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  • : La géopolitique par Jacques Soppelsa
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Cv Jacques Soppelsa

Agrégé de géographie , Docteur d'Etat ,et Professeur de géopolitique à l'université Paris I (Panthéon-Sorbonne). Retrouvez le Cv résumé en cliquant sur le lien suivant : Jacques Soppelsa

Recherche

Publications

1971 : Les Etats Unis (PUF)
1972 : Géographie Universelle (2 tomes) Livre du mois
1973 : Le Moyen  Orient (3 tomes) Mang
1975 : L'économie des Etats Unis (Masson). Livre du mois
1976 : La Géorgie méridionale et le Vieux Sud des Etats Unis (thèse)
1979 : Les grandes puissances (Nathan)
1980 : Géographie des Armements (Masson) Livre du mois
1981 : Histoire du Far West (Larousse  BD) 32 facsicules en coll.
1982 : La Terre et les hommes (Belin)
1984 : Des tensions et des armes (Publications de la Sorbonne)
1986 : Lexique de  Géographie Economique (en coll  Dalloz)
1988 : Lexique de Géopolitique (Dir. Dalloz)
1992 : Géopolitique de 1945 à nos jours (Sirrey)
1994 : La Patagonie (en coll. Autrement)
1995 : Los Frances en Argentina (en coll .Zago)
1996 : La dictature du rendement (Ellipses)
1997 : Dix mythes pour l'Amérique (Colin)
1999 : la démocratie américaine (Ellipses)
2001 : Géopolitique de l'Asie Pacifique (id)
2003 : Le Dialogue régional en Amérique Latine (Ellipses)
2005 : Les Etats Unis .Une histoire revisitée (La  Martinière-.Le Seuil)
2006 : "Dix morts en sursis" -Roman de Géopolitique fiction- Editions du Club Zero
2008 : Géopolitique du monde contemporain (en coll.) (Nathan)

2009 : Les sept défis capitaux du Nouvel Ordre Mondiale

2010 : Dictionnaire iconoclaste de l'immigration

2011 : Géopolitique et Francophonie

2012 : Louis XVII, La piste argentine

Archives

31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 21:05

http://1.bp.blogspot.com/-fTL3TFb5K_0/TtgM8xo73eI/AAAAAAAAABY/uL-VuH26A-E/s1600/1.jpgfotos di Talos Buccelati

Maison de l'Amérique Latine à Paris - 18 novembre 2011

"Jusqu'à il y a vingt ans nous pouvions encore croire qu'un marché sain existait, tout comme une société saine qu’il fallait protéger des infiltrations criminelles. Aujourd'hui il faut au contraire réaliser que les organisations criminelles fournissent des biens et des services illégaux (drogues, articles contrefaits, traite d'êtres humains, élimination d'ordures toxiques), demandés par des millions de gens tout à fait normaux". Jean de MAILLARD.

"Comparé à cette criminalité systémique, l’ancien droit pénal du 19ème et 20ème siècle est comme un pistolet à eau, une aspirine contre le cancer. Nous devons prendre conscience de l'émergence d'un nouveau concept, l'économie frauduleuse. » Roberto SCARPINATO

La version originale de MC Prodi en italien sur la revue FOCUS IN


La soirée du 18 novembre, avec les juges Roberto Scarpinato et Jean de Maillard, n’a peut être pas été une injection de perspectives rassurantes mais elle a certainement eu le mérite d'aller droit au but. D’autre part, ça n’a pas non plus été un rendez-vous défaitiste, car un message si dur transmis par des gens brillants, qui luttent quotidiennement contre la criminalité, ne cherche pas à exaspérer mais au contraire à encourager la création de nouvelles armes utiles, tout en étant vigilants.

Profitant d'une invitation faite à Roberto Scarpinato de la part de Citéphilo Lille, à l’occasion de la sortie de son livre "dernier des juges"Fabrice Rizzoli, avec FLARE, organisait une soirée de grande actualité, en réunissant le procureur général de la cour d'appel de Caltanissetta et Jean de Maillard, juge français auteur du livre "l'arnaque" sur la criminalité financière et expert dans le secteur.

Imaginée il y a quelques mois, dans la continuité des initiatives d'approfondissement que FLARE et Libera international organisent périodiquement, cette conférence ne pouvait pas tomber dans un moment plus riche en actualité que celui-ci, entre la chute du gouvernement Berlusconi, l'attaque financière à l'Italie et la récente nomination de Mario Monti à la présidence du Conseil.

D'un côté Jean de Maillard étudie les pleins pouvoirs des marchés et l'affaiblissement des démocraties qui en découle et de l'autre Roberto Scarpinato se penche plutôt sur l'histoire criminelle de l'Italie, en affirmant que "La mafia a toujours eu la protection politique: voilà pourquoi l'état n’a jamais réussi à la battre." D'un côté les convergences entre la France et l'Italie dans le contexte de la mondialisation des affaires criminelles sont réaffirmées, de l'autre les différences entre les deux pays sont établies, Jean de Maillard les résume ainsi :

"En France on est à l’opposé de l'Italie: en Italie, l’Etat est faible mais les structures intra-étatiques sont résistantes alors qu’en France il y a un Etat fort avec des institutions qui devraient jouer un rôle de contrepouvoirs, notamment par le biais de la justice mais qui finissent par être structurellement faibles". Le magistrat français conclut avec un avertissement, que FLARE et Libera ne peuvent que partager entièrement: « les affaires criminelles sont des choses trop sérieuses pour les remettre seulement aux juges et aux agents de police ».

C’est justement pour cette raison que nous mettons au centre de nos rencontres les produits de Libera Terra, apportés et distribués en France par Ethicando (cf. produits issus des terres confisquées à la mafia) en tant que témoignage de ce qu’il se passe lorsque les citoyens se réapproprient leur place. Pour cette raison nous invitons aussi avec plaisir les autres associations italiennes, (nombreuses d’entre elles ont d’ailleurs participé à la conférence) , à parcourir ce chemin de connaissance des dynamiques criminelles. Il est important de bien savoir quel est l'ennemi à combattre, en dépassant le cliché de l’homme en « coppola » et « lupara » et en se figurant plutôt un homme qui incarne de plus en plus « la banalité du mal ».

Si, comme dit Roberto Scarpinato, "le monde criminel est le miroir qui révèle les vices secrets de millions de gens normaux", pour combattre la mafia, il ne reste qu’à emprunter un mot passé de mode depuis plusieurs années mais qui a peut-être encore tout son sens et son utilité : la morale.


PS : Un grand merci la Maison de l'Amérique Latine
pour son accueil trés chaleureux et professionnel.
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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 09:47

OGC - FLARE

Salle Clemenceau Palais du Luxembourg
15 ter rue de Vaugirard 75006 Paris

Entrée gratuite, réservation obligatoire
par email à fabrice.rizzoli@flarenetwork.org
ou à Ethicando avec le chèque de 10 euros pour le repas antimafia

MAFIAS : ENTRE ILLEGALITÉ ET LEGALITE

Quelles perspectives législatives ? Quel rôle pour la société civile?

9h : table ronde :  Dualité légalité-illégalité dans les zones de production du droit étatique et mafieux.
Modératrice : Chantal CUTAJAR
- Dana VILLEGAS : Les cartels de la drogue et les interstices du droit
- Giuseppe MUTI : Les écomafias : paradigme de l'intégration juridique des mafias
- Celine TORRISI : Etat et mafia : une construction mutuelle?
- Michel KOKOREFF : Comment la prohibition des drogues produit la criminalité ?
Projection reportage, débat et
DEJEUNER ANTIMAFIA
produits Libera terra sur des terres confisquées aux mafias
Panier repas contre une participation 10 euros en envoyant un chèque à Ethicando,
adresse : chez a ruche 84, quai de Jemmapes 75010

 

Après midi : table ronde : Lutte contre la fraude organisée : la réutilisation à des fins socio-culturelles des biens confisqués est-elle la solution ?

Modératrice : Maria Chiara PRODI
- Jean de MAILLARD : Les marchés financiers, opportunité ou modèle pour l’économie criminelle ?

- Nicolas GIANNAKOPOULOS : Suisse, Economie légale et illégale, la fin de la distinction ?

- Mario VAUDANO  : Perspectives législatives contre la fraude à l'Union
- Antonio MARUCCIA : Biens confisqués à la mafia : un exemple du retour à la légalité -Francesco COSTAMAGNA : Confiscation et réutilisation des biens confisqués à l'échelle européenne

Reportage - Discussion

17h : Conclusions

Le programme complet

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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 17:24

http://s1.e-monsite.com/2009/01/27/08/403312205-mafia-jpg.jpg

Vous pouvez acheter l’article paru dans la revue Grande Europe (documentation française) et qui traite de l’Italie. L’emprise de la mafia sur le monde politique (rubrique Focus cliquez)

Résumé :

Les relations entre le pouvoir italien et la mafia (ou plutôt les mafias : Cosa Nostra en Sicile, ‘Ndrangheta en Calabre, Camorra en Campanie, Sacra Corona dans les Pouilles) atteignent un degré d’intrication inquiétant. « Etat dans l’Etat », dotée de son propre ordre fondé sur une « violence programmée » qui lui permet de régner sur des pans entiers du territoire, la mafia est parvenue à infiltrer les pouvoirs publics via, par exemple, les scrutins électoraux et la corruption. L’attitude du pouvoir politique est parfois ambiguë : impliqué dans certains cas pour complicité avec la mafia, certains responsables, jusqu’aux plus hautes sphères, ont coopéré de près ou de loin avec ce pouvoir occulte. En outre, en ne luttant pas efficacement contre la perception du pizzo (impôt perçu par les « soldats » de la mafia) ou encore contre les écomafias qui ont fait du recyclage des déchets une activité aussi lucrative que le trafic de drogue, les autorités ont baissé la garde, exception faite de quelques élus qui paient de leur vie, leur refus de collaborer avec l’organisation criminelle. http://burobertdesorbon.univ-reims.fr/wp-content/uploads/2009/04/grandeeurope1.jpgPour sa part, la justice italienne, soutenue par la commission parlementaire anti-mafia, a déclaré la guerre à la mafia depuis plusieurs décennies (1962) : de nombreuses dispositions juridiques (par exemple, la loi de 1982 sur le délit d’association mafieuse, la réintroduction des biens confisqués à la mafia dans le circuit légal à des fins sociales en 1996), le recours aux « repentis » (anciens mafieux), un vigoureux soutien aux initiatives de la société civile ont permis d’enregistrer certains succès. S’ajoute à cela, la prise de conscience de la dimension européenne du problème par les autres États membres de l’Union européenne…

… cliquez pour la suite : Italie. L’emprise de la mafia sur le monde politique

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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 12:43

http://fr.academic.ru/pictures/frwiki/85/Universite_Paris_I_Pantheon-Sorbonne.jpgL'université française n'est pas tendre avec le sujet criminel. La criminalité organisée est considérée comme un non sujet par de nombreux professeurs. Pourtant, avec la chute du mur de Berlin et la fin d'un monde bipolaire en apparence figé et l'apparition de nouvelles menaces, le trafic de stupéfiants (cf. La Colombie, les Etats-unis et l'échec de la guerre à la drogue ), le crime organisé et les mafias sont devenus des acteurs majeurs de la mondialisation. Heureusement, dés le milieux des années 90, un professeur de géopolitique, Président honoraire de la Sorbonne acceptait des sujets de la sorte (cf. Mafias italiennes et relations internationales)...

Il semble que les choses évoluent petit à petit. C'est pourquoi, nous publions aujourd'hui le résumé d'un travail universitaire. L'étudiante de science po Grenoble y traite les notions de territoire et d’expansion chez les acteurs mafieux.

 

Résumé de Mafias : ancrage local et pouvoir transnatioanal

 

          Depuis le 11 septembre 2001, les démocraties occidentales n’ont de cesse de focaliser leur attention sur un élément qu’elles considèrent comme leur plus grande menace : le terrorisme. De cette façon elles semblent laisser de côté un autre danger : la criminalité organisée. Le choix des mots n’est pas anodin. L’effet que l’on désire susciter est altéré selon que l’on parle de criminalité organisée ou de mafia. En effet parler de la criminalité organisée confère davantage de pesanteur au discours et peut être davantage de crédit. Cependant parler de la mafia fait souvent sourire, ou suscite une certaine fascination chez les individus. Pourtant ces deux expressions désignent un même phénomène, bien plus redoutable qu’on ne se l’imagine et ce pour plusieurs raisons. D’une part parce que la mafia n’apparaît que comme un mythe pour la grande majorité des individus. D’autre part parce que la lutte contre la criminalité organisée est devenue un objectif secondaire tant au sein des Etats occidentaux qu’au sein des organisations internationales. Enfin parce que contrairement à ce qu’on pourrait nous laisser croire les mafias ont su parfaitement s’adapter au processus de la mondialisation. Ce dernier a même accentué le danger qu’elles représentent. Si la criminalité organisée n’a jamais été un phénomène purement et uniquement sicilien, il n’empêche que le processus de mondialisation, compris comme un processus neutre de diffusion de certaines normes traduites au niveau local par l‘ Etat, a largement favorisé la criminalité organisée lorsqu’il ne l’a pas renforcé. La facilitation des communications et des déplacements, la déréglementation de l’économie, la création d’un espace mondial ouvert ont eu des conséquences néfastes dont le renforcement et l’expansion des mafias.
Affirmer que le processus de mondialisation a eu des effets négatifs ne doit pas être interprété comme relevant d’un dialogue altermondialiste. Notre but n’est pas d’expliquer exhaustivement le processus de mondialisation de la criminalité organisée mais d’essayer de voir en quoi la mondialisation a fait des mafias des puissances capables de contrôler un territoire local tout en rayonnant sur la scène de l’illégalité transnationale. Ainsi nous partirons d’un constat : la criminalité organisée est aujourd’hui un phénomène transnational. Mais les mafias présentent une caractéristique particulière : pour exister elles ont besoin d’un ancrage local sans lequel elles sont comme la pieuvre sans la tête, vide de toute capacité d’action. Ce n’est que par souci d’étendre leur puissance qu’elles se sont mondialisées. On se demandera alors comment il est possible qu’une organisation transnationale, illégale, menace d’envergure pour les démocraties les plus solides, organisation à l’origine de nombreux détournements de fond, de catastrophe sanitaire telle la crise des déchets à Naples, retienne si peu l’attention des organisations internationales, des Etats, et des individus ? Selon nous, les mafias sont aujourd’hui des réalités qui ont su tirer profit de la mondialisation mais dont la nature réelle est voilée par la persistance d’un mythe au sein de l’imaginaire collectif. Aussi nous semble-t-il que les mafias opèrent un va et vient constant entre mondialisation et ancrage territorial. Or les Etats et les organisations internationales sont impuissants face à au nouveau visage de la
criminalité organisée.
En s’appuyant sur l’exemple de la crise des déchets à Naples, symbole de la puissance de la Camorra et de la faiblesse de l’Etat italien on s’attachera à démontrer que la mondialisation permet à la mafia de s’ériger en puissance transnationale en intégrant illégalement l’activité légale(I). Mais elle lui permet également de renforcer sa territorialisation par le contournement discret des normes internationales et nationales (II). Ce contournement est d’autant plus dangereux que les Etats et les individus ne semblent s’attacher qu’aux phénomènes visibles etexceptionnels et non aux phénomènes invisibles et constants comme la criminalité organisée (III).

 

Pour obtenir le mémoire : Mafias : ancrage local, pouvoir transnational


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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 17:43

La mafia italo-américaine, La Cosa Nostra (LCN), (selon la dénomination officielle du FBI), est une mafia née au début du 19ème siècle dans les little Italies. Longtemps, les Américains ont estimé qu'il sagissait de l'implantation d'un "mal étranger" en "terre sainte". Les études démontrent au contraire un phénomène typiquement américain (cf. quando la mafia trovo l'America de Salvatore Lupo) Dans la démocratie de la loi du plus fort, parmi les néo-arrivants, les Italo-américains se sont montrés certes très efficace au petit jeu de la criminalité organisée. Mais, ils ont surtout profité de la décision la plus contreproductive de l'histoire des Etats-Unis, la prohibition. De 1920 à 1933, les mafieux italo-américains se sont enrichis de manière exponentielle et se sont insérés dans l'économie légale. Par la suite, entre la seconde guerre mondiale et la guerre froide, les institutions avaient d'autres priorités que celle de la lutte contre le crime organisé. Durant la période bipolaire, l'objectif fut  le containment du communisme et en dépit, d'initiatives intéressantes, commission Kefauver, commission Mc Clellan, la loi RICO et de quelques procès, rien ne destabilisa vraiment La Cosa Nostra. On senti un fremissement durant les années 90 avec l'augmentation des effectifs du Fbi, de la DEA et d'autres organismes fédéraux afin de lutter contre le crime organisé et les grands trafics. De nombreux mafieux furent arrêtés et on cru que La Cosa Nostra était morte dixit l'agent Williams du FBI en 2004 : « Son futur s'annonce comme obscur et sa survie est en question. » (cf. "Five Families : The rise, decline, and resurgence of America's most powerful Mafia empires" de Selwyn Raab.)

C'était sans compter le 11 septembre qui crea un nouvelle obsession pour les services de sécurité américains et fit fondre comme neige au soleil, les effectifs destinés à la lutte contre le crime organisé au profit de la lutte antiterrrorisme. Il exitse peu de sources en langue française sur le sujet.

Nous publions ici un billet d'un fidèle lecteur du site mafias.fr qui propose un état des lieux de la mafia italo-américaine. A l'aide de ce post à mi chemin entre l'analyse et le journalisme d'investigation, on comprend que La Cosa Nostra est un acteur géopolitique encore dynamique.

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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 16:47

Comme chaque année (voir 2008), l'Eurispes, l’institut européen des études politiques, économiques et sociales des statistiques nous propose un état géo-économique des mafias. En 2008, les mafias italiennes ont engrangé 130 milliards d'euros, ce qui représente 10% de la richesse produite en Italie.

La principale source d'accumulation illégale de capital sont le trafic de stupéfiants (59 milliards d'euros), les écomafias (16 milliards d'euros), les armes et autres 5,8 milliards. Dans certaines zones, 80% des commerçants payent encore le racket engendrant un chiffre d'affaire de 9 milliards pour les extorqueurs. L'usure fait un bon en avant avec 180 000 commerçants victimes recensés et un chiffre d'affaire de 15 milliards d'euros. Le racket et l'usure permettent aux mafias de gagner 250 millions d'euros par jour. L'augmentation de l'usure peut-être mise en relation avec la crise économique, une prévision vue sur ce site (Epargne mafieuse et leçon de capitalisme).

La grande disponibilité financière des mafias leur a permis, dans le cadre de cette crise, de garder un contrôle sur les appels d'offre et dans l'infiltration de l'économie légale. D'après l'association des commerçants italien (Confesercenti), les clans investissent dans le secteur du bâtiment (37, 5%), dans l'agriculture (20%), le tourisme (9 %), les commerces et la restauration (7,5%), en raison de la forte circulation d'argent qui caractérise ces activités.

Les saisies de biens mafieux de la part de l'Etat italien témoignent de la richesse des mafias. L'Etat italien a saisi 5,2 milliards d'euros, dont 2,9 milliards à la Camorra napolitaine, 1,4 à la mafia sicilienne et 231 millions d'euros à la 'Ndrangheta calabraise.
C'est là que le bât blesse. Car seuls 7% des biens mafieux sont saisis par les forces de l'ordre... Par ailleurs, la faiblesse des saisies opérées contre la mafia la plus riche, la mafia calabraise ('Ndrangheta : mafia "numéro un’) laisse pantois (La confiscation : enjeu politique majeur).

Ainsi, le gouvernement actuel a beau communiquer sur les nombreuses arrestations de mafieux, rien n'est fait pour affaiblir réellement les mafias.
Tout d'abord, en Italie plus qu'ailleurs, les magistrats sont indépendants. Les nombreuses arrestations ne sont en rien le fruit d'une volonté politique mais le résultat d'une action judiciaire sur le long terme. A contrario, en Sicile comme le stipule le juge antimafia Antonio Ingroia (en photo), les magistrats anticipent sur leurs deniers propres pour payer le transfert des collaborateurs de justice (ces "repentis" indispensables pour lutter contre des sociétés secrètes) ! Depuis, le mois d'octobre, les robinets de l'Antimafia sont coupés : plus d'argent, plus de photocopieurs, plus de fax et plus d'auxiliaire de justice (greffiers...).

Depuis des mois, les libérations de mafieux se multiplient. Par exemples, le 15 avril dernier, 22 personnes proches du clan Strisciulglio, un des plus importants de la ville de Bari dans la région des Pouilles (le talon de la botte), ont été libérés en dépit de leur condamnation en première instance. Le 16 janvier 2008, après des années d'enquêtes, la justice avait, au cours d'un « maxi-procès », condamné en première instance, 161 personnes. Depuis, le magistrat, seul pour écrire les 161 motivations de la sentence, n'a pas pu assurer cette obligation. En droit les condamnations ne sont donc pas effectives. En conséquence de quoi, les délais de la détention provisoire des prévenus condamnés à des peines inférieurs à dix ans d'emprisonnement courent toujours. Le terme de la détention provisoire étant dépassés, les magistrats sont contraints de libérer les prévenus pourtant condamnés pour association mafieuse ou trafic de stupéfiants en bandes organisée.

L'Italie est un état de droit démocratique. Il accepte que le droit triomphe sur l'arbitraire même lorsqu'il s'agit de libérer des mafieux patentés. Deux d'entre eux, très dangereux, risquent de se livrer de réorganiser le clan. L'espoir demeure cependant. Une fois que le juge aura rendu ses motivations, le procès en appel pourra commencer et les policiers rattraperons les fuyards comme ils l'ont fait pour Giuseppe Riina ("La magistrature ne sert à rien!" ) et Salvatore Caramuscio ( De la scu à l'Etat de droit ).

Les « libérations » légales mais contraintes de mafieux dangereux pose un problème. (Libérations de mafieux dans la région des Pouilles). Elles ridiculisent l'Etat de droit aux yeux de la population déjà sujette à accepter la loi du clan plutôt que celle de l'Etat. Comme à chaque fois, les politiciens, en particulier de droite, en profitent pour fustiger « le magistrat escargot »... un comble pour une classe politique davantage habituée à reprocher aux magistrats de faire correctement leur travail contre la corruption des élus... En effet, le magistrat responsable est défendu par ses collègues : "on ne pas demander à un magistrat une obligation de résultat humainement impossible ». L'inaction de ce juge ne peut-être comparée à d'autre coupable (Huit ans pour une sentence!). 161 motivations à écrire seul et avec d'autre dossiers nous oblige à remettre la faute sur les députées italiens, les mieux payés d'Europe, qui n'augmentent pas les crédits de la justice.

En face, les chefs mafieux disposent d'énormes ressources financières et ont à leur disposition les meilleurs avocats.

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3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 14:31
  Le 16 décembre 2008, 1 200 agents de police ont procédé à 90 arrestations en Italie à l'encontre de membres de Cosa nostra (sans l'article défini), la mafia sicilienne. Depuis 9 mois les carabiniers de Monreale (dans la banlieue de Palerme) écoutaient les conversations des « bosses » qui se réunissaient dans des hangars, dans une charcuterie ou à l'hôpital (gallerie de photos et vidéos). Le chefs mafieux tentaient de remettre sur pied la commission provinciale de Palerme. La "cupola" est un organe de direction collégiale composée des chefs de mandamento. Un mandamento est une circonscription territoriale mafieuse composée par au moins trois cosche (familles mafieuses sicilennes). Les mafieux siciliens ont l'organisation dans le sang depuis qu'ils ont mis en place, en 1957, l'organisation pyramidale inventée par les mafieux italo-américains. Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, il existait des commissions de chefs mafieux dans presque toutes les provinces siciliennes. Cependant, la commission mafieuse de Palerme, la « coupole », a toujours eu un rang hiérarchique supérieur à celles des autres provinces. Depuis l'arrestation de Toto Riina en 1993, la « coupole » ne siégeait plus. Depuis cette date, Bernardo Provenzano, flanqué de représentants dans toute la Sicile, assurait une leadership diplomatique de Cosa nostra (article).

En 2006, après l'arrestation de ce dernier (article), les magistrats ont évité la guerre entre deux prétendants Nino Rotolo et Salvatore Lo Piccolo, en les arrêtant tous les deux. Depuis, les vieux chefs sortis de prison et des jeunes pousses voulaient recréer la commission : « Nous ne devons pas faire comme les Napolitains, chacun pour soi, nous devont trouver l'harmonie ». Les écoutes judiciaires ont permis de connaître les noms des nouveaux « hommes d'honneur » en particulier ceux des cadres de l'organisation qui gèrent les mandamenti de Palerme (Corso Calatafimi, Rocca Mezzo Monreale, Resuttana, Acquasanta, Porta Nuova, Altarello, Pagliarelli, Palermo Centro, Borgo Vecchio, Uditore, Borgo Molara Monreale, San Giuseppe Jato, San Cipirello, San Mauro Castelverde et Termini Imerese)...

Les écoutes font aussi état de l'intérêt de Cosa nostra pour la politique. Les « hommes d'honneur » évoquent leur stratégie visant à soutenir l'élection de   " candidats de confiance ".


Ces arrestations amènent à deux remarques.

- A l'échelle de l'organisation, le coeur de la mafia c'est Palerme et son arrière-pays. Les chefs mafieux de Palerme demandaient l'avis à Matteo Messina Denaro, chef de la mafia de Trapani, en vertu de son rapport privilègié avec Toto Riina et aussi de son ancienneté (Matteo Messina Denaro a posé les bombes à Milan, Rome et Florence en 1993). Cependant, à l'étude des écoutes on comprend que Matteo Messina Denaro ne décide pas pour Palerme.

- A l'échelle de l'Italie, on comprend pourquoi le gouvernement en place veut restreindre les écoutes judiciares aux délits punis de plus de 15 ans d'emprisonnement. En effet, de nombreuses condamnations contre la mafia et leurs complices ont été obtenues grâce à des écoutes judiciaires qui mettaient en lumière des détournements d'appels d'offre ou des faits de corruption ; des délits dont la condamnation est de moins de 15 ans... La restriction des écoutes judiciaires n'est qu'une petite partie d'un plan de réformes prévu par le gouvernement de droite, appuyé par des forces vives de l'opposition de gauche, pour affaiblir le pouvoir de la justice en particulier celui des procureurs.


La mafia et une partie de la classe politique italienne ont en commun de vouloir faire disparaître le contrôle de la légalité par la magistrature. Or, le contrôle de la légalité est indispensable au bon fonctionnement d'une démocratie.

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5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 11:28
SOUTIEN A ROBERTO SAVIANO

(auteur de Gomorra)

ET CONTRE LES MAFIAS

 

Samedi 6 décembre 2008

15h00 – 19h00

Place d’Italie - Paris 

Je veux une vie. Je veux rire et ne pas parler de moi comme si j’étais un malade en phase terminale. Roberto Saviano, 15 octobre 2008.


Les manifestations de solidarité à Roberto Saviano, jeune écrivain menacé de mort par la amorra, se répandent comme une tâche d’huile.
Salman Rushdie : « Roberto Saviano (...) court un terrible danger » « La mafia pose un problème bien plus grave que ce que j’ai affronté. » Les Prix Nobels, Orhan Pamuk (écrivain turc), Mikhaïl Gorbatchev (ancien Président de l’ex URSS), Desmond Tutu (évêque sud-africain), Günter Grass (écrivain allemand), Dario Fo (dramaturge italien) et Rita Levi Montalcini (sénatrice à vie en Italie et Prix Nobel de Médecine) : « La liberté de  sécurité de Saviano nous concerne tous en tant que citoyens », « Il est intolérable que tout cela puisse arriver en Europe et en 2008. »

Après la pétition pour Saviano lancée par le quotidien italien La Repubblica en octobre 2008 et signée par 17 Prix Nobel et plus de 250 000 personnes, après la création de nombreux blogs et de pages de soutien, c’est au tour de la France de se mobiliser.

En France, pays fondateur des droits de l’homme et du citoyen, un front solidaire de citoyens doit être créé et s’opposer à toutes les attaques à la liberté d’expression, aux libertés fondamentales, ciment de notre société. Ce front ne peut pas rester impassible aux affaires mafieuses. Roberto Saviano: « La mafia est la plus grande entreprise d’Italie et sûrement une des plus grandes d’Europe. La France peut-elle renoncer aux investissements du narcotrafic? »

 

A Paris, journalistes, professeurs et personnalités interviendront pour expliquer ce que sont les mafias et les dangers qu’elles représentent sur notre continent et dans notre société.

 

L'Association Democratici Parigi, avec Libera, l'association antimafia Cuntrastamu.org et le blog Io sono fratello di Saviano vous invitent à une mobilisation générale, ouverte à tout le monde, pour une lecture publique de Gomorra et d’autres textes sur la mafia et la criminalité organisée, ainsi que pour la distribution de “pizzini”, qui se tiendra à Place d'Italie, samedi 6 décembre de 15h à 19h.

 

Soutenir Roberto Saviano et manifester contre toutes les mafias est un acte de responsabilité envers notre société.

 

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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 10:25
Jeudi 18 septembre 2008, un message mortel a été délivré à la communauté africaine vivant sur les terres de la Camorra. Les messagers : 6 soldats de la mafia, vêtus de gilets de la police et armés jusqu'aux dents. Les destinataires : 6 africains originaires du Ghana, du Libéria et du Togo travaillant dans un atelier de couture, abattus au fusil automatique kalashnikov et au pistolet mitrailleur Uzi.

Après la communauté Rom dont elle a brûlé les abris de fortune dans les bidonvilles, l'organisation criminelle poursuit son tour des communautés que la mondialisation a installées sur son territoire.

La communauté africaine est sous la coupe des Nigérians, présents dans la région de Naples depuis les années 80. Les Nigérians organisent l'immigration clandestine des Africains, à qui ils offrent un aller gratuit vers l'Italie s'ils acceptent detransporter de la drogue. Ce fut d'abord de l'héroïne, c'est maintenant plutôt de la cocaïne et des méta-amphétamines, qui transitent par l'Afrique à cause du renforcement des contrôles aux frontières de l'Union européenne. Une fois sur place, les Africains participent au contrôle du marché de la prostitution, à la vente des produits stupéfiants au détail, mais aussi... aux activités « légales » comme la confection.

Les Nigérians en Campanie ont fini par devenir de sérieux concurrents pour la Camorra. Les premiers affrontements avec le clan des Casalesi ont eu lieu à partir de 1986. Cette année-là, six Africains furent blessés en guise d'avertissement, puis un accord fut trouvé : les Nigérians auraient l'autorisation de vendre de la drogue à condition de payer le pizzo, l'impôt mafieux. En 1990, en tentant d'étendre leur zone de vente, les Nigérians se heurtèrent à nouveau aux Casalesi. Sept Nigérians y laissèrent la vie.

Ces dernières années, beaucoup crurent que les condamnations des « boss » historiques Schiavone et Bigdognetti et les cavales de patrons importants comme Zagaria et Lovine, avaient affaibli le clan Casalesi. La réaction fut prompte et sanglante. Un vieil homme de 78 ans, père d’un repenti qui avait déclaré que les camorristes étaient « tous des bouffons », fut exécuté. Puis ce fut un homme qui avait dénoncé ses racketteurs, puis un entrepreneur trop bavard avec les magistrats. La loi du silence en sortit raffermie. Les concurrents furent rappelés à l'ordre avec le meurtre de plusieurs ressortissants des pays de l'Est qui s'étaient montrés trop indépendants. Ainsi, loin d'être affaibli, le clan s'était réorganisé. Aux « anciens » les activités plus discrètes (les appels d'offre concernant le ramassage et le traitement des déchets, les activités de recyclage de l'argent dans les industries du Nord de l'Italie et à l'étranger), aux « jeunes pousses » les activités plus voyantes et violentes (le contrôle du territoire, l'argent du racket et du trafic de stupéfiants). Ce sont ces derniers qui remettent au pas ceux qui tentent de leur échapper.

Face à ces assassinats de personnes certes dans l'illégalité, mais ne menant aucune activité criminelle, l'Etat est obligé d'intervenir. Comme avec l'affaire des poubelles, il s'appuie sur l'armée. Il y a fort à parier pour que cela n'apportera rien de bien nouveau. Des écoutes téléphoniques menées en 2003 ont montré que les Casalesi disposaient de « bons contacts » à la mairie de Parme, notamment avec un collaborateur de Pietro Lunardi, le ministre des transports du gouvernement Berlusconi, qui avait déclaré : « la mafia a toujours existé, il faut cohabiter avec elle ». La cohabitation est sans doute plus facile vue d'un cabinet ministériel que d'un atelier africain de confection des environs de Naples.

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29 août 2008 5 29 /08 /août /2008 14:17

Le 13 mai, une vague de violence s’est soudain abattue sur les Roms qui vivaient dans le quartier de Ponticelli à Naples. Leurs camps, dont les occupants avaient auparavant été vidés par la police, ont été mis à sac et incendiés par les habitants du quartier. Vengeance populaire «justifiée» par la tentative d’enlèvement, deux jours plus tôt, d’un bébé de six mois par une jeune Roumaine âgée de 16 ans qui s’était échappée d’un foyer pour mineurs. De la Roumaine aux Roms, il n’y a qu’une syllabe.


En Italie, comme partout en Europe, les Roms vivent dans des conditions épouvantables : des camps de fortune installés dans des décharges sauvages ou sous des ponts, îlots de misère au cœur de l’Occident. Ici comme partout, ils vivent - ou plutôt survivent - de mendicité et de la revente de métaux récupérés.


Ils sont sédentarisés depuis longtemps, et pourtant continuent de souffrir du regard multiséculaire porté sur les «nomades», Gitans, Tsiganes, Manouches, Roms…


Pendant la Seconde Guerre mondiale, les «voleurs de poules et d’enfants» se sont retrouvé aux côtés des Juifs, exterminés dans les camps nazis.


Dans le quartier de Ponticelli, plus de 1 500 Roms vivaient dans des «microcamps» constitués chacun d’une dizaine de «baraques». Installés sur des dépotoirs illégaux ou sous des ponts. Or ce quartier de Naples n’échappe par à la mafia. Il est contrôlé par le clan Sarno. Ciro Sarno, le chef de clan est en prison mais ses régents lui obéissent encore.


La mafia a autorisé les Roms à vivre sur son territoire à condition qu’ils paient le pizzo, un impôt mafieux de 50 euros par mois. Le clan permettait ainsi aux Roms de faire la manche et de gérer les décharges illégales. Chaque jour, les Roms allaient voir les garages et les entreprises afin de récupérer les batteries et autres matériaux polluants- pour 5 ou 15 euros, les entrepreneurs peuvent se débarrasser de leurs matériaux lourds. Enfin, le clan autorisait les Roms à voler dans les appartements… En revanche, il leur était interdit de fréquenter le centre de Ponticelli, là où les hommes de la Camorra vendent de la drogue.


Que s’est-il passé à Ponticelli pour que la population s’en prenne à eux ? La mafia est encore une fois derrière la population : parmi les personnes arrêtées par la police lors des manifestations et des dégradations figuraient des femmes de mafieux et des complices de la Camorra aux casiers judiciaires vierges.


Il aura suffit d’une bonne occasion (la tentative d’enlèvement dont les contours restent à clarifier) pour que la mafia passe à l’action. Une action très rentable à plusieurs points de vue. D’abord la mafia ridiculise l’Etat qui n’a jamais été capable d’apporter des solutions à l’immigration roumaine. Aux yeux de la population, en volant au secours d’une petite fille enlevée et en débarrassant le quartier des voleurs de poules, le clan se pose en justicier. La mafia a encore augmenté son capital de consensus social à Naples.


Mais ces expulsions à la sauce mafieuse pourraient cacher une opération de spéculation immobilière. Les terrains incendiés font partie d’un plan d’urbanisation. Depuis moins d’un mois, des appels d’offres ont été lancés pour construire des résidences, des appartements, des écoles et des hôpitaux. Un financement de 7 millions d’euros est déjà disponible. Or, dans le cas où les travaux n’auraient pas pu commencer avant le mois d’août, des gens auraient perdu de l’argent. Qui ?

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