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  • : La géopolitique par Jacques Soppelsa
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Cv Jacques Soppelsa

Agrégé de géographie , Docteur d'Etat ,et Professeur de géopolitique à l'université Paris I (Panthéon-Sorbonne). Retrouvez le Cv résumé en cliquant sur le lien suivant : Jacques Soppelsa

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Publications

1971 : Les Etats Unis (PUF)
1972 : Géographie Universelle (2 tomes) Livre du mois
1973 : Le Moyen  Orient (3 tomes) Mang
1975 : L'économie des Etats Unis (Masson). Livre du mois
1976 : La Géorgie méridionale et le Vieux Sud des Etats Unis (thèse)
1979 : Les grandes puissances (Nathan)
1980 : Géographie des Armements (Masson) Livre du mois
1981 : Histoire du Far West (Larousse  BD) 32 facsicules en coll.
1982 : La Terre et les hommes (Belin)
1984 : Des tensions et des armes (Publications de la Sorbonne)
1986 : Lexique de  Géographie Economique (en coll  Dalloz)
1988 : Lexique de Géopolitique (Dir. Dalloz)
1992 : Géopolitique de 1945 à nos jours (Sirrey)
1994 : La Patagonie (en coll. Autrement)
1995 : Los Frances en Argentina (en coll .Zago)
1996 : La dictature du rendement (Ellipses)
1997 : Dix mythes pour l'Amérique (Colin)
1999 : la démocratie américaine (Ellipses)
2001 : Géopolitique de l'Asie Pacifique (id)
2003 : Le Dialogue régional en Amérique Latine (Ellipses)
2005 : Les Etats Unis .Une histoire revisitée (La  Martinière-.Le Seuil)
2006 : "Dix morts en sursis" -Roman de Géopolitique fiction- Editions du Club Zero
2008 : Géopolitique du monde contemporain (en coll.) (Nathan)

2009 : Les sept défis capitaux du Nouvel Ordre Mondiale

2010 : Dictionnaire iconoclaste de l'immigration

2011 : Géopolitique et Francophonie

2012 : Louis XVII, La piste argentine

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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 00:08
http://www.bakchich.info/IMG/jpg_retraites-jeunes.jpg Depuis de longues années, le débat sur la réforme des retraites est politiquement sensible et toujours d’une actualité brûlante. Il s’appuie souvent sur des projections démographiques à long terme allant parfois jusqu’à l’horizon 2050. A cette date, le nombre d’actifs pour un retraité, qui était de 4 au début des années 1960, serait très nettement inférieur à 2 et s’approcherait de 1,2, selon les estimations, ce qui créerait une situation explosive.  

   On peut penser que, d’ici là, des mesures auront été prises pour faire face à cette situation mais il faut espérer qu’elles n’interviendront pas trop tard. Par ailleurs, en longue période, les comportements pourraient se modifier. Il faut rappeler, à cet égard, qu’en 1993, Alain Madelin déclarait qu’en 2010, les régimes de retraites seraient tellement déséquilibrés qu’il faudrait à la fois doubler les cotisations et diminuer de moitié les pensions. Or en fait, le déficit de l’assurance-vieillesse ne devrait être « que » d’environ 10 milliards en 2010, et s’explique en partie par la crise actuelle.  

   Les réformes entreprises par Edouard Balladur, puis par François Fillon ont permis d’éviter le pire, même si elles n’ont pas encore produit tous les effets escomptés. Elles s’inscrivent en effet dans une perspective à long terme, nécessaire pour infléchir les comportements.  

   Le débat sur la réforme des retraites ne doit pas se limiter à une approche économique et comptable, même si celle-ci est indispensable. Il est indissociable des conceptions de la société que l’on souhaite faire prévaloir.  

   Dans ce débat, il est nécessaire d’éviter de dresser : 

   - Les jeunes contre les vieux, en soulignant les différences de niveaux de vie entre les retraités actuels et les futurs retraités nés après le milieu des années 1950. Cependant, la décote de 5% par année manquante pour bénéficier d’une retraite à taux plein applicable aux générations nées après 1952 paraît excessive par rapport au régime appliqué aux générations antérieures.

   - Les fonctionnaires contre les agents du secteur privé. Le débat ne pourra cependant pas être évité, alors que la pension des premiers est calculée sur la base du traitement de leurs six derniers mois d’activité, celle des derniers dépendant de la moyenne des salaires de leurs 25 meilleures années.

   - La gauche contre la droite, alors que sur beaucoup de points, un consensus est possible.

   -Les partisans de la capitalisation, plutôt d’inspiration libérale, contre ceux de la répartition, plutôt keynésiens, même si la crise financière actuelle semble plutôt donner raison à ces derniers.  

La spécificité  du système français 

   L’espérance de vie des Français est parmi les plus élevées des pays industrialisés tandis que leur durée d’activité professionnelle est la plus courte. Cela explique les difficultés financières de notre système de retraite alors que dans d’autres pays, comme le Mexique, ou encorer la Pologne, où l’espérance de vie est plus courte et où les retraites versées sont beaucoup plus faibles, l’équilibre financier est plus facile à réaliser. 

   Depuis l’époque où l’âge de départ en retraite a été fixé à 60 ans, les Français ont gagné 7 ans d’espérance de vie (actuellement plus de 84 ans pour les femmes et plus de 77 ans pour les hommes). Du point de vue de l’équilibre financier des caisses de retraite, l’équivalent d’une retraite à 60 ans en 1983 serait aujourd’hui une retraite à 67 ans. 

   Dans l’ensemble, l’évolution démographique est comparable dans les autres pays industrialisés, même si l’on observe beaucoup de différences d’un pays à l’autre.

   Dans l’ensemble des pays de l’OCDE, en 2006, les femmes âgées de 65 ans pouvaient espérer vivre encore 20,1 ans, soit 5,3 ans de plus qu’en 1960. Les hommes du même âge pouvaient espérer vivre encore 16,7ans, soit un gain de 4 ans depuis 1960.  

   Au cours des 50 prochaines années, les prévisions font apparaître une augmentation de l’espérance de vie d’environ 3,5 ans pour l’ensemble de ces pays. Les coûts des retraites s’en trouveraient majorés d’environ 20%. On ne peut cependant pas en déduire que l’espérance de vie continuera à augmenter dans les mêmes proportions en France, où elle est déjà élevée. Elle pourrait même stagner, voire régresser tandis que l’on observerait un rattrapage dans les pays où elle est plus faible. 

   Par ailleurs, il faut nuancer cette amélioration de l’espérance de vie. Selon l’INSEE, l’espérance de vie en bonne santé ne serait que de 64,2 ans pour les femmes et de 63,1 ans pour les hommes. Les possibilités de relèvement de l’âge de départ en retraite ne sont donc pas illimitées. 

   La France est le seul pays industrialisé où l’âge légal du départ en retraite est fixé à 60 ans. Partout ailleurs, il est de 65 ans ou même de 67 ans en Allemagne. Il faut cependant distinguer l’âge légal et l’âge effectif de départ en retraite, qui est inférieur à l’âge légal dans plus des deux tiers des pays de l’OCDE. Dans 7 pays membres de l’OCDE, l’Autriche, la Belgique, la Finlande, la Hongrie, l’Italie, le Luxembourg et la République slovaque, l’âge effectif de départ en retraite s’établit en moyenne à 60 ans.  

   En France, en réalité, l’âge moyen auquel les salariés font valoir leur droit à la retraite est de 61,5 ans, tandis que l’âge moyen de cessation d’activité est d’environ 58 ans. En effet, 40% des salariés ne sont plus en activité au moment de faire valoir leurs droits à la retraite. Ils sont au chômage en maladie ou en invalidité.  

   La préretraite relève d’un régime distinct géré par le Fonds National pour l’Emploi (FNE). Un départ en retraite anticipée est possible à partir de 57 ans, et de 56 ans dans certaines circonstances liées aux conditions de travail. A l’âge normal de la retraite, ou à l’âge auquel les salariés peuvent prétendre à une pension de vieillesse normale à taux plein jusqu’à 65 ans, les intéressés passent sous le régime général des retraites. La période de perception de prestations du FNE est entièrement validée pour le régime général. 

   La France est, avec l’Autriche, l’Italie et l’Allemagne, parmi les pays industrialisés qui consacrent la plus forte part de leur PIB (12,5%) et de leurs dépenses publiques (25% environ) aux retraites.  

   En fait, les problèmes de financement des retraites sont indissolublement liés aux problèmes de l’emploi. Si la France se situe dans la moyenne des pays de l’OCDE pour le taux d’emploi des personnes âgées de 35 à 55ans, et même au-dessus pour celui des femmes, il n’en va pas de même pour les jeunes, ni pour les plus de 55ans. Le taux de chômage des jeunes âgés de 20 à 24 ans est le double de celui observé en moyenne dans les pays de l’OCDE. Quant aux plus de 55ans, 38,2% seulement d’entre eux ont actuellement un emploi, alors que cette proportion est de 60% dans les pays nordiques et au Royaume-Uni.  

   La France enregistre les taux d’activité des moins de 25 ans (37,5%) et des plus de 55ans (38,2%, contre 45% en moyenne dans l’Union européenne) les plus faibles des pays industrialisés. Entre chômage des jeunes et préretraites des seniors, c’est comme si le marché du travail était réservé aux salariés âgés de 30 à 50 ans.  

   En ce qui concerne les seniors ils ont trop souvent servi de variable d’ajustement en cas de plans sociaux, et il faut bien admettre que la mise en préretraite est bien souvent plus acceptable que des licenciements « secs ». C’était aussi l’une des justifications de l’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans, qui avait notamment pour but de « faire place aux jeunes ». En fait, les effets de cette mesure sur l’emploi ont été moins favorables que prévu.  

   Si les entreprises ont tendance à pratiquer vis-à-vis des seniors ce qu’Alfred Sauvy appelait déjà il y a plus de quarante ans « l’ élimination des indésirables », c’est parce que ceux-ci leur coûtent cher. Selon une étude de l’INSEE de 2010, en 2007, le salaire net annuel moyen des cadres de plus de 50 ans était de 75 000 euros, avec une nette accélération après 55 ans, contre 57 200 pour ceux de 30 à 39 ans. La tentation est donc forte de se débarrasser d’un senior pour le remplacer par un jeune nettement moins payé.  

L’inégalité face à la retraite : le problème de la pénibilité du travail 

   Selon une étude de l’INSERM qui date de 2000 (mais dans ce domaine, les évolutions sont lentes), l’espérance de vie des ouvriers de 35 ans serait inférieure de 6,5 ans à celle des cadres supérieurs et membres des professions libérales du même âge. Un manœuvre aurait un risque 3 fois plus élevé de mourir entre 35 et 65 ans qu’un ingénieur. La mortalité des hommes de 45 à 59 ans exerçant une profession manuelle dépasse celle des non manuels dans une proportion allant de 33% à 55% chez nos partenaires européens, mais de plus de 71% en France.

   La différence d’espérance de vie à 60 ans entre un ingénieur (22,3 ans) et un manoeuvre (17,1 ans) est moindre que celle observée à 35 ans. Cependant, les manœuvres et le personnel de service ont une probabilité 1,8 fois plus forte de mourir entre 60 et 75 ans que les ingénieurs et les membres des professions libérales. Pour ces derniers, la baisse du risque de décès entre 60 et 75 ans a été de 45% entre la période 1960-1969 et la période 1980-1984, alors qu’elle n’était que de 24% pour les premiers.  

   On ne peut évidemment pas exclure un lien de causalité entre pénibilité du travail et moindre espérance de vie, même si les chercheurs de l’INSERM avancent aussi l’hypothèse discutable d’une surconsommation de tabac et d’alcool dans les catégories défavorisées. Il se peut aussi que la différence dans l’espérance de vie et la différence de carrière aient une cause commune, et que ceux qui font de meilleures carrières soient pourvus dès le départ d’une santé plus robuste. Cela ne change d’ailleurs rien au problème, et pour compenser cette inégalité, il n’est pas possible de refuser à ceux qui ont effectué des travaux pénibles la possibilité de partir en retraite plus tôt que les autres. Mais comment définir la pénibilité ? Dans ce domaine, les négociations avec les partenaires sociaux sont au point mort. 

   On ne peut pas systématiquement assimiler la pénibilité au fait d’avoir commencé à travailler tôt. Certains fonctionnaires qui sont entrés dans l’administration aussitôt après le baccalauréat, ont ainsi eu la possibilité de prendre leur retraite, s’ils avaient le nombre d’annuités requises, dès l’âge de 57 ans et demi, même si leurs conditions de travail n’étaient pas particulièrement pénibles. Par ailleurs, comment justifier le fait que les professeurs des écoles (anciennement appelés instituteurs) puissent partir en retraite à 55 ans alors que les professeurs de lycée doivent attendre 60 ans. La pénibilité du travail semble pourtant être la même. 

   Les critères de pénibilité diffèrent selon les pays. Ainsi, en Pologne, l’enseignement et le journalisme sont considérés comme des activités à risque justifiant des privilèges spécifiques en matière de retraite, alors que ce n’est pas du tout le cas dans d’autres pays.  

   On ne peut pas non plus toujours associer la pénibilité à l’exercice d’un travail manuel, même si c’est bien souvent le cas. Beaucoup d’activités du secteur tertiaire, par exemple dans les centres  d’appel, sont aussi pénibles, et même parfois plus, que des travaux manuels. Par ailleurs, on ne peut pas mettre sur le même plan les travailleurs manuels qui débutent aujourd’hui et ceux qui ont commencé à travailler il y a trente ou quarante ans, car les conditions de travail se sont parfois améliorées dans certains secteurs.  

   Il serait donc normal que, dans les secteurs où les conditions de travail sont toujours aussi pénibles et dangereuses, le coût des régimes spéciaux de retraites soit pris en charge par les entreprises du secteur concerné et non par la collectivité dans son ensemble. Sinon, le maintien d’activités risquées ou pénibles se trouverait indûment subventionné et les entreprises ne seraient pas incitées à améliorer les conditions de travail et de sécurité.  

   Pour remédier à la pénibilité, il serait sans doute préférable d’améliorer les conditions de travail des salariés manuels, ce qui aurait l’avantage de leur permettre d’en profiter pendant leur vie active, et aussi d’inciter les seniors à prendre leur retraite plus tard pour pouvoir transmettre leur savoir-faire aux jeunes.

   Des aménagements du temps de travail iraient dans le même sens, par exemple sous la forme d’une cessation progressive d’activité, système dont on parle beaucoup depuis trente ans mais qui reste très peu appliqué. On pourrait concevoir par exemple que les salariés manuels employés à des travaux pénibles, au lieu de partir plus tôt à la retraite, soient affectés, à temps partiel, à des tâches de formation de leurs jeunes collègues. 
 

   Le problème qui est propre à la France est la dévalorisation systématique du travail manuel. Cet aspect psychologique accentue encore les effets de la pénibilité. C’est peut-être en partie ce qui explique que la différence d’espérance de vie soit plus importante en France qu’à l’étranger. L’exercice d’une profession manuelle est conçu dès le départ comme un échec, et le système scolaire encourage cette attitude. Les Français continuent à penser que le fait d’encourager le maximum de jeunes à poursuivre des études supérieures générales au-delà de 25 ans, voire jusqu’à 30 ans favorise l’égalité des chances, malgré toutes les preuves qu’ils ont du contraire. L’apprentissage est systématiquement dévalorisé, alors qu’il n’en est pas du tout ainsi chez nos voisins allemands, par exemple. Ainsi, il y a quelques années, la société Daimler-Benz avait choisi comme président l’un de ses salariés qui avait débuté comme apprenti. Un tel choix serait tout à fait impensable en France. 

Les contraintes de la réforme 

   Il n’est pas possible de revenir sur la fixation de l’âge légal de départ en retraite à 60 ans, même si le déséquilibre financier du système est dû dans une large mesure à cette disposition. Selon le rapport Charpin, de 1999, le fait de fixer à 65 ans l’âge de départ en retraite suffirait pour rétablir l’équilibre à l’horizon 2020 La retraite à 60 ans fait partie des « acquis sociaux », et sa suppression provoquerait des réactions de rejet. Elle permet aussi aux plus défavorisés de mettre fin au plus vite à une carrière qui ne leur a guère donné de satisfactions. En revanche, il est souhaitable d’encourager le plus possible, par des mesures d’incitation, les salariés à prolonger leur activité jusqu’à 65 ans et même au-delà. 

   Il n’est pas non plus possible de revenir sur le niveau des pensions déjà liquidées, bien qu’elles soient plus avantageuses que celles que percevront les générations futures. Une telle mesure consisterait à revenir sur les engagements pris par l’Etat, et compromettrait sa crédibilité. En outre, il n’est pas possible de placer toutes les générations sur un pied d’égalité. Les générations qui nous ont précédés perçoivent certes de meilleures retraites, mais elles ont aussi connu des épreuves que les jeunes n’ont pas connues : le Seconde Guerre Mondiale, la guerre d’Algérie, etc.

En revanche lorsque le déséquilibre entre les pensions perçues par les différentes générations deviendra vraiment excessif, il faudra sans doute prendre des mesures fiscales permettant une certaine redistribution. Il faudra aussi mettre en place des mécanismes individuels d’épargne-retraite pour compenser cette inégalité.  

   Enfin, indépendamment de la crise financière, l’aggravation des déséquilibres démographiques n’implique pas qu’à long terme, le système de capitalisation soit préférable au système de répartition. Le régime par capitalisation est tout aussi dépendant de l’équilibre démographique si les épargnants arrivant à l’âge de la retraite sont nombreux à vendre leurs titres pour toucher leur capital ou leur rente, tandis que les acheteurs potentiels, les actifs, deviennent moins nombreux.  

Les mesures proposées 

   Si la réforme de 2003 n’a pas donné les résultats espérés, c’est en grande partie à cause de la crise et de l’aggravation du chômage. Les réformes portant sur les retraites doivent donc s’accompagner de mesures destinées à améliorer l’emploi. 

   1) Appliquer un bonus/malus en matière d’emploi 

   Il n’est pas question d’aggraver encore les problèmes posés aux entreprises réellement en difficultés, qui sont obligées de licencier pour se redresser. Il faut cependant tenir compte du fait que les comportements se sont modifiés. Alors qu’autrefois, un chef d’entreprise mesurait son importance au nombre de salariés qu’il dirigeait, désormais c’est la rentabilité qui constitue l’impératif essentiel. Il est donc tentant de faire supporter par la collectivité le coût social de l’éviction des salariés les, moins productifs, et ces pratiques sont souvent le fait d’entreprises qui deviennent plus rentables à la suite de « dégraissages des effectifs », alors que ces licenciements n’étaient pas indispensables pour elles.  

   Selon Olivier Blanchard, une entreprise, lorsqu’elle envisage de licencier un salarié, devrait prendre en compte les coûts sociaux d’une telle mesure, c’est-à-dire les allocations que la caisse d’assurance-chômage devra lui verser. Si une entreprise licencie un salarié, elle devrait payer une contribution égale aux allocations de chômage qui lui seront versées. En France, les cotisations d’assurance-chômage sont payées par les entreprises sur la base de la masse salariale et non sur celle des licenciements. Les entreprises qui licencient beaucoup ne cotisent donc pas plus que celles qui licencient peu. En revanche, aux Etats-Unis, les entreprises versent des cotisations au crédit d’un compte qui se trouve débité des allocations et indemnités versées aux salariés qu’elles ont licenciés. Celles qui licencient le plus cotisent donc plus que les autres, en vertu d’un principe comparable au principe « pollueur-payeur ».

   Cependant, il faut aussi tenir compte du fait que l’indemnisation du chômage est beaucoup moins généreuse aux Etats-Unis qu’en France. Si l’on transposait le système américain, il faudrait donc ne mettre à la charge de l’entreprise qui licencie qu’une partie de l’indemnisation des salariés ainsi privés d’emploi.

   Plus généralement, en s’inspirant des pratiques en vigueur en matière d’accidents du travail, on pourrait moduler les cotisations sociales des entreprises en fonction du degré de précarité de leurs salariés. Ainsi, une entreprise qui ne signerait que des CDD ou n’offrirait que des emplois à temps partiel non choisi (encore une forme de chômage déguisé), paierait plus de cotisations sociales que celle qui offrirait des emplois stables.

   Pourquoi ce qui est posiible aux Etats-Unis, pays du libéralisme, ne le serait-il pas en France ? 

   2) Appliquer des pénalités et des incitations concernant l’emploi des seniors 

   Dans ce domaine, des mesures ont déjà été prises. Depuis 2006, l’employeur qui met un salarié à la retraite anticipée doit s’acquitter d’assez fortes pénalités. Par ailleurs, la Loi de financement de la Sécurité Sociale de 2009 prévoit que les entreprises qui n’auront pas mis en place début 2010 des accords de gestion des âges assortis d’objectifs chiffrés devront verser une pénalité égale à 1% de leur masse salariale. Le problème est que souvent, ces pénalités ne sont pas appliquées ou font l’objet de dérogations. De toutes façons, même si elles sont appliquées, il faudrait les fixer à un niveau encore plus élevé pour compenser l’avantage financier qui résulte, pour l’entreprise, du remplacement d’un senior par un salarié plus jeune.  

   Ces pénalités devraient s’accompagner d’avantages financiers accordés aux entreprises qui emploient beaucoup de seniors ou qui améliorent leurs conditions de travail, notamment en aménageant leurs horaires.  

   Dans le cadre de la lutte contre les discriminations, notamment par la HALDE, il faudrait mettre l’accent sur celles qui sont fonction de l’âge.  

   Depuis le 1er janvier 2010, l’âge limite pour la mise à la retraite d’un salarié n’est plus fixé à 65 ans, mais à 70 ans. L’Etat pourrait donner l’exemple dans ce domaine en aménageant les conditions de travail de ses agents âgés de plus de 65 ans de manière à les inciter à rester en activité. 

   3) Appliquer des mesures d’incitation destinées aux salariés 

   Selon la CNAV, la réforme des retraites de 2003, au lieu de retarder l’âge moyen de cessation d’activité, l’a avancé d’environ une année, en facilitant le départ anticipé pour les carrières longues. Il ne paraît pas souhaitable de pénaliser les salariés pouvant bénéficier d’une retraite à taux plein qui choisissent de la prendre le plus tôt possible (ceux qui n’ont pas le nombre d’annuités requises sont déjà pénalisés).

   En revanche des avantages financiers pourraient leur être accordés pour les inciter à rester en activité. Il faudrait cependant que ces avantages soient très substantiels pour les inciter à renoncer quelques années de plus à la retraite à laquelle ils ont droit, tout en continuant à verser des cotisations. Depuis 2009, le taux de la surcote appliquée à la pension des salariés qui renoncent à demander sa liquidation immédiate a été portée à 1,25% par trimestre supplémentaire cotisé au-delà du nombre requis pour atteindre le taux plein. Si cette mesure ne s’avérait pas suffisamment incitative, il faudrait peut-être augmenter encore le montant de cette surcote. 

   On peut cependant espérer que les mentalités et les comportements vont évoluer. Ainsi, une enquête Cecop-CSA de 2009 montre qu’en un an, les Français ont commencé à s’habituer à l’idée de travailler jusqu’à 62 ans. Alors qu’en 2008, 52% des personnes interrogées étaient hostiles à cette idée, ils n’étaient plus que 48% en 2009.

   La Finlande constitue à cet égard un exemple à suivre. En aménageant les conditions de travail et en valorisant les compétences de ses seniors, mais aussi en accordant des surcotes très avantageuses aux salariés qui acceptaient de rester en activité, elle a réussi à faire reculer l’âge effectif de départ à la retraite de 59 à 62,5 ans en dix ans. 

   4) Revaloriser le travail manuel 

   L’idée n’est certes pas nouvelle depuis les années 1970, où un Secrétariat d’Etat à la revalorisation du travail manuel avait été mis en place. Depuis cette époque, la situation et les mentalités n’ont cependant guère évolué. Il serait certes souhaitable de développer l’apprentissage. Cependant, les parents d’élèves trouvent cette idée très bonne pour les enfants des autres mais pas pour les leurs. Quant aux enseignants, ils ont encore bien souvent l’impression qu’une formation générale est plus valorisante pour leurs élèves qu’une formation débouchant directement sur un métier.

   Si l’on souhaite éviter que les jeunes d’aujourd’hui n’aient plus tard des retraites insuffisantes, il faut revoir tout le système d’enseignement en privilégiant les formations courtes, de type bac+2 ou bac+3 préparant directement à l’exercice d’une profession. La formation initiale courte s’accompagnerait d’un formation permanente tout au long de la vie active.  

   5) Encourager l’épargne individuelle en vue de la retraite 

   La prévoyance individuelle restera malgré tout nécessaire pour pallier l’insuffisance des retraites. Dans ce domaine, la France dispose d’un certain nombre d’atouts, avec l’un des taux d’épargne les plus élevés du monde. Il ne faut cependant pas décourager l’épargne de s’investir à long terme, par une fiscalité dissuasive.

   Il existe certes déjà des plans d’épargne en vue de la retraite, mais ils ne sont pas très intéressants. Un plan d’épargne réellement attractif, assorti d’avantages fiscaux pour les personnes acceptant d’immobiliser leurs fonds sur une longue période reste à inventer.

   Les banques, qui ont été aidées l’année dernière avec l’argent des contribuables, pourraient à leur tour contribuer à améliorer l’équilibre des systèmes de retraite, en distribuant des produits d’épargne-retraite vraiment intéressants.  

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