’approfondir leurs politiques communes. En outre, c’est le propre d’une organisation internationale d’être ouverte et les traités européens ont toujours rappelé la possibilité d’adhésions nouvelles. Pour autant, en passant de 15 à 27 membres, l’Union s’engageait dans une révolution de son fonctionnement. Cet élargissement marque en effet une double rupture, géopolitique et institutionnelle, et une révolution importante dans l’appréhension des voies et moyens de la puissance européenne.

L’Union européenne prenait enfin la dimension du continent : elle devenait « l’Europe », comme elle y prétendait jusqu’alors, par abus de langage. Elle devenait la principale organisation européenne : l’AELE, une création concurrente, avait été progressivement agrégée, le Conseil de l’Europe se spécialisait dans la protection des droits de l’homme et, enfin, le pacte de Varsovie était dissout et il n’aurait pas été opportun qu’une autre organisation lui succède. L’Union européenne les a toutes supplantées. Mais surtout, qu’aurait été une demie Europe dans un monde unifié ? Fallait-il perpétuer l’antique partition du continent entre Occident et Orient ? Garder Rome et rejeter la Grèce ? Autrement dit, perpétuer la vision d’une Europe latine et atlantique et tourner le dos au reste du continent à l’heure où l’Asie s’éveille, où les Etats-Unis inscrivent leur relation avec la Chine au premier rang de leurs priorités, où le jeu de l’Europe ne peut donc plus seulement être occidental mais résolument équilibré entre les différentes parties du monde ? L’Union européenne se devait de relever le défi géopolitique posé par l’émancipation des anciennes démocraties populaires en 1989 et la dissolution de l’Union soviétique et du Pacte de Varsovie en 1991.

La perspective de former une Europe-puissance, non seulement économique mais aussi politique, exigeait de dépasser l’Union à 15 et de parvenir à une unité géopolitique ; ce qui fut fait. En 2004, dix pays dont huit d’Europe centrale et orientale ont rejoint l’Union européenne : Pologne, République Tchèque, Slovaquie, Slovénie, Hongrie, Lituanie, Lettonie, Estonie ainsi que Chypre et Malte. La Bulgarie et la Roumanie adhèrent à leur tour en 2007. Quinze ans ont toutefois été nécessaires pour saisir une occasion historique pour le continent européen. Entre temps, approfondissement et élargissement auront été longuement arbitrés en imposant des critères d’adhésion rigoureux. L’un et l’autre auront été successivement tentés en procédant d’abord à une intégration européenne cadencée par une série de traités importants : traités de Maastricht en 1992, d’Amsterdam en 1997, de Nice en 2001 et achevée par l’échec du traité constitutionnel en 2005, au moment où l’Union passait de 15 à 25.

En effet, le rejet du Traité constitutionnel par les Pays-Bas et la France est une première conséquence institutionnelle de l’élargissement. La défiance des opinions occidentales devient manifeste et les nouveaux Etats entrant s’opposent à de nouvelles pertes de souverainetés. Au final, le traité de Lisbonne, signé en 2007 et entré en vigueur au 1er décembre 2009, aura clos la vague d’approfondissement des compétences de l’Union en abandonnant la voix constitutionnelle et en ne prévoyant pas de clause de rendez-vous pour de nouvelles négociations. Lisbonne enregistre les premiers effets de l’élargissement de l’Union à 25 puis à 27 : difficulté de prolonger l’intégration au risque de diviser le continent mais volonté réaffirmée des pays membres de participer à une Europe unie et organisée.

Pour parvenir à cette unité continentale, elle est donc contrainte à plus de souplesse, à moins d’unicité et de rester longtemps, peut-être toujours, une organisation internationale. Les tenants de l’expérience politique d’une intégration qui réussirait à transformer une organisation internationale en Etat en seront pour leur peine mais les promoteurs d’une Europe unie apprécieront le résultat à l’aune de l’opportunité historique pour le continent à l’issue de la guerre froide. En unifiant le continent en 2004 et 2007, en développant un partenariat avec la Russie et l’Ukraine depuis 2003, les pays de l’Union européenne ont choisi de prendre place sur la scène des puissances eurasiatiques. Ce choix tardif mais réel en faveur de l’union du continent provoque davantage qu’un simple changement de dimension géographique. Il oblige à une nouvelle appréhension de la puissance européenne qui ne passe plus nécessairement pas des institutions plus intégrées ni peut-être même par la seule Union européenne. Cette dernière a-t-elle cependant pris toute la mesure de sa nouvelle personnalité, des implications dans son organisation ? Et les Européens perçoivent-ils les nouveaux contours de la puissance européenne et les nouveaux moyens d’expression d’une volonté commune ? 

Après l’élargissement, l’Europe-puissance prend un nouveau sens. L’Union à 27 donne une nouvelle mesure à l’objectif d’atteindre la « bonne échelle » qui a présidé à la construction d’une Europe capable de jouer à taille égale dans le concert des puissances mondiales. Mais, la nouvelle mesure est géographique et moins institutionnelle. La bonne échelle est désormais plus continentale et moins supranationale.

Pour autant, l’élargissement agrandit l’Union mais ne la borne pas. La Croatie, la Serbie et la Turquie négocient actuellement leur possible adhésion. L’Ukraine, la Biélorussie, l’Arménie, la Géorgie et l’ensemble des républiques issues de l’ex-Yougoslavie ont également une certaine légitimité à la rejoindre. D’autres envisagent encore une intégration de tous les pays du bassin méditerranéen. Les limites géographiques conventionnelles de l’Europe ne sont pas communément admises comme « frontières naturelles » de l’Union. L’Union-organisation envisage les pays tiers moins comme étrangers que comme possibles nouveaux adhérents. Pour l’organisation internationale, le tiers n’a pas d’existence en dehors de cette perspective. Il en découle une réelle incertitude de ses contours territoriaux et une incapacité à définir clairement une altérité et donc une politique extérieure de puissance.

L’action extérieure de l’Union existe pourtant. Elle a même été renforcée au fil des traités et confirmée par le traité de Lisbonne. Elle ne comprend plus seulement les aspects externes de politiques communautaires telles que la politique agricole, la politique de l’environnement ou la politique commerciale mais un champ plus large avec la coopération, le développement, l’aide humanitaire, la promotion des droits de l’homme, la politique de voisinage en direction des pays du pourtour méditerranéen et des nouveaux Etats indépendants. Avec le traité de Maastricht en 1992, la nouvelle Union européenne a, en outre, développé une politique européenne et de sécurité commune (PESC), complétée d’une politique européenne de sécurité et de défense (PESD) par le Conseil européen de Cologne en 1999.  Mais il est difficile d’élaborer une stratégie de défense européenne sans en connaître le cadre géographique. La politique de voisinage, quant à elle, pourrait marquer un premier effort dans ce sens mais en y intégrant des pays par ailleurs candidats, l’union tend davantage à organiser son environnement international par paliers et diriger ainsi les pays qui s’en approchent vers l’intégration.

L’élargissement ne répond donc pas directement à la difficulté de l’Union d’exprimer une volonté de puissance. Au contraire, il semble en compliquer l’exercice. Les mécanismes de prise de décision qu’ils soient à la majorité qualifiée dans le cas des compétences communes ou à l’unanimité pour la coopération intergouvernementale, nécessitent des négociations en amont où les rapports de puissances ont toute leur place. Cette caractéristique est souvent avancée pour expliquer que l’Europe ne se manifeste pas davantage sur des enjeux internationaux de premiers plans. En réalité, le « couple » franco-allemand ne suffit plus à emporter la décision dans une Europe élargie. L’Union à 27, quel que soit le mécanisme de décision, nécessite aujourd’hui un équilibre interne plus ouvert aux autres puissances, Pologne, Royaume-Uni, Espagne, Italie, voire à un plus grand nombre de plus petites puissances.

Pour répondre aux manques de volonté commune qui paraît découler de cet équilibre incertain, l’intégration communautaire reste la réponse systématique de l’organisation, en dépit de la nouvelle donne de l’élargissement. La puissance de l’UE se porte toujours vers ses pays membres sans vraie prise en compte des enjeux extérieurs. Comme une organisation internationale classique, elle privilégie les parties et néglige les tiers. Comme une organisation singulière, elle tend à affirmer d’abord sa puissance publique au détriment de sa puissance internationale. Ainsi, dans le domaine stratégique de l’énergie, le principe de libre concurrence, inscrit dans le droit de base de l’Union, s’est appliqué avec rigueur. Les directives énergie ont obligé la séparation et le démantèlement des grandes entreprises électriques et gazières alors même qu’on assiste, en dehors de l’Union, à de vastes concentrations, à l’exemple de Gazprom en Russie. Cette logique interne valorise la puissance de l’organisation à l’intérieur mais est réductrice de la puissance européenne à l’extérieur. Elle pousse dans d’autres domaines à revendiquer un siège au conseil de sécurité des Nations unies en lieu et place de deux (France et Royaume-Uni) ou à envisager de réduire la représentation des Européens au sein du G20. A quoi servirait un siège européen unique qui exige la concertation de 27 Etats alors que, dans la situation actuelle au conseil de sécurité, l’expression européenne repose sur la bonne entente et la médiation de deux membres permanents ? L’organisation « Union européenne » ne peut devenir une puissance au détriment de celles qui la composent. Une telle stratégie de parasitage serait contre productive et fatale. De même, on imagine mal comment le passage à un vote majoritaire pourrait imposer une position et une action commune aux 27 membres dès lors qu’un clivage profond apparaîtrait. Il risquerait, au contraire, d’entraîner une remise en cause des procédures de concertation. Le désaccord de 2003 autour de l’intervention armée des Etats-Unis en Irak aurait été bien plus périlleux pour l’avenir de l’Union si la décision avait été soumise à un mécanisme plus contraignant. 

Bien sûr, la personnalité juridique dont elle dispose lui permet d’en imposer aux pays membres15. Mais en associant 27 Etats, parmi lesquels un grand nombre des principales puissances mondiales, l’Union européenne dispose désormais d’une personnalité politique - l’Europe - qui devrait lui donner les moyens d’exister plus largement et d’agir vers le reste du monde, à condition de réformer son acception de la puissance. Elle concentre une position mondiale incontournable et forme, à défaut d’un Etat, une unité de civilisation qui soude ses participants autour d’un passé, de valeurs et de grands intérêts communs. Pourtant, l’extension du principe communautaire a surtout assujetti un nombre grandissant de compétences européennes à des procédures lourdes et complexes. Et l’effort de convergence n’a aboutit qu’à une volonté européenne assez limitée. Enferrés dans les procédures et les enjeux internes, les Européens n’ont exprimé de volonté qu’à l’égard d’eux-mêmes et trop peu en direction du monde. Si bien qu’après de premières décennies prometteuses, les années 1990 et 2000 ont donné matière et argument à un discours relativiste, voire « décliniste », sur la puissance européenne et, pour le moins, à un scepticisme grandissant. Bien sûr, la propension des Etats-Unis à jouer seuls sur la scène internationale après les attentats de 2001 et surtout l’émergence fulgurante de la Chine ont contribué à relativiser le poids de l’Europe dans le monde et ont pu nourrir de tels sentiments. Mais la promesse des traités d’aboutir à Union européenne-puissance n’a pas été tenue. La puissance européenne, si elle demeure l’objectif principal, est à rechercher ailleurs et à promouvoir différemment.

Les grands événements internationaux récents et les urgences qu’ils suscitent ont découvert de nouveaux modes de fonctionnement. Quand l’Union européenne semble empêtrée dans le jeu international où cohabitent de grandes puissances souveraines, les puissances européennes apparaissent plus mobiles et réactives. La crise géorgienne de l’été 2008, la gestion de la crise financière ou de la dette grecque ont clairement exposé cette réalité. L’Europe a-t-elle perdue à cette concertation intergouvernementale ? Au contraire, l’unité institutionnelle est confortée par l’affirmation hiérarchique du Conseil européen sur la Commission et une volonté européenne univoque s’est exprimée à chacune de ces occasions. Les puissances européennes sont désormais conscientes de leurs intérêts mutuels. Leur ancienne concurrence s’estompe ou se relativise dans un monde où d’autres concurrences s’affirment. 
 

En définitive, il ne suffit pas à l’Europe de cumuler des critères objectifs de puissance, il faut les faire donner ; sans quoi la puissance n’est rien. Après l’élargissement, l’Europe-puissance ne peut plus être réduite à la seule Europe-organisation qu’est l’Union européenne. L’Europe-puissance ne signifie d’ailleurs pas que l’Union européenne devienne une grande puissance en tant que telle mais que l’Europe demeure et s’affirme comme un des tous premiers pôles de puissances. Au début du XXIe siècle, la concurrence des puissances européennes a changé de nature. Le temps n’est plus à leur dispersion et à leur concurrence dans les quatre parties du monde comme à l’âge des empires coloniaux. Elles ne s’entravent plus les unes les autres mais sont mobilisées par des concurrences extérieures bien plus fortes qui s’imposent à elles. Elles forment un véritable pôle de puissances. L’Europe-puissance n’est pas seulement une agrégation mais bien davantage un réseau de puissances. Ainsi, l’union des Européens est progressivement devenue un intérêt commun et n’est donc plus nécessairement soumise à une intégration institutionnelle. Les Européens perdraient beaucoup de temps, d’énergie et d’efficacité à méconnaître cette réalité et à s’évertuer à échafauder une puissance unique.

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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 13:44

 

Nauru est une minuscule île dans l'océan pacifique de seulement 21 km2 et peuplée de 13000 habitants.

 

Autrefois recouverte d’une forêt équatoriale luxuriante, Nauru abritait une société micronésienne vivant selon la coutume.

Au début des années 80, grâce à l’exploitation du phosphate, le revenu par habitant y était parmi les plus élevés au monde et autorisait tout le luxe et toutes les extravagances.

Aujourd’hui, l’île est entièrement ravagée, à l’exception d’une étroite bande littorale où survit une population rongée par l’obésité, le diabète et l’alcoolisme.

Comment ce condensé de monde (troisième plus petit Etat de la planète), dans un condensé d’histoire (moins d’un siècle), a-t’il pu passer du paradis originel au paradis consumériste puis à l’enfer expiatoire ? C’est la fable que je vais vous narrer.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté. 1

Découverte en 1798 par le capitaine d’un baleinier britannique, l’île de Nauru fit une telle impression qu’elle fut surnommée « pleasant island ». Elle était alors peuplée d’une douzaine de tribus micronésiennes vivant des ressources de la forêt, de la pêche et d’un peu de culture.

Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,

Et que la faim en ces lieux attirait. 2

L’île fut intégrée en 1888 à l’Empire allemand. L’exploitation de l’île commença réellement en 1906, à la découverte d’immenses gisements de phosphate de très bonne qualité. L’extraction de ce minerai était destiné aux immenses besoins en engrais des agricultures australiennes et néozélandaises. Après le premier conflit mondial, l’île passa sous administration de l’Australie, qui poursuivi ce commerce pendant plus d’un demi-siècle (à noter une brève et meurtrière occupation japonaise durant la deuxième guerre mondiale).

J'en veux faire à ma tête. 3

Cette exploitation se fit évidemment au plus grand profit de l’exploitant et au plus grand dépit de l’autochtone. Le mécontentement grandit, jusqu’à aboutir à l’indépendance de l’île en 1968.

Creusez, fouillez, bêchez ; ne laissez nulle place

Où la main ne passe et repasse. 4

Les profits changèrent de main, mais l’exploitation continua de plus belle. Le plateau central de l’île fut progressivement ravagé par les machines minières, la forêt éradiquée.

La Cigale, ayant chanté tout l'été, 5

Ce phosphate procura durant les années 70 et 80 aux Nauruans un revenu par habitant parmi les plus élevés du monde, comparables aux émirats pétroliers. Très riches, trop riches, les îliens adoptèrent un train de vie de nabab, fait d’oisiveté, de serviteurs étrangers, de fast-foods et de voitures de luxe.

Conscients que cette manne ne durerait pas, les dirigeants entreprirent d’investir leur capital. Intention louable, mais dévoyée dans des projets pharaoniques (gratte-ciel, hôtels de luxe et même une compagnie aérienne).

Se trouva fort dépourvue

Quand la bise fut venue. 6

Les gisements de phosphate furent épuisés vers le milieu des années 90. L’heure du bilan fut cruelle : démesure, mauvaise gestion, arnaques avaient évaporé l’immense richesse des temps fastes, et même davantage. L’économie sombra, et le pays se retrouva en état de faillite économique en 2004. Les Nauruans payèrent de leur santé les excès passés par un taux d’obésité record. Actuellement, un quart de la population adulte est touchée par le diabète, alors même que le système de santé a sombré faute de crédits. L’espérance de vie n’y est actuellement que de 52 ans pour les hommes et 58 ans pour les femmes.

Tu vas être tenté par le côté obscur de la Force.7

Nauru, acculé, devint un paradis fiscal soupçonné de blanchiment d’argent. Il monnaya tout ce qui lui restait, à savoir ses prérogatives d’Etat souverain : il fit commerce de ses passeports, de sa voix à l’ONU au profit de Taïwan ou de la Chine, ainsi que de sa voix à la commission baleinière internationale au profit du Japon. Il accueillit même un temps un centre australien de détention de demandeurs d’asile.

Moralité

Sagesse populaire

La morale de cette fable est que l’argent ne fait pas le bonheur, qu’il faut savoir garder une poire pour la soif, qu’il faut consommer cinq fruits et légumes par jour et prendre les escaliers plutôt que l’ascenseur.

Réflexions géopolitiques

Ce cas d’étude, par son aspect de concentré caricaturale d’histoire du monde, est propice à la fois à la généralisation et au contre-exemple. Il soulève plusieurs questions de portée internationale :

Le développement durable : les Nauruans ont mené un développement qui répondait à leurs besoins en compromettant gravement la capacité des générations futures à répondre aux leurs (la génération actuelle semble vouloir emprunter la même voie, en entreprenant l’exploitation secondaire du phosphate, en creusant plus profond). Flagrant à l’échelle d’une petite île (Nauru, ou également l’île de Pâques), ce problème est plus diffus au niveau de la planète, mais pas moins réel (pollution, dégradation des sols, épuisement des ressources).

La pénurie de matière première : l’épuisement de certaines réserves en matières premières est prévisible et doit être anticipé, aussi bien par le producteur que par le consommateur. L’échec de cette politique de prévoyance a été sanctionné par le naufrage de l’économie de Nauru, qui avait pourtant longtemps disposé d’une rente extraordinaire. Le pétrole est la matière première qui façonne le plus les relations internationales depuis de nombreuses décennies et pour de nombreuses autres encore. Dans un contexte mondial de raréfaction, les économies pâtiront de tout défaut d’anticipation de l’après-pétrole, dans les pays du Golfe comme en Occident.

La représentation des Etats : le principe un Etat – une voix en vigueur dans de nombreuses organisations internationales est pour le moins discutable, quand il accorde à Nauru un pouvoir sans aucun rapport avec sa puissance (l’économique et la démographie de Nauru n’atteint même pas celles d’une petite préfecture française). Ce constat n’apporte évidemment pas la solution, mais si ce problème peut paraître bien anecdotique lorsqu’il concerne la commission baleinière internationale, il est très actuel et très central dans le processus de construction européenne.

La vigueur des civilisations : la civilisation originelle des Nauruans a été balayée en l’espace de deux générations. L’oisiveté, les plats cuisinés, la télévision et ses programmes occidentaux ont rompu la transmission traditionnelle des valeurs. Le doux commerce de Montesquieu contre les civilisations de Huntington, le débat est ouvert. Quel mode de vie adopteront les futures classes moyennes chinoises ? Assisterons nous à la perpétuation des grandes aires culturelles ou à la sécession des nantis (Capitalistes de tous les pays, unissez-vous !) ?

La vertueuse démocratie : c’est l’évidence, qu’illustre bien l’exemple de Nauru ou ce système politique fonctionne bien : la démocratie n’est pas un gage de bonne conduite internationale, pas plus que de légalité ou de bonne gestion.

 

Bibliographie :

Folliet, L., 2009, Nauru l’île dévastée, éditions de la Découverte, Paris

Colagiuri, R., 2009, Le diabète à Nauru, DiabetesVoice

 

1 Baudelaire, C., Luxe, calme et volupté

 

2 La Fontaine, J., Le loup et l’agneau

 

3 La Fontaine, J., Le Meunier, son Fils, et l'Ane

 

4 La Fontaine, J., Le laboureur et ses enfants

 

5 La Fontaine, J., La cigale et la fourmi

 

6 La Fontaine, J., La cigale et la fourmi

 

7 Starwars, mise en garde d’Obiwan Kenobi à Luke Skywalker

 

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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 15:22
Après les incontournables définitions géographiques (qu’elles sont les limites et les spécificités du Pacifique Sud et des Etats de la zone),) et de la francophonie (cf.supra) l’approche géopolitique du sujet peut difficilement être axée sur un  autre thème que celui, tendances lourdes comme variables contemporaines, de la confusion (surtout aux yeux des anglophones)  des intérêts francophones  et des intérêts français !


 Le Pacifique Sud : des données géopolitiques exceptionnelles

Le Pacifique dans son ensemble, le Pacifique Sud en particulier, constituent la seule aire (par ailleurs gigantesque) où se rencontrent aujourd’hui tous les cas de figures géopolitiques, de la Superpuissance (influence indirecte) aux nations les moins avancées.
Les Etats Unis, par ailleurs riverains du Pacifique Nord, sont plus que jamais (y compris via des accords privilégiés comme l’ANZUS), présents dans le Sud, où  cohabitent des « puissances moyennes » à économie libérale, (Australie,  Nouvelle Zélande), des Etats  en voie de développement, (Indonésie), des P MA (Nouvelle Guinée - Papouasie) des micro états (du Vanuatu aux  Samoas, du Tonga au Tuvalu..) et des territoires liés à une puissance européenne, la France : le triangle  stratégique économique et politique de tout premier ordre : Nouvelle Calédonie, Polynésie, Wallis et Futuna, des territoires qui, au delà des problèmes de géopolitique interne que connaît la Nouvelle Calédonie, constituent un sujet de préoccupation majeur pour le binôme anglophone « australo-néo zélandais »...
Cette zone gigantesque et quasiment vide d’hommes (26 millions d’anglophones, dix fois moins de francophones) recense ainsi, par les aléas de l’histoire, une trentaine d’Etats Nations dont, certes 22 micro Etats.


 Avec, corolaire direct, une traduction géostratégique originale :

Si l’affrontement Est-Ouest, clef de voute du  système bipolaire a naturellement disparu avec l’implosion de l’Union Soviétique (Moscou avait multiplié en son temps les points d’appui et d’infiltration au Vanuatu,  à Kiribati, en Nouvelle Guinée) l’affrontement plus ou moins  feutré entre les puissances anglophones et la France  sont plus vivaces que jamais.

En fait, la « fracture des langues » entre ces quelques 26 millions de locuteurs anglophones et moins de trois cent milles francophones  constitue sans doute l’élément le plus constant dans l’évolution récente et contemporaine de la zone. « Il est parfaitement incongru de parler français dans le Pacifique Sud » pouvait déclarer, il y a quelques années, le Premier Ministre Néo Zélandais !

Cette « fracture » »  a joué un pôle nullement négligeable au plan religieux (eu égard au poids local des églises protestantes anglophones) et dans les avatars stratégiques qu’a connu la région  au cours des vingt dernières années (tensions avec la Nouvelle Zélande, Nouvelle Calédonie, politique nucléaire de la France, etc..)

De facto, la francophobie manifestée ici  masque peut être tout simplement l’hostilité des deux puissances héritières de l’Empire britannique à l’égard.de la France, obstacle à leur projection de puissance.
L’Australie en particulier, Etat-continent, face aux « vides » de l’Ouest (Océan Indien) et du Sud (Antarctique, « gelé » par l’application du traité éponyme de 1959) et bloquée au Nord par l’Indonésie (témoins les récentes péripéties au sujet du Timor Oriental) ne dispose que d’une seul possibilité d’expansion spatiale : l’Est ! C’est à dire vers le triangle des territoires français déjà évoqué.
En outre, depuis l’accès à l’indépendance de l’Algérie, la France a procédé durant plus de quatre décennies à des expériences nucléaires du côté de Mururoa qui  n’ont pas laissé indifférents, ni Wellington, ni Canberra.(cf.la poussée de francophobie exacerbée de l’été 1995 dans les principales agglomérations australiennes après la reprise des essais décidée par Paris au lendemain de l’élection de Jacques Chirac)


       Une fracture  linguistique qui resurgit sournoisement à travers les organisations supraétatiques,

…tout particulièrement via la « Communauté du Pacifique Sud et, plus édifiant encore, l’exemple du Forum des Iles du Pacifique Sud.


-La Communauté du Pacifique  Sud:

Créée en  1947  sous le nom de Commission du Pacifique Sud, elle regroupait à l’époque les six  puissances industrialisées directement situées dans la zone (Australie et Nouvelle Zélande) ou via leurs territoires (Grande Bretagne, France, Etats Unis, Pays Bas) Son but :
coordonner les aides au développement, dans tous les domaines, de l’ensemble de  la zone.
Elle s’est progressivement étoffée, avec les indépendances : 13 membres en 1990, 22 aujourd’hui, avec l’adhésion progressive de la quasi-totalité des micro Etats de la région, des Cook au Vanuatu en passant par Niu, Nauri, les Samoas ou Tonga…

Le Forum des Iles du Pacifique Sud.

Le rôle de la Communauté, au demeurant modeste, en dépit de la palette officiellement affichée de ses missions, est désormais  relégué à l’arrière plan au profit du Forum du Pacifique Sud, don l’action concrète est beaucoup plus révélatrice des liens entre les  « réserves » manifestées par maints Etats de la région à l’égard de la langue française et de la Francophonie ,d’une part, et leur hostilité vis-à-vis de la  France !.
Créé en 1971 sous le nom d e « Forum du Pacifique Sud (il changera de nom en 2000) son objectif est clair : « lutter dans la région contre l’influence  des puissances impérialistes  (les Etats Unis) ou colonialistes (la France).
Il recense aujourd’hui 16 Etats indépendants. La Nouvelle Calédonie et la Polynésie Française lui sont associées depuis 2006, date à laquelle  le Forum a aussi obtenu le statut d’observateur auprès des Nations Unies.
Le forum, qui a maintes fois condamné les expériences nucléaires françaises de Mururoa a obtenu, avec la bénédiction des Néo Zélandais et des Australiens) la signature du traité  de Rarotonga, en 1985,  exigeant la dénucléarisation du Pacifique Sud (Un Traité directement inspiré des  principes du traité latino américain de Tatlelolco).

Conclusion :

Malgré l’arrêt des essais nucléaires, l’hostilité de l’Australie et de la Nouvelle Zélande n’a pas totalement cessé à l’égard de la France au sein du Pacifique Sud. Les relations de cette dernière avec les membres du Forum se sont adoucies depuis 2006 ;  Mais, derrière la dénonciation plus ou moins larvée de la pratique de la langue de Molière, on devine sans trop de mal les objectifs purement géopolitiques des descendants directs des colonies de forçats de Sa Gracieuse Majesté !


BIBLIOGRAPHIE

Alain BENSA : Le Pacifique. Un monde épars -2000-Paris( L’Harmattan) ;

Jean Pierre HALLIER : la Commission du Pacifique Sud  -1997 (Nouméa)

Stephen  HENNINGHAM :  France and the South Pacific -1992- Sydney (Allen & Unin)

Nathalie MRGUDOVIC: La France dans le Pacifique Sud -2008- Paris (l’Harmattan)

Jacques SOPPELSA : Géopolitique de l’Asie Pacifique -2002- Paris (Ellipses)
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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 17:00
En dépit de son cours relativement modeste (moins de 200 kilomètres) au coeur du Sud Liban le fleuve Litani a joué (et joue), du fait de sa localisation géographique, un rôle géopolitique et géostratégique de tout premier plan depuis près d’un siècle.
Il  concrétise en effet un double défi : au chapitre de la géopolitique de l’eau, dans un milieu physique semi aride, d’une part ; à celui de la donne stratégique (et singulièrement au plan des relations bilatérales Israël-Liban) d’autre part.


1.Le Litani, symbole contemporain d’un double défi géopolitique :

A)      la question de l’eau :

Elle est vitale au proche Orient, mais à des degrés variables. Le Liban est, en la matière, relativement bien pourvu, et constitue le premier gisement en ressources hydrauliques de la  région, ave l’Oronte, le Nahr al Kebir, voire le Jourdain  (qui nait de la confluence du Hasbani libanais  et du Banyas), et donc le Litani, qui  se jette en Méditerranée au sud de Saida.
Le Litani représente 18% des eaux libanaises et a un débit de l’ordre de 940hm3/an.
Le Liban est relativement privilégié au plan de la donne hydrologique, ce qui n’est pas, en revanche, le cas de ses voisins, et notamment d’Israël. Aujourd’hui, les ressources hydriques israéliennes sont déjà surexploitées Et les ressources intérieures en la matière couvrant moins de 60% de ses besoins, Tel Aviv n’a guère le choix, quant à sa quête de ressources complémentaires, qu’entre trois opportunités: l’acheminement de l’extérieur (Turquie) ; les techniques de  désalinisation de l’eau de mer et, enfin, l’exploitation d’un bassin non encore utlilisé…le Litani !


    B) le Litani, au cœur du Sud Liban, une zone  stratégique convoitée.

En proie à des tensions et des contentieux émargeant à sa géopolitique interne, le Sud Liban, eu égard à sa position géographique, à la frontière (contestée) d’Israël, est aussi un véritable kaléidoscope, tant au plan du peuplement que de la donne religieuse, capitale dans la région : chiites, sunnites, druzes, chrétiens maronites…cohabitent depuis des siècles dans un contexte permanent d’affrontements.
Un contexte exacerbé depuis quelques décennies par l‘implantation d’organisations et de mouvements palestiniens, OLP, Hezbollah


       C) ce double défi contribue à la vitalité du contentieux  et des conflits Israélo-libanais.

La première invasion israélienne au Sud Liban, en Mars 1978, précisément qualifiée « Opération  Litani » fut justifiée par Tel Aviv par le souci d’éradiquer les organisations palestiniennes implantées dans le secteur. La conséquence directe de l’Opération Litani est la création d’un « Etat du Liban Libre », jusqu’en 2000, sur les territoires  occupés par Tashal.
Le Litani, va se trouver aussi au coeur de l’opération « Paix en Galilée » de 1982, une opération qui remonte jusqu’à Beyrouth. .Israël se retire du Liban en Janvier 1985, mais conserve le contrôle d’une zone où ils maintiennent une milice libanaise auxiliaire. .et  donc celui des eaux du du Litani..Ce dernier, en Aout  2006, se retrouve à nouveau au centre des  combats entre l’armée israélienne et le Hezbollah, précisément implanté au Sud Liban


2) Du rôle de l’eau et des considérations startégiques.


A)      la donne hydrologique :

Au-delà du constat classique « un Liban riche en potentialités  hydrauliques, un Etat d’Israêl pénalisé par les conditions climatiques et orographiques », la question des liens hydrologiques entre le Litani et les conditions d’alimentation des sources du Jourdain restent  controversées..Les géologues ont soulevé depuis longtemps le problème (non totalement élucidé) desdits liens .Le Hasbani pourrait être approvisionné en partie par des eaux souterraines provenant du Litani, ce qui expliquerait la disparition de quelques 100 hm3/an du cours inférieur de ce dernier. Hypothèse éventuellement lourde de conséquences : la gestion du cours amont du Litani par les Libanais pouvant effectivement entrainer de sérieuses difficultés en aval, sur le bassin du Jourdain, lui même vital pour l’Etat d’Israël !

    B) De Lord Balfour à l’Opération Litani : une singulière constante !

Fidèles au souhait de Théodore Herzl, qui  avait rappelé à maintes reprises « l’incontournable  nécessité, pour le futur Etat israélien, de contrôler le fleuve Litani », dès le lendemain de la Déclaration de Lord Balfour, en 1917, les représentants du mouvement sioniste revendiquent ce dernier. En 1920, Weizman, écrivant à Lloyd George, souligne que « l’alimentation en eau   du futur Etat juif doit provenir du Mont Hermon, des sources du Jourdain.et du Litani »
Une revendication qui va devenir une constante après la création d’Israël: en 1955, sept ans après cette dernière, par exemple, Tel Aviv refuse le plan Johnson-Main qui, concentré sur la question du Jourdain, excluait  le Litani A contrario, dès 1964, la Ligue Arabe  va tenter de concrétiser son ambitieux programme « Barrage de l’Unité », visant à détourner les eaux du Banyas vers le Jourdain et du Hasbani vers le Litani !Un plan qui ne favorisait en définitive que la Jordanie, et ignorant les intérêts de la Syrie , ce qui  explique sans doute la rapidité avec laquelle il sera abandonné !



   C) l’imbroglio des facteurs géopolitiques internes et externes.

La période contemporaine, au delà de cette constante, s’illustre de facto par une multiplication  des acteurs, internes et externes, et des facteurs rendant compte de l’évolution récente de la question du Litani : facteurs internes au Liban, et notamment au Sud Liban, avec l’exacerbation des tensions ethniques et religieuses, banalisation des activités illicites  (opium de la Bekaa, trafics d’armes, structures mafieuses, expansion de la criminalité organisée..)
facteurs externes : l’opération  « Paix en Galilée » va se traduire par un spectaculaire changement d’échelle quant aux acteurs concernés, avec la présence  (désormais plus que trentenaire), des forces de maintien de la Paix de l‘Organisation des Nations Unies, la FINUL.


            3) Bilan et perspectives :

A)      le Litani, illustration du thème de la « légitime défense ».

Depuis la création de l’Etat d’Israël, 75% des interventions armées hors de ses frontières ont été assimilées par Tel Aviv à des cas de « légitime défense » et 10% à des cas de « légitime défense préventive ».dont l‘opération « Paix en Galilée ». D’ou la controverse, toujours d’actualité : où s’arrête la notion de « légitime défense préventive », où commence celle d’agression ?


      B) De quelques perspectives au Sud Liban

Le Sud Liban se caractérise, comme l’ensemble du pays, mais plus encore, par la permanence de son instabilité.
Le fragile équilibre régional suscité, dès 1919, par le mandat français détaché de la « Syrie historique » est détruit en 1985. La Syrie soutient tour à tour les différentes factions libanaises afin de jouer le rôle de l’arbitre autoproclamé dans des conflits qu’elle entretient. Depuis une vingtaine d ‘années, Damas contrôle de facto le Nord du Mont Liban, le Chouf, mais également une partie du secteur méridional, via les milices chiites.



     C) en changeant d’échelle : au-delà du rôle de ladite Syrie, a fortiori de l’action indirecte des grandes puissances (au premier rang desquelles les Etats Unis n’ont cessé de confirmer leur statut d’allié privilégié d’Israël, comme en témoigne par exemple la configuration de la nouveau bouclier antimissile), le Sud Liban en général, et le bassin du Litani en particulier, constituent depuis trois décennies un exemple  tout à fait édifiant du rôle, des résultats positifs et.des échecs de l’Organisation des Nations Unies, via la présence des casques bleus de la FINUL
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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 09:30
Deux remarquables préalables :

- l’ambiguïté du terme « frontière ». En langue française, ce terme recouvre en effet plusieurs réalités, ce qui n’est pas le cas de l’anglais, qui  distingue la « frontière administrative (« boundary »), frontière linéaire, de la « zone frontière » ou « front », the « frontier » (cf. l’ouvrage culte de l’Historien Frederick Turner quant à la « frontière » du Far west américain, à la fin du XIX° siècle). Les deux notions  correspondent naturellement à une réalité historique dans l’Afrique subsaharienne, mais se déclinent de manière disparate selon les régions et les Etats...

- la controverse  récente quant à la notion de « frontière naturelle » et de « frontière artificielle ». A l’échelle de la planète,  la  quasi totalité des frontières, au sens linéaire du terme, ne sont pas naturelles ! Bien qu’elles correspondent assez  fréquemment à des « références naturelles » (fleuves, littoraux, crêtes montagneuses… Elles émargent de fait, n’en déplaise à Richelieu, à la décision des hommes et, le plus souvent, de compromis entre peuples ou….belligérants.
En l’occurrence, ce qui est profondément original en Afrique subsaharienne, c’est que lesdites frontières sont hétéronomes, c’est à dire que leur tracé a été décidé par des décideurs extérieurs au continent !

1) Des frontières spécifiques :

         A) l’Afrique subsaharienne, une mosaïque d’Etats « artificiels »...

L’Afrique, archétype  du « tiers monde » et de ses fléaux,( au-delà d’indéniables disparités selon les ensembles régionaux), apparait tout d’abord comme un véritable kaléidoscope de situations géopolitiques et géoéconomiques, une juxtaposition d’Etats-nations (si tant est que l’on puisse appliquer sans réserves ce concept au continent) ; un kaléidoscope fruit de découpages techniques ou « administratifs »  extérieurs, arbitraires, et qui ont pu  se chevaucher au fil du temps : liens tribaux ; poids des ethnies ; cultures traditionnelles ; foyers religieux…Les structures et les régimes politiques se sont avérés très fragiles depuis un demi siècle. Depuis la vague d’accessions à l’indépendance des années soixante, l’Afrique noire a été frappée par la « maladie chronique » de l’Amérique latine, le « pronunciamento ». Près d’une trentaine de coups d ‘Etat ont pu être ainsi recensés dans la zone  subsaharienne, tant dans les nations anglophones (Ghana, Nigeria, Liberia...) que dans les pays francophones (Congo, Bénin, Burkina Fasso, Tchad, Mali, Niger).



         B) … génératrice de multiples contentieux, voire de conflits ouverts.

Cette extrême fragilité caractérise des Etats enfermés dans des frontières très « artificielles » (au tracé parfois rectiligne), frontières âprement disputées et souvent à la source de conflits ouverts :
Depuis l’indépendance, l’Afrique subsaharienne a connu une succession presque ininterrompue de guerres. On a pu dénombrer près de 4 millions de morts au cours du dernier demi siècle : guerillas internes (ou conflits intra étatiques), certes) souvent générées ou exacerbées par les Etats voisins ; conflits de frontières, surtout, tout particulièrement lorsque le tracé de ces dernières ignore somptueusement la carte traditionnelle de la répartition des peuples et des ethnies ; deux types de conflits ouverts que l’on a pu constater, par exemple, en Afrique de l’Ouest (« conflit du Sahel »,entre Mali et Haute Volta, en 1974, guerre  entre le Nigéria et le Cameroun en 1981,..) comme en Afrique australe ( contentieux angolo-namibien ..) ou  orientale où ces deux types  de conflits ont pu parfois  se combiner ( Corne de l’Afrique)


      C)  dans un monde sous développé, aux frontières perméables, tant au plan interétatique  qu’à celui des interventions extérieures.

En ce domaine, au cours des dernières décennies, on peut souligner notamment l’interventionnisme croissant de puissances étrangères non européennes, venant damer le pion aux anciennes métropoles... L’URSS,  avant l’implosion de l’Empire (parfois par Cuba interposée, comme en Angola ou au Mozambique) : les Etats Unis, peu présents jusqu’en 1975 (une seule intervention directe, en 1960, au Katanga) mais désormais  présents dans la plupart des pays africains... les moins démunis, voire, plus récemment,  la Chine Populaire.


          2) Un faisceau diversifié de causes :


           A) le caractère « aberrant » des frontières confine à la caricature :

« Contemplez la mappemonde : avec ses frontières taillées au cordeau, l’Afrique des Etats semble être créée des divagations d’un Dieu-géomètre devenu fou…La carte n’a pas de territoire ; elle rappelle seulement la page blanche sur laquelle, à la règle et au compas, divers établissements européens se partagèrent, au XIX° siècle, un continent. Les armées coloniales parties, les frontières sont restée » (André Glucksman).
Les grandes puissances (Congrès de Berlin), toutes idéologies confondues, ont largement contribué, après les avoir créées, à « figer » les frontières dans une sorte d’éternité, en les proclamant intangibles, et imprescriptible le principe de non intervention dans les affaires des autres pays !



     B) Un héritage conforté par les effets et les séquelles de la décolonisation

A l’aube des années soixante, le continent africain se juxtaposait en zones d’influences : l’Afrique de l’Ouest à la France ; l’Afrique de l’Est au Royaume Uni. En dépit de la présence d’enclaves portugaises, hispaniques, belge, ou allemandes, la fracture majeure demeurait liée au partage historique du continent entre mondes francophone et anglophone.
L’Afrique a connu quatre grandes vagues de décolonisation. Avec leurs conséquences – y compris de la pérennité de la coopération établie entre les anciennes métropoles et leurs anciennes colonies) ; une coopération technique, linguistique, culturelle, mais qui peut aussi se traduire par des interventions de l’ancienne puissance coloniale dans des conflits, internes ou frontaliers (cf. le rôle de la Grande Bretagne  au Zimbabwe ou de la France à Kolwesi ou dans le cadre de l’opération Manta.


   C) et par  l’essor de nouveaux facteurs d’instabilité.

-L’activisme récent des Etats-Unis et de la Chine Populaire semble directement lié à la présence de ressources naturelles en général,  d’hydrocarbures en particulier. (cf.les tensions frontalières entre Nigéria et Cameroun, revivifiées, sur le littoral du Golfe de Guinée, par la découverte et l’exploitation de colossales poches à hydrocarbures).

- L’essor de l’islam, venant remettre en cause le classique  binôme  religieux « christianisme-animismes » dans de nombreux Etats  proches du Sahara et et du Sahel. Le facteur religieux aggrave les divisions dans maints pays de la zone : le Mali est peuplé à 75¨% de musulmans, le Niger à plus de 80%. Mais le Cameroun, par exemple, offre aujourd’hui le visage d’un Etat formé d’un Nord islamisé « opposé » à un Sud chrétien ou animiste , comme le Tchad (dont la frontière avec la Libye, tirée au cordeau, est caricaturale) ou l’Ouganda .


     3) Des principales conséquences :


A) Une controverse: les corollaires négatifs du caractère artificiel des frontières
de l’Afrique subsaharienne a, depuis quarante ans, suscité beaucoup de commentaires contradictoires. Boutros Boutros Ghali n’hésitait pas à affirmer (dans son ouvrage « les conflits de frontières en Afrique) : « Si les frontières africaines sont artificielles,  il faut aussi reconnaitre que presque toutes les frontières du monde le sont ».  Alors que le Président somalien, en 1980, évoquant ce thème, déclarait : L’histoire a montré que l‘obstacle majeur à l’unité africaine provient des frontières artificielles que les puissances colonialistes ont imposées... »


B) la question des réfugiés

Parallèlement au facteur majeur de l’émigration, l’état endémique de sous développement, et ses corollaires, de l’exode rural à  l’anarchie macrocéphale des agglomérations urbaines), les guerillas internes et les conflits interétatiques, essentiellement frontaliers, sont source d’accélération du phénomène des réfugiés.
On estimait en 2005 à plus de 50% du total mondial de réfugiés les personnes  déplacées originaires de l’Afrique, notamment du Sahel et de la Corne orientale.
A l’aube du XXI° siècle, l’ONU considérait ladite Corne comme « le plus vaste camp de réfugiés du monde ».
Les conférences internationales sur les réfugiés n’ont guère cessé  de  se multiplier, avec des résultats généralement décevants... L’ONU elle même estimait au tournant du siècle « que de nombreux pays hôtes sont incapables de fournir les services de base à leurs propres ressortissants, a fortiori aux réfugiés». Mais, realpolitik oblige, en 2000, à l’échelle de l’Afrique,  on pouvait chiffrer l’aide aux réfugiés à un prix comparable à celui de quelques 250 chars de bataille. alors même que les Etats concernés en  achetaient plus de 400 !


C) la solution : la  promotion des organisations supra étatiques ?

Le bilan de l’action des organisations multilatérales africaines demeure indéniablement modeste en ce qui ce qui relève des entités sous régionales : la Communauté de l’Afrique de l’Est ( Kenya, Tanzanie, Ouganda) créée en 1967, a été supprimée en 1979 ; le Traité de   Lusaka, signé en 1981 par treize Etats de la zone, est resté quasiment lettre morte ; l’OCAM (Organisation de la Communauté africaine et malgache) a également disparu ;la SADCC (regroupant les neuf Etats d’Afrique australe) a connu un  cinglant échec ; la CEDEAO et la CEAO (en Afrique de l’Ouest) présentent des bilans plus que mitigés...
En changeant d’échelle,  l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), créée par le Traité  d’Addis Abeba, en 1963, avait connu quelques succès (comme la résolution du conflit  Mali-Burkina Faso) mais beaucoup d’échecs (Katanga, Biafra, Ogaden, Tchad, Sahara Occidental..) ! Beaucoup trop fragile, dotée de maigres moyens, l’OUA a échoué dans son objectif de concrétiser le « grand rêve africain » des ancêtres de l’avenir, de N’Krumah à Senghor.. Son avatar, l’Union Africaine, fondée à Maputo en 2002, semble  confirmer aujourd’hui l’écart colossal qui persiste entre les ambitions déclarées et les réalités de la géopolitique  africaine.

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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 08:26

En ce 24 mars 2009 à Belgrade, deux jours après « l'anniversaire » des bombardements de 1999, l’ambiance est lourde1. Les manifestations nationalistes succèdent à celles des pacifistes. En passant devant le ministère de la Défense qui comporte encore les stigmates des missiles américains (photo à gauche), on prend conscience que la Serbie est encore entre le passé et l'avenir. Il s'agit pourtant de résoudre cette contradiction pour que cet Etat intègre l'Union européenne, et ce dans l'intérêt de tous les pays membres.



Une Serbie, des territoires

Le nord du pays est animé par une capitale moderne et bouillonnante : Belgrade, ville d'1,5 millions d'habitants. Le nord du pays est aussi caractérisé par la riche Voivodine aux multiples ethnies et aux sept langues. Le Sud du pays est un territoire sous-développé. En dépit des 64 millions de dollars versés par le gouvernement serbe depuis 2001 pour moderniser les infrastructures, le Sud connaît un important retard économique et un chômage endémique (30% de plus que la moyen nationale)2. Dans le Sud, les tensions ethniques sont toujours vivaces. Le fossé qui sépare le Nord du Sud menace dangereusement l'unité nationale. Réduire les disparités entre les territoires est un enjeu majeur pour intégrer l’Union européenne. Si son action a permis des progrès au Portugal entre le Nord et le Sud du Portugal ou entre l’Irlande et la Grande Bretagne, ce doit être possible en Serbie aussi.



La Serbie au cœur des Balkans

A l’échelle de la région, la Serbie est en retard sur ses voisins slovène et croate. Si les longs délais pour intégrer l’Union ne posent pas de problème aux citoyens serbes, le maintien du visa pour les citoyens est vécu comme une humiliation. En franchissant les frontières au mois de mars dernier, j'ai pu me rendre compte des nombreux contrôles aux frontières croato-slovènes et serbo-croates, qu'on les traverse dans un sens ou dans l'autre. Ces quatre contrôles sont longs et peu probants en matière de sécurité  quand les bagages n'ont pas été fouillés.

Dans la mesure où la circulation des personnes est une donnée fondamentale pour le progrès des mentalités. Le maintien de visas pour le citoyen serbe ressemble à une punition pour les errements du passé alors que les autres États de la région ne jouent pas ll’apaisement. Depuis 2006, le Monténégro a officiellement proclamé son indépendance et la dissolution de la communauté d’États de Serbie-et-Monténégro mais cet État est devenu un havre pour la diaspora russe dont la réussite dans les affaires est souvent douteuse. La Macédoine, candidate à l’entrée dans l’Union mais devant régler le problème de son nom avec la Grèce… ne mise sur l’avenir en nommant son aéroport « Alexandre le Grand » et en prônant une politique populiste « d’antiquisation » de la société. Il s'agit de donner à la Macédoine des allures de grande nation Antique. Or, les projets de "grande nation" sont des motifs d'embrasement dans les Balkans. On ne peut que se féliciter de la position de la France prônée par le ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, M. Besson, visant à soutenir la libéralisation des visas macédoniens à condition qu'il en soit de même pour les citoyens serbes, ce que le commissaire Jacques Barrot a annoncé le 7 mai dernier.

Enfin, la situation en Bosnie, partagée en plusieurs républiques et n'ayant ni armée ni police commune, est plus inquiétante.



Le Kosovo au « centre » du monde

Avec objectivité et sans arrière-pensée, au Kosovo, le droit international n’est pas respecté. En effet, la résolution 1244 du 10 juin 1999, reconnaît l’appartenance du Kosovo à la République fédérale de Yougoslavie puis à l’Etat de Serbie et Monténégro (2003). Depuis ce texte, le Kosovo est géré par la MINUK administrée par l’ONU (18 000 soldats de la KFOR-OTAN). Or, le 17 février 2008, le Kosovo a déclaré unilatéralement son indépendance. Cette indépendance n'a pas été reconnue par Belgrade et la communauté internationale est très divisée. Comparaison n’est pas raison mais que se passerait-il si le Pays basque déclarait unilatéralement son indépendance ? Depuis, les tensions perdurent. Au mois de mars dernier, des journalistes ont révélé que des politiciens kosovars auraient versé un pot-de-vin de 2 millions de dollars à des officiels des Maldives pour que cet État reconnaissent l’indépendance du Kosovo.

Il est vrai qu'aujourd’hui les deux communautés (serbe et kosovare) ne peuvent réellement vivre ensemble. Une séparation étatique s’impose mais en tenant compte de la sécurité de chacun. Rappelons qu'en 2004, des pogromes anti-serbes ont eut lieu. Seule l’Union européenne peut soutenir la paix sur le modèle irlandais. La différence avec le Kosovo est qu'il est au cœur d'une confrontation géopolitique mondiale entre la Chine et la Russie d’une part et les États-Unis et l’Europe d’autre part (sur la carte : la reconnaissance du Kosovo dans le monde      Kosovo      États reconnaissant formellement l'indépendance du Kosovo      États prévoyant de reconnaître formellement le Kosovo      États ayant exprimé leur neutralité ou ayant reporté la reconnaissance du Kosovo      États s'étant déclarés préoccupés par une déclaration d'indépendance unilatérale      États ayant déclaré ne pas reconnaître l'indépendance du Kosovo      États n'ayant pas exprimé de position )


La criminalité en Serbie, une tendance lourde en évolution ?

A l’image de l’Italie, le crime organisé semble être une tendance lourde de la Serbie, située au cœur des Balkans. « Depuis son émergence en Occident au début du siècle et quel que soit le contexte politique régional le trafic d’opiacés est resté une donnée constante sur les routes des Balkans. Il fait intervenir une pluralité d’acteurs, politiques et économiques, balkaniques ou pas, regroupés en réseaux d’intérêts conjoncturels ».5 La Serbie est un carrefour pour la criminalité européenne. Les mafias italiennes, russes, chinoises et bulgares  se rencontrent à Belgrade.

Par ailleurs, l’Europe reste impressionnée par l’assassinat du premier ministre Zoran Djindjic au mois de novembre 2003. Pour autant, à ce jour, les membres du commando ont été condamnés par la justice, ce qui témoigne d’une ambiance assez sereine. De manière unanime, les interlocuteurs interrogés sur place estiment que depuis la réaction de la justice, on respire un autre climat à Belgrade. Avant, les « pistolets » étaient en évidence à la ceinture ou sur le tableau de bord des rutilants véhicule 4x4. Aujourd’hui, ces comportements sont caduques.

Le ministère de l'Intérieur dans son livre blanc affirme qu'il y auraient une trentaine de groupes à Belgrade, à Novi Sad, Novi Pazar, Jagodina, Nis, Zlatibor et Presevo, mais aussi à Bujanovac au Kosovo. Les groupes de Zemun (Belgrade) et de Novi Beograde (qui aurait de solides liens avec les mafias de la zone et les cartels latino-américains) sont les plus importants. Aujourd'hui, ce qu'est Belgrade pour la Serbie, Novi Beograde l'est pour la capitale.

En revanche, nous nous permettrons de douter des déclarations du ministre de l'Intérieur selon lesquelles ces groupes ne serait pas liés à une criminalité économique et financière. Leur influence sur l'axe Belgrade-Zlatibor-Crna Gora est importante dans le racket et l'enlèvement de personnes mais aussi dans les secteurs des travaux publics et du recyclage de l'argent sale. Les entreprises de sécurité privées et les officines de paris ont pignon sur rue. Il est fort probable qu’elles financent une partie des campagnes électorales, ce qui renvoit la classe politique à ses responsabilités (voir dernier chapitre).

Si la fin de l’impunité « comportementale » est un progrès, la Ministère de la justice a des difficultés à incriminer les leaders criminels car les preuves font défaut. Or, pour combattre le crime organisé, la seule arme c’est la justice...

 

... la suite de cet article dans quelques jours...


1 Sur les lieux du 24 au 29 mars pour rencontrer magistrats, policiers...

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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 16:23

Le 30 novembre 2007, à l'université de Toulouse II le Mirail (Ecole Doctorale : Temps, Espace, Sociétés, Cultures- Equipe d’accueil : FRAMESPA), Charles Capela a soutenu une thèse de doctorat sur la géopolitique du Plan Colombie et a obtenu la mention très honorable avec les félicitations du jury :


Pré-rapporteurs:

Michèle GUICHARNAUD-TOLLIS, Professeur, Université de Pau et des Pays de l'Adour

Nikita HARWICH, professeur, Université de Paris X-Nanterre

Autres membres du Jury :

Jacques GILARD, Professeur émérite, IPEALT - UTM

Edgardo MANERO, Chercheur CNRS (UMR 5136), FRAMESPA - UTM

Rodolfo DE ROUX (directeur de la thèse), Professeur, Département d'Espagnol - UTM


    A la lecture de ce travail, on comprend que la gouvernance de la Colombie est fortement conditionnée par la lutte contre le trafic de drogue et l'aide militaire états-unienne. On en conclu aussi que la prohibition du commerce de la drogue comme les guerres à la drogue menées par les diverses administrations américaines n'ont conduit qu'à des échecs (Un rapport de la Commission constate l'échec total de dix ans de stratégies répressives http://www.rue89.com/droguesnews/2009/03/11/la-guerre-a-la-drogue-a-echoue-cest-leurope-qui-le-dit.). En effet, en dépit des moyens toujours plus importants mis en oeuvre, les quantités de cocaïne exportées n'ont cessé d'augmenté depuis 20 ans (Sources  http://ar2003.emcdda.europa.eu/pdfs/stattab34-en.pdf).

    Nous vous proposons ici, un résumé en quatre langues (français, espagnol, anglais et italien) de cette thèse.


PLAN COLOMBIE, NARCOTERRORISME ET GEOPOLITIQUE

L’aide militaire des Etats-Unis à la Colombie. 1998-2002  

                                                             

Cette recherche étudie les enjeux géostratégiques de la composante militaire de l’aide des Etats-Unis au gouvernement colombien du Président Andrés Pastrana, destinée à renforcer l’Etat et à lutter contre le narcotrafic et l’insurrection armée dans le cadre du Plan Colombie. L’internationalisation du traitement répressif de la criminalité organisée liée au trafic de drogue et la réorientation militariste de la stratégie de lutte contre la menace narcoterroriste en Colombie auxquelles aboutit le soutien de Washington s’inscrivirent dans la nouvelle architecture sécuritaire mise en place par la première puissance mondiale pour garantir la stabilité géopolitique de la région andine depuis la fin de la Guerre Froide, dans un contexte de redéfinition des concepts de puissance, de défense et de sécurité. Après avoir rappelé les antécédents historiques, les acteurs et les facteurs de reproduction de la violence en Colombie et de la stratégie géopolitique des Etats-Unis en Amérique latine, ce travail analyse l’influence des intérêts politiques, militaires et économiques sur l’élaboration de l’aide états-unienne au Plan Colombie, et les effets de la mobilisation des moyens militaires contre les menaces asymétriques relatives aux conflits de basse intensité sur la dynamique géopolitique du conflit colombien entre 1998 et 2002. L’échec des négociations de paix entre le gouvernement et les rebelles colombiens, le changement d’Administration aux Etats-Unis et le contexte de guerre contre le terrorisme suite aux attentats du 11 septembre 2001 firent évoluer le soutien états-unien au Plan Colombie d’une aide anti-drogue à la lutte anti-terroriste.  

Mots-clés : Colombie / Géopolitique / Narcotrafic / Terrorisme / Etats-Unis / Sécurité


Abstract


PLAN COLOMBIA, NARCOTERRORISM AND GEOPOLITICS

United States of America Military Aid to Colombia. 1998-2002


This study analyses the geostrategic issues of military component of the United States’ assistance to the colombian governement of President Andrés Pastrana in order to strenghen the State and - through the frame of Plan Colombia - to fight against both narcotrafic and armed rebellion. The assistance of Washington has lead to an internationalization of the repressive treatment of the organized criminality linked to the drug trafic and to a military oriented strategy to fight the narcoterrorist threat in Colombia. These two elements were part of the new security architecture developped by the leading world power to guarantee the geopolitic stability of the andean region, within a framework of a redefinition of power, security and defense concepts after the Cold War. After a relation of historic roots, main actors and reproduction factors of violence in Colombia and US geopolitic strategy in Latin America, this thesis focuses on the politic, economic and military interests influence on the definition process of US aid to Plan Colombia, and the effects of the military instruments mobilisation against asymetric threats of Low Intensity Conflicts on the geopolitic dynamics of the war in Colombia between 1998 and 2002. The end of peace negociations between colombian governement and rebels, the arrival of a new Administration in the United States and the context of war against terrorism after 9/11 attacks transformed the US participation to Plan Colombia from counter-drug support to an assistance to fight terrorism.  

 

    
 




PLAN COLOMBIA, NARCOTERRORISMO Y GEOPOLITICA

La ayuda militar de Estados Unidos a Colombia. 1998-2002


Esta investigación se enfoca en los objetivos geoestratégicos de la ayuda militar de Estados Unidos al gobierno colombiano del Presidente Andrés Pastrana, destinada a reforzar el Estado y a luchar contre el narcotráfico y la insurrección armada en el marco del Plan Colombia. La internacionalización del tratamiento represivo de la criminalidad organizada vinculada con el tráfico de drogas y la reorientación militarista de la estrategia de lucha contre la amenaza narcoterrorista en Colombie en las que desembocó el apoyo de Washington se inscribieron en la nueva arquitectura securitaria adelantada por la primera potencia mundial para garantizar la estabilidad geopolítica de la región andina desde el fin de la Guerra Fría, en un contexto de redefinición de los conceptos de potencia, defensa y seguridad. Tras haber expuesto los antecedentes históricos, los actores y los factores de reproducción de la violencia en Colombia y de la estrategia geopolítica de Estados Unidos en América latina, el autor analiza la influencia de los intereses políticos, militares y económicos en la elaboración de la ayuda estadounidense al Plan Colombia, así como los efectos de la mobilización de medios militares contre las amenazas asimétricas relativas a los conflictos de baja intensidad sobre la dinámica geopolítica del conflicto colombiano entre los años 1998 y 2002. El fracaso de las negociaciones de paz entre el gobierno y los rebeldes colombianos, el cambio de Administración en Estados Unidos y el contexto de guerra contre el terrorismo instaurado después de los atentados del 11 de septiembre de 2001 tranformaron el apoyo estadounidense al Plan Colombia de una ayuda anti-droga a la lucha contre el terrorismo.

Palabras clave : Colombia / geopolítica / narcotráfico / terrorismo / Estados Unidos / seguridad


Il 30 novembre  2007 all’Università di Tolosa II Le Mirail (Scuola Dottorale : tempi, spazio, società, culture- équipe di accoglienza : FRAMESPA), Charles Capela ha discusso una tesi di dottorato sulla geopolitica del Piano colombiano. Ha ottenuto la tesi con lode e auguri della giuria.

 

Alla lettura di questo lavoro, si capisce che il governo della Combia è fortemente condizionato dalla lotta contro il narcotraffico e l’aiuto militare statunitense. Ci si conclude anche che la proibizione del commercio della droga quanto le guerre contro la droga svolte dalle diverse amministrazioni americane hanno condotto solo a fallimenti. Infatti, a despito dei mezzi sempre più importanti messi in opera, le quantità di cocaina esportate non hanno smesso di aumentare da 20 anni. (http://ar2003.emcdda.europa.eu/pdfs/stattab34-en.pdf).

 

Vi proponiamo qui sotto un riassunto della tesi in quattro lingue (francese, spagnolo, inglese e italiano)

PIANO COLOMBIA, NARCOTERRORISMO E GEOPOLITICA

L’aiuto militare degli Stati Uniti alla Colombia. 1998-2002 

 

Questa ricerca studia gli obiettivi geostrategici dell’aiuto militare degli Stati Uniti al governo colombiano del Presidente Andrés Pastrana, il quale è destinato a rinforzare lo Stato ed a lottare contro il narcotraffico e l’insurezione armata nell’ambito del Piano Colombia. L’internazionalizazione del trattamento repressivo della criminalità organizzata legata al trafico della droga e il riorientamento militarista della strategia della lotta contro la minacia narcoterrorista in Colombia ai quali sbocca il sostegno di Washington s’iscrivono nella nuova architettura sicuritaria messa in piazza dalla prima potenza mondiale per guarantire la stabilità geopolitica della regione andinea dalla fine della Guerra fredda,  cio’ in un contesto di ridefinizione di concetti di potere, di difesa e di sicurezza. Dopo aver discusso degli antecedenti storici, degli attori e dei fattori della riproduzione della violenza in Colombia e della strategia geopolitica degli Usa in America latina, l’autore analizza l’influenza degli interessi politici, militari ed economici sull’elaborazione del sostegno americano nel Piano Colombia e gli effetti della mobilitazione dei mezzi militari contro le minacce assimetriche relative ai conflitti di basa intensità sulla dinamica geopolitica del conflitto colombiano tra il 1998 e il 2002. Il fallimento delle negozziazioni di pace tra il governo ed i ribelli colombiani, il cambiamento dell’amministrazione negli Usa e il contesto di guerra contro il terrorismo in seguito agli attentati del 11settembre del 2001 trasformarono il sostegno americano al piano Colombia dall’ aiuto antidroga alla lotta antiterrorista.

 

Parole chiavi : Colombia / Geopolitica / Narcotraffico / Terrorismo / Stati uniti / Sicurezza

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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 21:12
La «géopolitique», on le sait, est une discipline, sinon une science, qui tente de relier entre eux les principaux facteurs dynamiques rendant compte de l’organisation du monde pour aboutir à la synthèse d’une situation politique existante et de ses potentialités («Lexique de géopolitique».Dalloz) Et, parmi ces facteurs, les géopolitologues s’efforcent de distinguer les «tendances lourdes » (facteurs relativement stables) des changements conjoncturels, les « variables ».

Confronté à l’interrogation liminaire « Obama, une nouvelle donne au plan de la politique étrangère? », et au delà des imprécisions incontournables et des dangers de la prospective, notre sentiment penche indubitablement vers la pérennité et le rôle majeur de certaines « tendances lourdes », même si quelques éléments contemporains sont loin d’être négligeables pour, sinon bouleverser, du moins moduler, ici ou là, l’impact desdites tendances lourdes.

1) De quelques tendances lourdes:

En la matière, il ne semble pas totalement incongru de privilégier trois facteurs : le poids de la « destinée manifeste » ; la pérennisation de certaines priorités spatiales », de points d’ancrage hérités du système bipolaire, voire quasi séculaires; la poursuite de la doctrine stratégiques affichée depuis une bonne génération.

A) De la Destinée Manifeste :

On a pu souligner naguère que les Etats-Unis étaient fondamentalement marqués par un triple héritage britannique : l’esprit de liberté (« A is America, land of the free»), l’esprit d’égalité et l’esprit de religiosité.
A l’heure actuelle, sur ce dernier point, et contrairement à ce que l’on peut observer dans maints pays chrétiens d’Europe Occidentale, l’Amérique est plus que jamais imprégnée de religiosité. Avec un puissant corollaire, le rôle, direct ou indirect, du facteur religieux dans la géopolitique nord américaine, au plus haut niveau.

A travers les siècles, l’esprit de religiosité (et sa petite sœur, l’intolérance) ont régulièrement alimenté l’histoire des Etats-Unis. Il suffit de lire ou de relire les discours d’intronisation présidentiels ou les Messages sur l’état de l’Union; tous font explicitement référence («God Bless America»), à ce que Roosevelt appelait le « God Stuff », la sensibilité bigote. Avant de laisser sa place à Eisenhower, Truman, évoquant la Guerre Froide en janvier 1953, s’adresse exclusivement à Dieu, pour lui promettre, que «nous vaincrons jusqu’à Toi et pour Ta Gloire ». Ike rétorque : « Mes compatriotes, je vous demande de vous incliner. Dieu tout puissant, nous t’implorons et nous te proposons notre complet dévouement au service de Ton peuple, présent aujourd’hui devant nous".

Ronald Reagan rappelait, dans son premier message sur l’état de l’Union: «Nous sommes la Nation de Dieu, et je crois profondément que Dieu nous a prédestinés à être libres « (C’est dans le même esprit qu’il désignera l’Union soviétique comme «l’Empire du Démon».

De la doctrine Monroe au message présidentiel de Barack Obama, via les écrits d’un O'Sullivan (1839, the Great Nation of Futurity), le concept de «destinée manifeste» est permanent dans l’histoire des Etats-Unis ; une destinée manifeste que l’on a vu resurgir de manière plus éclatante encore dans la bouche de George W.Bush en 2004 : face à l’hypothèse des menaces potentielles et plurielles sécrétées par les Etats de l’Axe du Mal, il n’hésite pas à réaffirmer avec force : « bénéficiant de multiples vertus démocratiques, les Etats-Unis ont un constant devoir moral à l’égard de l’humanité »

B) de la pérennité de certains points d’ancrage :

En changeant d’échelle,(une notion capitale en géopolitique), certains points d’ancrage demeurent pérennes depuis au moins, un demi-siècle. A titre d’exemples, on peut citer Taïwan ou Panama et, plus significatifs encore, dans des contextes spécifiques, Israël et Cuba.

Israël : la protection nord américaine lui est acquise sans réserve depuis la création de l’Etat hébreu. Une protection partiellement liée, certes, au rôle nullement négligeable de AIPAC (American Israel Political Action Committee)à Washington.
Une protection qui génère aussi toute une gamme de corollaires : intégration de Tel-Aviv dans le schéma de la «Missile Defense» (cf.infra); poids dans les relations «irano américaines» ; (on a du mal à considérer, sauf attitude suicidaire, la posture de l’actuel Président iranien à l’égard d’Israël comme autre chose qu’une stricte gesticulation diplomatique!); élément majeur de la question proche orientale et des relations bilatérales ou multilatérales entretenues par Washington vis-à-vis des puissances arabes de la région ; question palestinienne…
Cuba : depuis plus d’un siècle, la Havane occupe une place à part dans la politique étrangère des Etats-Unis à l’échelle de la Caraïbe et du Golfe du Mexique, ce fameux « lac américain » cher à Reagan. Ancrée au cœur de l’arrière cour des Etats-Unis, Cuba occupait déjà une place originale dans les préoccupations des locataires de la Maison Blanche au début du XXème siècle. Songeons aux propos de Théodore Roosevelt à son égard : «je suis tellement fâché contre cette infernale petite République de Cuba que j’aimerais qu’elle soit rayée de la carte. Tout ce que nous voulons d’eux, c’est qu’ils se comportent bien, qu’ils soient prospères et heureux, de façon à ce que nous n’ayons pas besoin d’intervenir. Et maintenant, voilà qu’ils veulent commencer une révolution complètement injustifiée et inutile, et les choses vont devenir si compliquées que nous serons obligés d’intervenir, ce qui convaincra immédiatement tous les idiots soupçonneux d’Amérique du Sud et d’Europe qu’après tout c’est ce que nous voulions » !Cuba a aggravé son cas avec la révolution castriste de 1959. On connaît la suite, des rampes de missiles soviétiques sous Khrouchtchev jusqu’à l’adoption de la loi d’embargo « Helms Burton ».

C) La poursuite de la doctrine stratégique affichée depuis l’effondrement du système bipolaire :

Depuis la disparition de l’URSS et l’abandon, sous le mandat présidentiel de George H. Bush, du GPALS (Global Protection Against Limited Strikes )(délaissé par Clinton au milieu des «ninetees») la doctrine de «Missile Defense» a pris le relais du programme gigantesque élaboré sous Ronald Reagan il y a un quart de siècle . A vrai dire, GPALS et Missile Defense ne se différencient que par quelques éléments d’ordre strictement techniques. Leurs objectifs géostratégiques et, a fortiori, géopolitique) étaient quasiment identiques. Les efforts de la Maison Blanche, via le Pentagone, sont concentrés désormais sur le développement et la fabrication d’outils stratégiques adaptés aux nouvelles menaces, tout particulièrement celles qui sont susceptibles de venir des «Etats préoccupants » de l’Axe du Mal.Ces derniers (et à notre connaissance, l’Administration Obama n’a pas invalidé le concept) n’ont pas les capacités inter balistiques de feu l’Union Soviétique. Ils ne peuvent pas, que cela soit à Téhéran ou à Pyong Yang, eu égard au contexte géographique, menacer directement, et d’une manière crédible, le territoire américain. Ils peuvent, en revanche, susciter de sérieux soucis aux alliés des Etats-Unis ! D’où l’adoption, depuis bientôt deux décennies, du « National Missile Defense Act » prônant le déploiement d’une défense antimissile de théâtre. Programme mis en place par Bill Clinton, accéléré par Bush Junior au lendemain du drame du 11 Septembre et nullement remis en question par Obama. . Un programme réaffirmant la volonté des Etats-Unis de garantir la protection du parapluie antimissile américain (en le modernisant) à leurs alliés. Se pose aujourd’hui, non pas la question de la poursuite dudit programme mais celle de l’automaticité de ladite protection. Le programme « Missile Defense » révèle un air de famille assez poussé avec l’Initiative de Défense Stratégique. Mais son gabarit est nettement plus réduit. La «MD» vise explicitement des agresseurs potentiellement beaucoup plus modestes que l’ex adversaire soviétique.


2) De quelques variables contemporaines:

Que l’on nous permette ici, à l’échelle de la planète, d’évoquer une hypothèse prospective quelque peu hétérodoxe. La situation financière des States et le budget indispensable, pour les prochaines années, à la concrétisation du programme «interne», sauf miracle de type «multiplication des pains», devraient contribuer, nous semble t-il, à quelques choix drastiques incontournables au plan de la politique étrangère.

Rappelons quelques chiffres, révélateurs de l’ampleur de la crise :

Le déficit américain devrait atteindre en 2009 les 1200 milliards de dollars, soit plus de 8% du PIB. Si l’on ajoute à ce chiffre colossal le coût du plan de relance de Barack Obama, qui devrait s’élever à quelques 800 milliards de dollars, on pourrait atteindre, fin 2009, un déficit budgétaire supérieur à 12% du PIB !

Quant à la balance commerciale des Etats-Unis, elle est plus déficitaire que jamais. En 2008, elle a atteint 750 milliard de dollars, soit 5% du PIB. En termes clairs, si l’Administration Obama veut effectivement traduire dans les faits les promesses du candidat au plan social et sociétal, pour répondre à la vague inouïe d’espoir suscitée le 4 novembre, il est probable qu’au plan de la géopolitique externe, elle ne soit conduite à tourner le dos à la récente posture adoptée par les théoriciens du chaos et les partisans des «Etats-Unis gendarmes du monde », et à se désengager progressivement, ici ou là (y compris en Afrique subsaharienne ou aux marges de l’Europe.

L’expansionnisme euphorisant cher à un Francis Fukuyama est d’ores et déjà obsolète. Au pire, Washington pourrait être amené à se replier sur le territoire nord américain (en ressuscitant l’antique politique isolationniste et en concrétisant la théorie «pessimiste» d’un Paul Kennedy), ce que je ne crois guère).

Le maintien de la présence U.S , au moins à court terme, en Irak et, a fortiori, en Afghanistan, pour toutes les (bonnes) raisons que l’on sait, demeure une option incontournable.
Avec un corollaire de taille : Washington devrait, plus que jamais, multiplier les initiatives pour «partager le fardeau» avec ses Alliés, via, notamment, les nouvelles missions dévolues à l’OTAN ; soit, plus vraisemblablement, en changeant radicalement son échelle d’interventionnisme.

Obama pourrait être tenté, parallèlement audit partage du fardeau de concentrer ses efforts (à tous les sens du terme) sur l’hémisphère américain. Le nouveau Président, paradoxalement en apparence, redonnerait ainsi plus ou moins sciemment, force et vigueur à la bonne vieille doctrine de «l’Amérique aux Américains», affirmée il y a bientôt deux siècles par le Président James Monroe, au «bénéfice» des Etats latino américains.

Quant à l’Europe, elle pourrait alors être amenée à conforter ses liens avec Moscou, perspective déjà caressée, apparemment, par Angela Merkel.

Mais ceci est une autre histoire.

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