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  • : La géopolitique par Jacques Soppelsa
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Cv Jacques Soppelsa

Agrégé de géographie , Docteur d'Etat ,et Professeur de géopolitique à l'université Paris I (Panthéon-Sorbonne). Retrouvez le Cv résumé en cliquant sur le lien suivant : Jacques Soppelsa

Recherche

Publications

1971 : Les Etats Unis (PUF)
1972 : Géographie Universelle (2 tomes) Livre du mois
1973 : Le Moyen  Orient (3 tomes) Mang
1975 : L'économie des Etats Unis (Masson). Livre du mois
1976 : La Géorgie méridionale et le Vieux Sud des Etats Unis (thèse)
1979 : Les grandes puissances (Nathan)
1980 : Géographie des Armements (Masson) Livre du mois
1981 : Histoire du Far West (Larousse  BD) 32 facsicules en coll.
1982 : La Terre et les hommes (Belin)
1984 : Des tensions et des armes (Publications de la Sorbonne)
1986 : Lexique de  Géographie Economique (en coll  Dalloz)
1988 : Lexique de Géopolitique (Dir. Dalloz)
1992 : Géopolitique de 1945 à nos jours (Sirrey)
1994 : La Patagonie (en coll. Autrement)
1995 : Los Frances en Argentina (en coll .Zago)
1996 : La dictature du rendement (Ellipses)
1997 : Dix mythes pour l'Amérique (Colin)
1999 : la démocratie américaine (Ellipses)
2001 : Géopolitique de l'Asie Pacifique (id)
2003 : Le Dialogue régional en Amérique Latine (Ellipses)
2005 : Les Etats Unis .Une histoire revisitée (La  Martinière-.Le Seuil)
2006 : "Dix morts en sursis" -Roman de Géopolitique fiction- Editions du Club Zero
2008 : Géopolitique du monde contemporain (en coll.) (Nathan)

2009 : Les sept défis capitaux du Nouvel Ordre Mondiale

2010 : Dictionnaire iconoclaste de l'immigration

2011 : Géopolitique et Francophonie

2012 : Louis XVII, La piste argentine

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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 17:47

    Publié dans Libération le 16 juillet 2008, l'article a été écrit par Fabrice Rizzoli, doctorant en Science politique sous la direction du Président Jacques Soppelsa. L'auteur remercie chaleureusement le Professore Giuseppe Muti qui a fortement contribué à diffuser le thème des "écomafias" en France.


           






        Au printemps dernier, Naples croulant sous les déchets, le monde ne voyait plus l’Italie comme le pays des musées. Une élection et une compétition de football après, un constat s’impose, l’Italie est le pays des «écomafias».


"Ecomafia". Le mot apparaît en 1999 pour désigner les activités criminelles qui portent atteinte à l’environnement. On parle aussi de la criminalité environnementale. Pour l’année 2007, Legambiente, une association pour la protection de l’environnement, estime que les écomafias ont rapporté 18 milliards d’euros, dont plus de 50% aux quatre mafias italiennes. Les écomafias renforcent le pouvoir de la mafia sur son territoire et elles dynamisent leurs liens avec les institutions et avec les acteurs économiques.


«Archeomafia». Le mot désigne les trafics d’œuvres d’art par la mafia qui prélève souvent son butin à la source, sur les sites archéologiques.


«Zoomafia». Les mafieux organisent des courses clandestines de chevaux, des combats de chiens, et gèrent les paris clandestins ainsi que la commercialisation des produits dopants. Quoi de plus ? La zoomafia met facilement en évidence le contrôle mafieux du territoire. Les courses des chevaux se déroulent sur les routes départementales ou sur les plus importantes artères des villes, expressément fermées au trafic. Ainsi, en 2004, une course a même eu lieu sur le périphérique de Palerme !


Le «cycle du ciment». Ce circuit criminel regroupe les constructions sans permis, l’excavation illicite de matériaux de construction, comme le sable ou la terre, et l’infiltration des appels d’offres. En Italie, on commence d’abord par faire construire sa maison sans permis, ensuite on vote pour le centre droit qui promulgue une loi de régularisation. L’annonce de la régularisation incite alors les citoyens à construire sans permis. Et la droite reste au pouvoir…


Le «cycle des déchets» ou l’icône de la criminalité environnementale. Le système économique italien produit chaque année environ 108 millions de tonnes de déchets. Il s’agit de 28 millions de tonnes de déchets domestiques et de 80 millions de tonnes de scories industrielles. Pour la plupart, ces déchets ne sont pas traités. Une seule politique : la mise en décharge.

Les entrepreneurs du Nord ont organisé traitement illégal de leurs déchets :

- Toxiques, ils sont déclassés à un niveau de dangerosité inférieur et sont déposés dans des décharges légales, ou bien ils sont employés comme fertilisants. Ils peuvent aussi être abandonnés dans des hangars de propriété inconnue.

- Classiques, ils sont déposés dans des décharges illégales. L’Italie en est parsemée. Celles-ci sont en général des carrières dont les entreprises «marrons» se servent pour s’approvisionner en sable, en terre ou en pierre, dans le cadre de cycle du ciment. Les déchets remplacent alors les matériaux de construction. En remplissant ces trous béants avec des déchets, les criminels dissimulent les excavations illégales.

- Enfin, les déchets peuvent être brûlés comme c’est le cas, notamment, en Campanie. La culture de l’illégalité étant généralisée en Italie, les dirigeants d’entreprises publiques se débarrassent aussi de leurs déchets avec l’aide de la mafia. Les écomafias sont un parfait exemple de convergence entre les mafias, les milieux économiques et des secteurs de l’administration.


Un cas d’école. La région de Naples est la plus peuplée d’Italie. Le tri sélectif s’élève à moins de 5 %. Les décharges publiques sont saturées. Les compagnies de récolte des déchets sont souvent aux mains des clans de la Camorra bénéficiant d’un réseau de complicités. Les entreprises de la Camorra vont chercher les déchets du Nord et les déversent dans les décharges légales et illégales. Un repenti de la Camorra napolitaine déclarait devant la commission parlementaire antimafia : «Les ordures valent plus que l’or.»

Dans l’arrière-pays napolitain, seul le clan contrôlant sa zone a le droit de déverser des déchets. Celui qui le ferait sans l’autorisation de la famille mafieuse serait puni de mort. Ainsi à Ponticelli, le clan Sarno sous-traitait les écomafias à la communauté rom. Le clan faisait payer le pizzo, l’impôt mafieux, aux Roms pour habiter des baraques de fortune. Les mafieux autorisaient les Roms à faire le tour des petites entreprises pour récupérer les matériaux polluants et s’en débarrasser contre une dizaine d’euros.

Le clan des Casalesi a recouvert la province de Caserta de décharges illicites. Désormais, de grandes quantités de déchets, surtout liquides et inflammables, sont brûlées pendant la nuit, libérant de la dioxine dans l’atmosphère. Nombre d’animaux des fermes environnantes ont été empoisonnés par les retombées chimiques. Les instances sanitaires ont fait abattre les animaux et ont retiré du marché les produits afférents à leur exploitation.


Biutiful cauntri. C’est un documentaire choc qui sort aujourd’hui dans les salles françaises (1). On y voit l’arrière-pays napolitain saturé de décharges. Il illustre le problème national de sécurité et de santé publique posé par les écomafias. En effet, le taux de cancer dans l’arrière-pays de Naples est le plus élevé d’Italie.

Les caméras d’Esmeralda Calabria, la réalisatrice, filment les camions venus du Nord pour décharger des scories industrielles sur des terrains fertiles. A l’aide d’écoutes téléphoniques, on peut entendre le cynisme d’une criminalité en col blanc qui fait alliance avec les mafieux sur l’autel de la rentabilité. Dans une scène-clef du film, un militant pour l’environnement demande à visiter une décharge publique. Le vigile lui refuse l’entrée au motif qu’il s’agit d’une propriété privée !

Et pourtant, on garde espoir. Raffaele del Giudice, le Don Quichotte du film, démontre que la société napolitaine dispose d’anticorps pour sortir de cette situation ; mais la volonté politique manque…

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5 novembre 2007 1 05 /11 /novembre /2007 12:59

Le 15 août 2007, jour de l’Assomption, six ressortissants italiens originaires de Calabre ont été « exécutés » lors d’un guet-apens qui leur a été tendu un peu avant 2 h 30 du matin, sur le parking de la pizzeria « Da Bruno » à Duisburg, en Allemagne. Les six victimes, âgées de 16 à 39 ans, ont été criblées de balles dans leurs véhicules. Elles n’étaient pas armées et chacune d’entre-elle a reçu un coup de grâce en pleine tête. Quelques 71 douilles, tirées par deux pistolets mitrailleurs de type Uzi ont été retrouvées sur place par les enquêteurs. Les impacts de balles très centrés témoignent du professionnalisme des tueurs. Il s’agit des six derniers morts occasionnés par la faida de San Luca.

 

La faida de San Luca1

Une faida est une succession de crimes basés sur la vengeance (la vendetta) auxquels se livrent, sur le long terme, deux familles rivales. Une faida débute par un affront (uno sgarro) fait à une personne. La famille de celle-ci se sent alors contrainte de laver l’offense par le sang versé. Les meurtres s’enchaînent ensuite. En Calabre, ce sont les femmes, gardiennes de la mémoire des morts, qui engendrent la faida. Ce sont celles de la famille offensée qui poussent les hommes à tuer.
La faida ne concerne pas que les familles mafieuses. Cependant, à San Luca, celle-ci se double d’un affrontement entre familles mafieuses. D’un côté, la ‘ndrina2 des Pelle-Romeo-Vottari, de l’autre celle des Nirta-Strangio. La famille Strangio est divisée en trois branches. L’une est alliée au clan Nirta-Strangio ; la deuxième est proche des familles Pelle-Romeo-Vottari ; la troisième branche est totalement hors de la mafia. Les deux camps disposent chacun d’une centaine d’hommes, de nombreuses parentés, ainsi que de différents complices. Environ 140 personnes sont en mesure de faire usage d’armes à feu.


En 1991, au cours du carnaval de la Saint Valentin, un banal jet d’œuf tourne au sgarro, le fameux « affront ». La ‘ndrina Pelle-Romeo-Vottari assassine Francesco Strangio et Domenico Nirta. Un arrangement honorable pour tous est trouvé. Antonio Vottari a tué parce qu’il avait été provoqué et sa vie sera sauve à condition de quitter San Luca à jamais. Vottari pensait s’affranchir de cette interdiction de territoire, mais il est assassiné le 25 juillet 1992. Un membre de chaque famille de la ‘ndrina Nirta-Stangio pu lui mettre une balle dans la tête : douze d’après l’autopsie.
Depuis 1991, la faida de San Luca a fait vingt morts3. Le jour de Noël 2006, un commando des Pelle-Romeo-Vottari tente d’assassiner Giovanni Luca Nirta, le chef de la ‘ndrina Nirta-Strangio. Maria Strangio 33 ans, l’épouse du chef décède. Ce dernier, son frère et son fils de cinq ans, sont tous blessés par balle.
D’après les enquêteurs, en représailles du meurtre de sa femme, le « boss » Giovanni Luca Nirta commandite le meurtre de six personnes :

  • Marco Marmo, affilié à la ‘ndrina Pelle-Romeo-Vottari, résidant en Calabre est soupçonné d’être un des tueurs de Maria Strangio. Le 11 août, la police avait prévenu Marco Marmo que sa vie était en danger et qu’il ne devait pas quitter son domicile en Calabre. Il préféra partir en Allemagne afin de s’armer.
  • Sebastiano Strangio, le cuisinier de la pizzeria Da Bruno est affilié de la ‘ndrina Pelle-Romeo-Vottari. Le restaurant sert pour une opération de blanchiment depuis au moins 1989. Il est aussi une base logistique pour les armes de la ‘ndrina. Le 17 août 2007, les enquêteurs y ont retrouvé un fusil d’assaut M16 acheté récemment à un trafiquant serbe.
  • Francesco Giorgi, âgé de 16 ans, est une victime « transversale ». Il s’agit du terme officiel pour définir les parents de mafieux qui sont assassinés par les rivaux. Un de ses parents éloignés, Antonio Giorgi était lié aux Pelle-Romeo-Vottari et a été assassiné le 3 août 2007. Il fallait déjà y voir un avertissement du camps adverse4.
  • Tommaso Venturi, âgé de 18 ans avait dans la poche une image pieuse brûlée. Cela signifie qu’il venait d’être affilié à la ‘ndrine selon la cérémonie consacrée.
  • Francesco et Marco Pergola, n’avaient pas de casier judiciaire mais travaillaient au restaurant Da Bruno. Les deux frères Pergola résidaient depuis quatre ans en Allemagne. Leur père est un policier calabrais en retraite. En raison de cette filiation « infâme », ils ne peuvent être des ‘ndranghetistes. Les enquêteurs ne savent pas encore s’ils sont impliqués dans des affaires criminelles.

Certains de ces hommes sont peut-être morts parce qu’ils travaillaient au restaurant Da Bruno. Ces emplois sont parfois une « faveur mafieuse ». La faida conduit à tuer ceux sont qui sont en rapport avec les ennemis.


Les exécutions sont davantage une vendetta dans la faida de San Luca plutôt qu’un règlement de compte mafieux stricto sensu. En revanche, tout a été soigneusement étudié pour que les rivaux de la ‘ndrina Pelle-Romeo-Vottari comprennent le message.
La date du 15 août, celle de la fête de la Vierge Marie, n’a pas été choisie au hasard. Il s’agit d’une réponse à l’assassinat de Maria Strangio le jour de Noël 2006. Le lieu, hors de la Calabre, signifie que, ou que vous soyez, vous n’êtes pas en sécurité si vous attentez à notre famille ». Le nombre de victimes doit amener l’autre clan à capituler. Les victimes « transversales » prouvent que toutes les personnes originaires de San Luca sont concernées. A ce titre, il a fallu que quelqu’un renseigne les tueurs. Dans une faida, il y a toujours un traître. Les meurtres à l’extérieur de la Calabre ne sont pas une nouveauté. En revanche, les tueries de cette ampleur sont, quoi que l’on puisse croire, très rares dans le monde mafieux5. Le « massacre de l’Assomption » entre peut-être dans l’histoire du crime comme est déjà présent celui de la Saint Valentin6. Cette faida nous renseigne donc sur la ‘Ndrangheta.

 

De la faida à la ‘Ndrangheta

La mafia calabraise est composée de familles biologiques. Le mariage permet d’agrandir la famille. Les enfants nés du mariage établissent le lien de sang indispensable. Les ‘ndrine ont donc une cohésion plus forte que les autres mafias italiennes et sont relativement protégées du phénomène des repentis. Il est bien plus difficile de trahir une personne de sa famille.


La ‘Ndrangheta est aussi un cas d’école de mafia transnationale. Une forte communauté calabraise est présente en Europe du Nord, en Australie et au Canada. Le SISDE, le service de renseignement civil italien, affirme que les ‘ndrine à l’étranger sont pleinement autonomes par rapport à leur maison mère de Calabre. Cela constitue un avantage mais aussi un inconvénient. Cela peut entraîner des conflits entre ‘ndrine présentes sur un même territoire, comme celui de Duisbourg. L’Allemagne est une « succursale » importante de la ‘Ndrangheta. Les Italiens y constituent la deuxième communauté étrangère derrière les Turcs avec 540 000 ressortissants, dont 3 500 à Duisbourg. Des milliers de mafieux et leurs complices assurent l’approvisionnement en cocaïne de toute l’Europe. La mafia calabraise a des contacts directs avec les cartels colombiens. Ils blanchissent d'énormes capitaux. Les services de renseignement allemand (BND) ont découvert que des mafieux calabrais investissaient dans des sociétés cotées en bourse à Francfort.
D’après la Direction des enquêtes antimafia italienne (DIA), la ‘Ndrangheta serait composée de 155 ‘ndrine et de 7 000 affiliés qui généreraient 3,4 % du PIB italien. Le trafic de drogue rapporterait à lui seul 22 milliards d’euros par an. En 2003, la commission parlementaire antimafia italienne affirmait que la ‘Ndrangheta était la première mafia d’Italie. Ce fut une surprise pour le grand public. Qui pouvait penser que Cosa nostra sicilienne serait détrônée au hit parade du crime organisé ?
En réalité, la ‘Ndrangheta constitue un équilibre entre la loyauté, le contrôle du territoire et la transnationalité. De toutes les mafias italiennes, elle est la mieux armée pour faire face à la mondialisation.


Le règlement de compte de l’Assomption a eu lieu au sein de la diaspora puisqu’il s’est produit devant le restaurant italien. Cependant, l’Allemagne n’est pas la Calabre : l’omerta - la loi du silence – n’y fonctionne pas. Deux personnes ont apporté leur témoignage et l’enquête progresse à grands pas. Les policiers ont déjà mis un nom sur le portrait robot établi et sur les membres du commando.
La famille Strangio-Nirta risque effectivement de le payer très cher. Nous ne sommes plus au temps de la Guerre froide où les mafias étaient des alliées objectives du « Monde libre » dans la lutte contre le communisme7. En quelques mois, les enquêteurs italiens ont trouvé les soldats de la ‘Ndrangheta qui avaient tué le Vice-président de la région Calabre en 20058. Ils ont arrêté le chef mafieux et le donneur d’ordre. Seul un doute subsiste sur une complicité à un niveau supérieur. Cependant, la fin de l’impunité ne signifie pas la fin des mafias italiennes, en particulier de la ‘Ndrangheta.

Fabrice Rizzoli
Centre Français de Recherche sur le Renseignement (cf2r.org), septembre 2007

  1. 1 San Luca est une petite ville de 4 800 habitants de l’Aspromonte. Elle fait office de capitale de la mafia calabraise, la ‘Ndrangheta. Il y a encore dix ans, tous les chefs de ‘ndrine, s’y réunissaient le jour de la fête de la Madone des Montagnes. Cette pratique a été suspendue en raison des succès remportés par les forces de l’ordre.
  2. 2 Il faut toujours appeler ‘ndrina - ou ‘ndrine au pluriel - la cellule de base de la ‘Ndrangheta et garder le terme de clan pour la Camorra napolitaine.
  3. 3 Après une accalmie, la faida reprit en 2006 et a fait 11 morts en huit mois.
  4. 4 Le jeune Francesco était aussi un parent de Domenico Giorgi. Ce dernier, né en 1963, émigra en Allemagne dans les années quatre-vingt. A Duisburg, il fut équarrisseur puis serveur dans une boite de nuit. En 1989, il est employé par Michele Mammoliti, le propriétaire du restaurant Da Bruno de l’époque. Au mois d’août 1989, Domenico Giorgi gagnait, 1 200 marks par mois, mais il acheta le restaurant 250 000 euros comptant à son employeur ! En 1997, il le revendit aux frères Strangio, Giovanni et Sebastiano. Le cuisinier assassiné le 15 août dernier a donc servi de prête-nom dans une affaire de blanchiment pour le compte des Pelle-Romeo-Vottari (cf. Rapport des carabiniers sur le restaurant Da Bruno, 2001)..
  5. 5 Les familles mafieuses font généralement exécuter une seule personne à la fois et le corps disparaît afin de ne pas attirer l’attention.
  6. 6 Le 14 février 1929, Al Capone envoie des faux policiers tuer de sang froid sept hommes de main de Georges Bugs Moran, chef d’une bande rivale d’origine irlandaise.
  7. 7 Les mafias italiennes ne bénéficient plus de l’impunité depuis le 31 janvier 1992, date à laquelle la Cour de Cassation a confirmé pour la première fois la culpabilité de plus de trois cents mafieux.
  8. 8 Cf. Note d’actualité N°19, novembre 2005, www.cf2r.org

 

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3 octobre 2007 3 03 /10 /octobre /2007 14:47


Propos sur le gangstèrisme,
tendance lourde de la géopolitique contemporaine

 

A l'aube des "nineties", l'ensemble des bénéfices générés par les activités illicites était évalué à 500 milliards de dollars (un chiffre tout à fait comparable à celui du commerce officiel des armes et vingt cinq fois plus important que l'aide humanitaire internationale !)

Aujourd"hui,la plupart des observateurs estiment que ce chiffre a plus que doublé et que la barre symbolique des 1000 milliards de dollars a été franchie vers 2002.Des données particulièrement spectaculaires, qui entrainent,d'emblée,une première constatation ! Le crime organisé génère désormais des profits plus rapidement que ceux qui sont dégagés par la totalité des secteurs du commerce international licite. Un constat qui répond à deux facteurs majeurs: la diversification croissante des activités criminelles ,d'une part, leur expansion territoriale tous azimuths,d'autre part. Une mise au point,tout d'abord, qui n'est peut être pas totalement inutile,eu égard à la confusion qui apparaît régulièrement dans la littérature:Les activités illégales ne sont pas seulement illustrées par des activités strictement criminelles.Hypocrisie pas morte! On distingue aujourd'hui ,au delà du caractère parfois arbitraire de semblable classification,trois grands types d'activités,directement liés à la diversification des cibles choisies par les organisations criminelles: 
-les activités purement (si l on peut dire !) illégales;
-les activités illégales..avec une part l'égale;
-et,in fine, des activités légales comportant une part légale.

Quant aux premiers types,leur liste est effectivement impressionante.la DGDI y recense notamment ,le trafic de drogues (de la production à la commercialisation,selon l'ONU, il aurait rapporté entre 400 et 600 milliards de dollars en 2005), le racket ,le proxénétisme et les trafics d'enfants;( le nombre de victimes tournerait annuellement autour de 900 000 individus et rapporterait entre 8 et 10 milliards de dollars de bénéfices),la contrebande (tabac,médicaments ,alcools...) les vols à main armée, la fabrication de fausse monnaie,le contrôle et la gestion des flux migratoires clandestins,le trafic de produits "hors commerce" (ivoire, espèces protégées,organes humains; à titre d'exemple, les animaux ou plantes sauvages engendreraient des profits de l'ordre de 3 à 4 milliards par an)) ou les multiples contrefaçons de produits industriels...

La seconde catégorie est essentiellement illustrée par sept types d'activités: la fraude fiscale; les réseaux de fausses factures; le travail clandestin; les caisses noires des maisons de jeux; le trafic d'armes (en particulier à destination des réseaux terroristes et des guerillas); les pots-de-vin sur marchés publics ; les détournements de ressources publiques.

Et le troisième type, (aux nuances plus subtiles encore ) recense principalement le financement occulte des partis politiques,les ententes et abus de positions dominantes sur les marchés publics,les délits d'initiés,ou les commissions d'intermédiaires sur des contrats à l'exportation fiscalement déductibles..

Les acteurs de ces pratiques illégales et criminelles utilisent généralement les mêmes circuits en matière de blanchiment d'argent et les mêmes intermédiaires,des sociétés fiduciaires aux paradis fiscaux.. Il n'est certes pas question ici,de minimiser à outrance l'impact des activités du second et du troisième type. D'autant que,rappelons le, la mondialisation de l'économie a largement contribué à favoriser l'essor des activités criminelles elles mêmes..Comme le soulignait Christian de Brie au début de ce nouveau siècle, ("Etats,mafias et transnationales comme larrons en foire"), le blanchiment dépassait en 2000 la barre, plus que symbolique, des 1000 milliards de dollars ,soit quelques 2,5% du PIB mondial.(un niveau tel que certains observateurs estiment que les mafias internationales ne peuvent générer avec succès le recyclage de leurs profits sans la complicité directe ou indirecte des milieux d'affaires, tout en bénéficiant du laxisme de certains pouvoirs politiques!) .Il n'est sans doute pas inutile non plus de rappeler que depuis un quart de siècle,la libéralisation des mouvements internationaux de capitaux permet à ces derniers d'échapper en grande partie à tout contrôle; parallèlement à l'évolution inouie des techniques de communication et au poids croissant du rôle joué par les paradis fiscaux.Ces places financières ,créées en pleine Guerre Froide,et le plus souvent initiées par les Etats Unis et les principales puissances d 'Europe Occidentale, ont préservé jalousement le secret bancaire. au moins jusqu'au 11 Septembre 2001, de Monaco aux Iles anglo normandes,du Luxembourg aux iles Caïmans,du Liechteinstein à Dublin,de Saint Barth à la Confédération helvétique!...

Amélioration inouie des techniques: Les exemples repris par Raufer dans son étude "Terrorisme,nouvelles menaces" sont particulièrement édifiants:

"En 1995, la police colombienne saisissait à Cali un ordinateur IBM AS/400 dont la mémoire contenait tous les numéros de téléphone et les plaques minéralogiques de l'agglomération, couplé à un scanner ICR 900. L'ensemble constituait un puissant instrument d'interception et de stockage de communications permettant au Cartel de Cali d'écouter en simultanée 180 lignes radio-téléphoniques !La même année,on apprenait que les Cartels mexicains avaient acheté des avions en kit "Rutan Defiant",conçus en matériaux composites,équipés d'hélices en plastique et recouverts d'une couche de peinture absorbant les ondes radar, "avions furtifs "certes rudimentaires mais bien moins chers que les fameux bombardiers fantômes américains" !...

Les paradis fiscaux contribuent avec bonheur , parallèlement à l'essor de la criminalité internationale, à la multiplication des "risques",y compris pour les territoires licites. Raufer,en 1999,non sans humour,avait identifié 13 grands risques auxquels étaient désormais affrontés les principales entreprises commerciales internationales
Citons les, accompagnées des commentaires de l'expert:

-le "blanchiment involontaire" (ou comment de grands groupes ont recyclé à leur insu des milliards de dollars au bénéfice des cartels de la cocaïne en Amérique Latine);

-les "criminels en cols bleus" ,syndicats ,mafias ,(ou quand le crime organisé contrôle les syndicats.et pas uniquement aux Etats Unis);

-les "écoterroristes",ou les "écoguerriers sincères ou manipulés contre les "destructeurs de la planète";

-les enlèvements d'expatriés;

-les faussaires et les escrocs internes à l'entreprise;

-les mafieux et la Bourse (à Wall Steet ou ailleurs, ou la Bourse entreprise des "familles",Gambino,Lucchese, Genovese,Bonnano et tutti quanti);

-les menaces physiques et les contrats individuels .ou comment se débarrasser des gêneurs;

-le partenariat  mafieux (êtes vous sûr de vos associés?)

-le racket et la protection ("payez,la mafia s'occupe de tout");

-les réseaux et les "tyuyaux", prises d'otages et hold up;

-les sectes et les fanatiques au coeur de l'entreprise;

-la "statégie du coucou" ,ou le transport involontaire de denrées illicites;(dans vos conteneurs,en douce,une tonne de cocaïne !);

-le vol de matériels précieux: une micro puce,une carte mère, sont anonymes et valent plus que leur poids en or (sic).

Une énumération édifiante..et qui confirme un constat désormais banal:l'imagination des criminels est sans limite..face tout particulièrement à quelques "cibles privilégiées",comme les banques (un exemple:entre 1991 et 2000,plus de 1,5 milliard de dollars avaient été blanchis à travers quelques 236 comptes répartis entre deux banques américaines,la Commercial Bank et la City Bank!); les grandes marques ,via le fléaux de la contrefaçon, (un fléau qui peut se traduire aussi par des conséquences humaines tragiques:l'OMS a révélé que plus de 50% des médicaments consommés sur le continent africain étaient des faux..avec les résultats que l'on imagine". Et Couchot de citer en 2005 un exemple également fort révélateur: en Arménie,en 2002, apparurent sur le marché des alcools frelatés sous les marques Krsital et Stolichnaya,.nombre de leurs consommateurs y perdirent la vue); les entreprises ultramarines,particulièrement touchées par la corruption et l'escroquerie...ou la fraude transfrontalière,via le télémarketing.....

Les organisations criminelles peuvent aussi jouer,sans trop de risques,de multiples partitions: fausses ventes aux enchères,faux gains au jeu,faux procès,fausses spéculations immobilières,blanchiment par les marchés financiers, aller retour sur ces mêmes marchés..(La plupart des observateurs estiment aujourd'hui que les manipulations frauduleuses ,à grande échelle,des mafias locales ,furent la cause première du colossal krach boursier qui sévit en Octobre 1997 en Asie Pacifique,de Bangkok à Tokyo).

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21 septembre 2007 5 21 /09 /septembre /2007 18:07
Information:

Consulting International.
études-pays;évaluation de risques.

L'équipe d'experts et de collaborateurs de l'lAcadémie Internationale de Géopolitique" vient de constituer  une structure de consulting international dans les différents domaines de la géopolitique (études de pays et de zones, analyses de risques ...)au service,notamment,des sociétés privées nationales et internationales et des organisations gouvernementales ou paragouvernementales (Reference: le  blog de géopolitique du responsable,Jacques Soppelsa)  email: jacquessoppelsa@eb-paris.com
Ces études utilisent notamment une nouvelle méthode d'évaluation de  risques établie à partir du modèle P R S aménagé.

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31 août 2007 5 31 /08 /août /2007 16:08
De la criminalité organisée:

 Quelles sont, aujourd'hui, les principales organisations criminelles internationales ? Jusqu'à la disparition du système bipolaire,on pouvait ,sur ce chapître,décrire les activités de six grands types d'organisations:

1) les mafias italiennes, dominées par quatre grandes structures: 
-Cosa Nostra,implantée depuis des siècles en Sicile ( 50 000 personnes,gravitant au sein de quelques 130 "familles"
-la Ndrangheta (en Calabre) recensant 55 000 personnes également regroupées en 150 familles)
-la Camora napolitaine ,née et grandie en Campanie ( 70 000 personnes, 110 familles)
-et la Sacra Corona Unita (implantée historiquement dans les Pouilles) ,dénombrant quelques 25 000 personnes dans 32 familles.
Ces mafias italiennes ont connu,au cours des toutes dernières décennies,deux profondes mutations:
-au plan des activités proprement dites,tout d'abord:longtemps "spécialisées"dans le racket,le chantage,le kidnapping, la contrebande,..les structures maffieuses du Mezzogiorno ont récemment diversifié leurs champs de compétences: le trafic de drogue,longtemps relativement marginal,les réseaux de prostitutions (une révolution ,au même titre que la disparition de "l'omerta",dans la mentalité traditionnelle des "familles":naguère,on ne faisait pas dans la prostitution du côté de Cosa Nostra ou de la Camora: "on ne touchait pas à la femme,car la femme,c'est aussi la mère"): l'immigration clandestine, et toute la palette des activités illicites évoquées supra.
Bien sûr, les traditions se sont pérénisées jusqu'à nos jours;le racket ,activité séculaire, une pratique longtemps renforcée par le laxisme et l'inaction (volontaire ou involontaire)de l'Etat et des collectivités locales;une activité qui quant aux victimes,concerne surtout ,curieusement, les petites et les moyennes entrerpises. Selon Rozzoli ,en 2004, les tarifs habituels sont les suivants:pour un commerçant,la "taxe mafieuse " est de l'ordre de 250 à 300 euros par mois; pour un promoteur immobilier,elle peut grimper jusu'à 4000 euros par appartement achevé.Mais la "taxe d'entrée" est aussi monnaie courante: la première fois,il faut verser de 15 000 à 30 000 euros.Et la technique est quasiment immuable: le chef d'entreprise commence par recevoir un "avertissement":sa voiture ou une partie de sa boutique est détruite..la victime est alors mise en contact avec un "ami"qui va servir d'intemédiaire pour lancer ce que certains n'hésitent pas à qualifier de véritable "transanction commerciale". La plupart des experts ,analysant les faits ,et constatant que les grandes entreprises apparaissent rarement dans les
rangs des victimes ont été amenés à émettre l'hypothèse d'une éventuelle connivence de facto avec les responsables mafieux ??
Parallèlement à la pérénisation de ces traditions quasi séculaires se sont donc récemment développées des activités clandestines originales;certaines concernent les différents domaines de la "zoomafia".trafic d'espèces rares, ou d'animaux dressés pour la course ou le combat,éléments majeurs de pratiques de paris clandestins.En 2004,l'un des principaux responsables de la Ligue Italienne antivivisection estimait que la contrebande d'animaux en voie de disparition ou entrainés aux combats et aux courses (des pitt bulls aux lévriers,en passant par les faucons dressés)arrivait désormais en troisième position ,en matière de profits,derrière le trafic d'armes et la drogue. et considérait que le cap des 800 millions d'euros avait été franchi en ce domaine à l'échelle du territoire national.. Mais le domaine le plus significatif de la spécificité des activités mafieuses en Italie est sans doute représenté aujourdhui par ce que les spécialistes appellent "l'écomafia"! Quid de l'écomafia"?
Il s'agit essentiellement de deux secteurs susceptibles d 'engendrer à très court terme de spectaculaires profits:
les constructions illicites et la "gestion" des déchets.
-Les chiffres révélés par l'administration concernant le premier domaine sont édifiants (c'est le cas de le dire !): Entre 1995 et 2000, quelques 250 000 maisons ont été érigées sans permis de construire,soit quelques 35 millions de m2 et une valeur marchande de l'ordre de 30 000 milliards ...de lires. Plus révélateur encore: 60% de ces constructions illégales étaient concentrées dans les quatre régions d'Italie les plus fortement marquées par la présence mafieuse, la Sicile, la Campanie,les Pouilles et la Calabre ! Difficile,ici,de ne parler que de coincïdences... 
-Quant à la mafia des "déchets",la procédure est nettement plus sophistiquée: la production nationale de "déchets spéciaux traités" est systématiquement supérieure de 10 à 15% à la production officiellement déclarée;en revanche, la quantité de déchets réputés "dangeureux" est inférieure de 10 à 15% à la production déclarée. Cherchez l'erreur ! De là à imaginer que les entreprises de traitement seraient en partie contrôlées par des structures mafieuses qui,gràce à une déclassification fictive des déchet,transformeraient les résidus dangereuxs en résidus spéciaux...entrainant des gains élevés pour l'entrepreneur ..et des risques accrus pour la santé publique, il n'y a qu'un pas,volontiers franchi depuis deux décennies par les services du Ministère de l'lEnvironnement.Au debut du dernier lustre,celui ci publiait les données chiffrées suivantes: 3,2 millions de déchets dangereux..dont 1,8 disparaissent chaque année! .Et une facture de l'ordre de 2 300 milliards de lires,avec une évasion fiscale de quelques 320 milliards.
De nouveau, une singulière coincidence spatiale: 45% des infractions officiellement relevées étaient recensées dans les quatre régions citées supra!
Soulignons aussi ,au delà d'une véritable explosion quantitaive du trafic de drogues illicites, au cours du dernier quart de siècle,l'essor très soutenu de son implantation spatiale. -sur ce plan,en effet,les activités mafieuseses,longtemps ancrées dans le Mezzogiorno, se sont progressivement épanouies vers le Nord de l'Italie et ses grandes agglomérations industrielles, voire vers la Provence et la Côte d'Azur (proxénétisme et prostitution "de luxe" ,immobilier,corruption des édiles, vols à main armée..), puis dans toute l'Europe et,depuis quelques années,sur le continent ..africain.On pouvait considérer en 2005 que les mafias d'origine italienne étaient désormaisimplantées dans quelques 42 pays ! Les mafias italiennes à l'heure de la mondialisation ? Rozolli décrivait,non sans humour,deux exemples d'enquêtes particulièrement significarives conduites par les autorités judiciaires italiennes dans les années quatre vingt dix: La première d'entre elles, surnommée "Phoney Money", permit en Avril 1995,gràce à la diligence du procureur d'Aosta, d'arréter dix huit personnes accusées du recyclage de millions de dollars : "parmi les inculpés,se trouvait l'ancien conseiller de la Pontidafim,la banque de la Ligue du Nord d'Umberto Bossi, et un financier italo américain,Enzo di Chiara,qui se targuait d'être un ami intime de Bill Clinton". Quant à la seconde,appelée "Check to Check",elle est plus édifiante encore: conduite par le procureur de Tore Anunziata, en Campanie, elle a permis de mettre à jour de multiples trafics illicites ,depuis les armes de guerre vendues dans quelques pays du tiers monde touchés par des conflits ouverts juqu'au blanchiment d 'argent et au trafic de matèriel ...nucléare."Ces activités auraient notamment impliqué le marchand d'armes Nicholas Oman, un industriel somalien, l'ultra nationaliste russe Jirinovsky..et l'archevêque de Barcelone,Ricardo Maria Carles ,qui aurait été dans l'affaire le garant d 'une vaste opération de recyclage s'élevant à quelques 500 milliards de lires" !..

2)les italo- américains.

Aux Etats Unis,au delà des mythes véhiculés par le grand écran, les structures et les comportements des "familles"implantées depuis un siècle dans les grandes agglomérations de l'Union,ressemblent beaucoup,eu égard à leurs origines, à celles des mafias italiennes.Rappelons que,dans l'histoire des Etats Unis,dès la période de "reconstruction" (durant le dernier tiers du XIXeme siècle) les mafias jouèrent un grand rôle dans l'activité économique et sociétale de certaines cités.Songeons par exemple à Chicago,et aux activités fébriles des"célèbres "conseillers municipaux Coughlin et Kenna, très liés à la "bande de l'Ohio" et aux premières familles mafieuses venues de Sicile.Des conseillers qui,selon le Rapport officiel de la Commission nationale anti gang de l'époque "regroupaient dans leurs troupe d'hommes de main "les pickpockets,les prostituées et leurs souteneurs,les tenanciers de bars, les promoteurs du pugilisme,les marchands de vins et de liqueurs,les capitaines de police (sic) et les pourvoyeurs de maisons de jeux".Après l'âge d'or de la prohibition, les mafias italo américaines ont certes connu une indéniable stagnation.Mais aujourd'hui,on peut recenser Outre Atlantique, quelques 25 familles se partageant le territoire métropolitain,regroupant quelques 1300 membres "actifs". Leur implantation spatiale va de New York et de Chicago à la Floride et à la Nouvelle Angleterre .Historiquement investis dans le racket,le trafic de stupéfiants,l'entrisme syndical, les mafias italo américaines tendent toutefois aujourd'hui à développer parmi leurs principales activités le secteur des jeux et de leurs dérivés,tout particulièrement à Las Vegas et à Atlantic City, par ailleurs (mais est ce bien un hasard,) devenues les nouvelles capitales des manifestations pugilistiques...

3) les Yakusas japonaises. 

Elles comporteraient quelques 60 000 membres,répartis dans quelques 3 500 clans regroupés en "fédérations criminelles".Leur action est particulièrement dynamique dans le secteur des stupéfiants,et notament,depuis deux ou trois décennies,dans celui des "drogues de synthèse",telles les amphétamines.Originalité des Yakusas par rapport à leurs petits camarades mafieux:ils ont généralement pignon sur rue , à Tokyo, Osaka ou Kobé,et n'hésitent guère à s'afficher publiquement avec certaines autorités gouvernementales...

4)Tout ausi séculaires,les "Triades" chinoises constituent quantitativement la première organisation criminelle du monde; elles compteraient plus de 200 000 membres,(uniquement masculins) réparties non seulement au sein de l'Asie Pacifique (Hong Kong,Singapour,Macao,etc) mais égalemnt,aujourd'hui,dans les milieux géographiques spécialement marqués par l'implantation de la diaspora.Leur activité est multiple,des stupéfiants aux vols de véhicules,de l'immigration clandestine à la prostitution, du trafic d'armes (de plus en plsu sophistiquées) aux contrefaçons.Les triades,sur ce dernier point, ont profité allégrement de la tendance récente aux délocalisations dans le secteur textile, et au boom des produits et des biens de consommation importés officiellement de Chine par la plupart des pays développés d'Europe Occidentale.

5) Les cartels latino américains, et notamment les cartels installés en Colombie,pays officiellement étiquetés "narco état". Des cartels longtemps hyperspécialisés dans la coke,même si la Colombie,du fait du poids de la géographie, connait de longue date une tradition de contrebande.Cet Etat contrôle,bon an mal an, quelques 70% de la production mondiale de coke...

6) les clans turco kurdes,spatialement implantés dans des régions névralgiques de l'interface "Asie Europe",dans ces Rimlands chers à Spykman,et qui ont développé en priorité, le trafic de stupéfiants,et notamment le transport et la commercialisation de l'héroine importée des fiefs historiques de l'opium, le "Triangle d'or et le "Croissant d'or"..

Maix cette liste est désormais loin d'être exhaustive, eu égard,depuis quelques décennies (et singulièrement depuis l'effondrement du système bipolaire),au plan international,à l'émergence ,voire l'intrusion brutale d'organisations criminelles nouvelles ou,,jusqu'à ces derniers temps,d'un "rayonnement" relativement limité. Les six grands clans mexicains, par exemple, (Matamoros,Juarez,Guadalajara,Sonora,Tijuana,Culiacana) ont connu ces derniers lustres une véritable embellie en tirant parti (principalement dans le secteur des stupéfiants et de l'immigration clandestine)de leur proximité géographique avec les EtatsUnis..et des premiers effets pervers de l'Accord de l'Alena, signé en 1992...Au point que la traditionnelle frontière du Rio Grande del Norte a été relayée,au plan des défis contemporains interpellant les gouvernements nationaux d'Amérique du Nord ,(outre la corruption des notables,particulièremen flagrante dans certaines régions mexicaines), par la frontière méridionale, entre le Mexique..et le Guatemala, bref la Méso Amérique..

Plus édifiants encore, corollaire direct des bouleversements exceptionnels qu'ont connu la Russie et les pays d'Europ de l'Est depuis quinze ans: l'essor très soutenu des mafias russes (une bonne centaine de groupes permanents,quelques 20 000 membres dépendants de bandes plus ou moins organisées,aux antipodes,quant à leur gestion interne, des régles d'or des mafias éponymes et de leur "code d'honneur").Des mafias assez proches,semble t il, de maints groupes industriels gérés par quelques oligarques ) ...et l'épanouissement des activités criminelles dans les Balkans.

Comme le rappelait non sans pertinence Philippe Chassagne en 2002,les "crises politiques et les guerres ont eu depuis 1990 des effets durables sur l'émergence et le développement des phénomènes de criminalité organisée dans les Balkans,et tout particulièrement dans les Balkans occidentaux,les Etats issus de la Yougoslavie titiste et de 'lAlbanie".Les crises sèvères qui ont agité la région tout au long de la décennie 1990 ont eu aussi pour effet, en déstabilisant les régimes en place,de favoriser l'activité des groupes criminels:le trafic d'armes,en premier lieu,a largement tiré profit de l'instabilité générale,en Croatie,en Slovénie,en Bosnie Herzégovine,en Macédoine,au Kosovo..A preuve,par exemple,les liens privilégiés , au début de la décennie, entre les autorités croates.et les mafias du Mezzogiorno. Comme le rappelaient certains oberrvateurs occidentaux, "à la fin des combats,les armes ont quitté la région, soit achetées par quelques groupes terroristes ,soit acheminées vers des régions voisines pour pour participer à de nouvelles opérations de déstabilisation ! Le détournement de certaines formes d'aide humanitaire est aussi à mettre régulièrement sur le compte d'organisations criminelles.L'exemple albanais,en la matière,est tout à fait révélateur tant ,au coeur de la capitale,Tirana,que dans les deux ports adriatiques de Vlora et de Durrès..Sans parler du nouveau marché de la prostitution rendu particulièrement rentable, -dixit l'administration onusienne-par le nombre élevé de soldats du maintien de la paix et de hauts fonctionaires internationaux(sic). 
Les activités criminelles sont certes presque aussi anciennes que l'histoire de lhumanité. Mais ce qui est nouveau,c'est leur exceptionnel dynamisme et leur diversification spatiale.Double processus directement lié à la mondialisation,à la disparition du système bipolaire et à l'intensification du phénomène de corruption.

Quant à la mondialisation,les faits sont patents: Le crime organisé s'est lui aussi mondialisé .Et Raufer de relever,dès 2002, que "le crime organisé a su voir loin,se disperser ,se délocaliser, optimiser ses prestations,créer des "marchandises mondiales...A l'image de l'économie légale, il a appris à confronter, à l'échelle mondiale, offre et demande de biens et de services;une internationalisation telle que certaines affaires judiciaires relatives aux mafias peuvent concerner jusqu'à deux douzaines de juridictions nationales différentes!Une internationalisation qui,en définive,au delà de ces tendances et de l'affirmation de certains traits fondamentaux comme l'ampleur de la corruption, le laxisme ou la complicité de certaines grandes entreprises transnationales,parfois polluées de l'intérieur par les industries du crime,est directement liée à la fin de la guerre froide,à la disparition des verrous sécrétés par les deux Supergrands,le recul des Etats-nations,les déréglementations, les instabilités régionales, l'expansion spatiale des zones de non droit.

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