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  • : La géopolitique par Jacques Soppelsa
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Cv Jacques Soppelsa

Agrégé de géographie , Docteur d'Etat ,et Professeur de géopolitique à l'université Paris I (Panthéon-Sorbonne). Retrouvez le Cv résumé en cliquant sur le lien suivant : Jacques Soppelsa

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Publications

1971 : Les Etats Unis (PUF)
1972 : Géographie Universelle (2 tomes) Livre du mois
1973 : Le Moyen  Orient (3 tomes) Mang
1975 : L'économie des Etats Unis (Masson). Livre du mois
1976 : La Géorgie méridionale et le Vieux Sud des Etats Unis (thèse)
1979 : Les grandes puissances (Nathan)
1980 : Géographie des Armements (Masson) Livre du mois
1981 : Histoire du Far West (Larousse  BD) 32 facsicules en coll.
1982 : La Terre et les hommes (Belin)
1984 : Des tensions et des armes (Publications de la Sorbonne)
1986 : Lexique de  Géographie Economique (en coll  Dalloz)
1988 : Lexique de Géopolitique (Dir. Dalloz)
1992 : Géopolitique de 1945 à nos jours (Sirrey)
1994 : La Patagonie (en coll. Autrement)
1995 : Los Frances en Argentina (en coll .Zago)
1996 : La dictature du rendement (Ellipses)
1997 : Dix mythes pour l'Amérique (Colin)
1999 : la démocratie américaine (Ellipses)
2001 : Géopolitique de l'Asie Pacifique (id)
2003 : Le Dialogue régional en Amérique Latine (Ellipses)
2005 : Les Etats Unis .Une histoire revisitée (La  Martinière-.Le Seuil)
2006 : "Dix morts en sursis" -Roman de Géopolitique fiction- Editions du Club Zero
2008 : Géopolitique du monde contemporain (en coll.) (Nathan)

2009 : Les sept défis capitaux du Nouvel Ordre Mondiale

2010 : Dictionnaire iconoclaste de l'immigration

2011 : Géopolitique et Francophonie

2012 : Louis XVII, La piste argentine

Archives

23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 15:56

 http://leblogmds.canalblog.com/albums/attentats_11_septembre_2001___/m-11septembre2001_2_1_.jpg Introduction : 

  Depuis l’implosion de l’Union Soviétique, le monde est devenu « une aire d ‘incertitudes à l’ère de l’incertitude ».Ce monde, contrairement à la période 1945-1990 (des Accords de Yalta, fondements du système bipolaire et de la logique des Blocs à la chute du mur de Berlin) un  période où la menace majeure et l’adversaire principal étaient clairement affichés (Moscou pour Washington, Washington pour Moscou !) est particulièrement fragilisé par la multiplication des dangers et la confusion des défis. Au premier rang de ces menaces , aujourd’hui, dramatiquement mis en lumière par des attentats d’une ampleur inouïe, figure le terrorisme.

  Encore convient t il tout d’abord de s’accorder sur la définition  même de la notion de « terrorisme ».En ce début de XXIème siècle, ce problème de définition, loin d’être marginal, n’est pas réglé. Selon les experts des Nations Unies, on pourrait dénombrer aujourd’hui quelques 213 définitions du terrorisme (sic), dont 74 (resic) sont, ici ou là, officiellement utilisées.

  Pour l’Union Européenne, le terrorisme est « un acte qui a pour but d’intimider gravement les populations ou de contraindre indûment les pouvoirs publics ou les organisations internationales à accomplir ou à s’abstenir d’accomplir un acte quelconque, ou de déstabiliser gravement les structures politiques, économiques et sociales d’un pays ou d’une organisation super étatique ».

  Pour l’OTAN, bras armé de l’Alliance Atlantique, le terrorisme se définit  « comme l‘emploi illégal ou la menace de l’emploi illégal de la force ou de la violence contre des personnes ou des biens afin de contraindre ou d’intimider les gouvernements ou les sociétés dans le but d’atteindre des objectifs politiques, idéologiques ou religieux ».

  Pour la Conférence Islamique, le terrorisme est un acte de violence quelque en soient les objectifs, pour exécuter individuellement ou collectivement un plan criminel, dans le but de terroriser les populations, de mettre en danger leurs vies, leur honneur ,leur liberté, leur sécurité ou leurs droits, de mettre en péril l’environnement, les services et les biens publics ou privés, de mettre en danger les ressources nationales ou internationales ou de menacer la stabilité, l’intégrité territoriale, l’unité politique ou la souveraineté des Etats indépendants ». 

  Notons déjà, mais on l’oublie trop souvent,  sciemment ou inconsciemment dans la littérature occidentale, que la Conférence Islamique, émanation d’Etats musulmans particulièrement soucieux d’éradiquer le fléau du terrorisme, a adopté de facto une définition  beaucoup plus vaste de ce concept que la plupart des organisations internationales…

  Rappelons aussi, mais ce n’est pas un hasard, qu’elle fut aussi une des toutes premières, à l’échelle mondiale, à s’attaquer au terrorisme islamiste, dès 1998.Et c’est ladite Conférence, et  non George W.Bush qui a utilisé en premier le slogan, par ailleurs très controversé, de « guerre au terrorisme ».

  Quant à l’Organisation des Nations Unies elle même, elle définit le terrorisme depuis mars 2005 comme « tout acte qui vise à tuer ou à blesser grièvement des civils ou des non  combattants et qui, du fait de sa nature ou du contexte dans lequel il a été commis, doit avoir pour effet d’intimider une population ou de contraindre un gouvernement ou une organisation internationale à renoncer à agir d’une façon quelconque ».

  Ces définitions, au-delà de certaines nuances, ne sont pas dépourvues de mérites. Mais elles n’abordent pas la distinction, par ailleurs classique, entre le terrorisme international  contemporain (majoritairement lié au fondamentalisme islamiste radical) et ses formes les plus anciennes. Quelles sont elles ?

  Le « terrorisme régionalise », parfois aussi qualifié de « terrorisme autonomiste », correspond au refus d’une population ou d’un groupe qui se sont ou ont été marginalisés et qui s’estiment exploités au sein d’un pays unifié ».Un terrorisme qui s’est manifesté, par exemple, naguère, au Québec, et qui resurgit plus ou moins périodiquement, au Pays Basque, en Irlande du Nord, en Corse, ou dans les terres irrédentes de l’Italie septentrionale, pour ne prendre que quelques exemples en Europe Occidentale.

  Le « terrorisme nihiliste », expression de l’anarchisme, se fixe des objectifs à très long terme. Ce type de terrorisme, qui a ensanglanté la France dans les premières décennies de la Troisième République, de Ravachol à la Bande à Bonnot, réapparut récemment en Allemagne (la Bande à Baader), en France (Action Directe) ou en Italie (Brigades Rouges)….

  Quant au terrorisme « anticolonial », séquelle fréquente des mouvements de libération nationale, ils visent  à ériger un contrepouvoir du côté duquel la population locale pourra basculer, pour y trouver la sécurité .Un type de terrorisme qui prit rapidement, au sein de maints pays du Tiers Monde, le visage plus  traditionnel ,à travers l’histoire, des « guerres  de libération ». 
 
 

  Mais si ces formes de terrorisme n’ont pas totalement disparu du paysage planétaire, elles sont désormais reléguées au second plan  avec l’essor soutenu, voire d‘une spectaculaire ampleur, quant à son expression, ses cibles et sa médiatisation, du terrorisme international en général, et du terrorisme islamiste  en particulier. 

  Du terrorisme islamiste : 

  Xavier Bicharra, dans un ouvrage consacré à « terrorisme islamiste localisé, terrorisme islamiste globalisé » qualifie le concept de lien entre l’acte politique et l’acte de terreur, entre la motivation et le moyen, celui de la violence légitime exercée par les Etats et la violence illégitime des individus, des groupes ou d’organisations supranationales non  étatiques ».

  De fait, contrairement au terrorisme d’Etat ,a fortiori au terrorisme de guérilla ,qui s’inscrit par essence dans un processus au moins implicite de guerre de libération, ou au terrorisme de droit commun, souvent lié aux activités émargeant à la criminalité organisée, et bien que les moyens utilisés soient souvent les mêmes, le terrorisme international contemporain, à grande échelle, concerne explicitement le domaine religieux. Le terrorisme des islamistes radicaux correspond ouvertement à un objectif, la mise sur pied  d’une véritable « croisade contre l’infidèle ». 

La genèse du terrorisme islamiste, expression contemporaine du radicalisme  fondamentaliste, est étroitement lié, paradoxalement en apparence, à des initiatives strictement localisées (en Egypte, en l’occurence) et à des déclarations programmatiques relativement mesurées, avec la  création en 1928 de l’Association des Frères Musulmans (Jama’a al-ikhwan) par Hassan al Bana..Témoin la déclaration liminaire d e ce dernier évoquant six grands principes :

-l’instauration d’un véritable ordre islamique (et on islamiste !), politique, économique et social ;

-le refus de l‘asservissement culturel, politique et économique de l’Umma, la Communauté des Croyants, par des forces étrangères à ladite Communauté ;

-la restauration de la loi islamique, la charia ;

-le souci de créer des organisations de masse ancrées dans tous les pans de la société nationale ;

-la volonté  d’expansion, partout  ou existent des communautés musulmanes », notamment dans les pays voisins de l’Egypte ;

-enfin, et ce principe a été souvent ignoré, le refus de tout nationalisme, au sens occidental du terme. 

  On connait l’histoire du terrorisme islamiste en Egypte, durant plus de trois quart de siècles et ses actions directes de plus en plus brutales. Des actions inspirées de l’idéologie propagée par quelques  maitres à penser comme Sayyid Qôtb (sous Nasser) ou par les fondateurs des des Gama’t . A fortiori des discours de l’Iranien Khomeyni :

« La guerre sainte est une lutte contre l’idolâtrie, le pillage, les déviances sexuelles, la cruauté… Ceux qui étudient le jihad savent que l‘islam veut conquérir le monde entier.Tous les pays conquis par l’islam se verront accorder le salut éternel. Car ils vivront sous la Loi de Dieu. Ceux qui ne connaissent rien à l’islam prétendent que ce dernier désapprouve la guerre. Ceux qui disent cela sont sans cervelle. L’islam dit « tuez les incroyants comme ils vous tueraient tous.. L’islam dit : tuez les tous, passez les au fil de l’épée !.. Tuez pour servir Allah. L’islam dit : le bien n’existe que grâce à l’épée et dans l’ombre de l’épée ! Les hommes ne doivent se montrer obéissants qu’envers l’épée !L’épée a la clef du paradis qui n’est ouvert qu’aux guerriers »

Et le « Guide Spirituel », le cheikh Omar Abdel Rahman, vraisemblablement l’auteur de la fatwa promulguant l’assassinat  de Anouar el Sadate de déclarer en 1993 : « les fondamentalistes, pour venger leurs martyrs, feront couler des fleuves de sang »,  en ciblant notamment les touristes étrangers : « le tourisme est l’une des activités les plus illicites, aux antipodes  de la loi d‘Allah. Il constitue le péché. Le tourisme, c’est la débauche, c’est le vice, c’est la perdition  ».On connait la suite…Plus de 700 touristes seront ainsi massacrés en Egypte en moins d ‘un lustre.

Mais, au plan de l’approche géopolitique, le changement majeur, en ce domaine, réside, à partir du début des eighties, (et, paradoxalement, avec l’aide indirecte.des Etats Unis,dans l’externalisation du terrorisme islamiste. 

L’exportation du terrorisme islamiste. De « l’aide » des Etats-Unis : 

  Bien  qu’elle soit loin  d’être la seule  à combattre pour la « réislamisation » du monde arabe (au sens large),Al Qaida est aujourd’hui, depuis les premières « initiatives » d’Oussama Ben Laden au drame du 11 Septembre 2001, d’Abdel Rahman aux attentats madrilène ou londonien, le plus édifiant symbole de l’internalisation du terrorisme islamiste. Au point que certains auteurs n’hésitent plus, dans leurs descriptions du phénomène, à distinguer trois périodes successives : les « Pères Fondateurs » ;la génération axée sur les combats contre l’administration égyptienne..et la « Génération Al Qaida ». C’est naturellement  cette dernière qui interpelle directement le monde occidental en général et les Etats Unis, dernière superpuissance, en particulier. 

  Des Etats-Unis qui vont contribuer, dans un premier temps, à l’essor d’Al Qaida ! 

  1983 (soue le premier mandat de Ronald Reagan, en la matière, est une année particulièrement cruciale. Le 20 Décembre 1979, les troupes de l’Armée Rouge pénètrent en Afghanistan. Cette date va inaugurer une véritable « guerre sainte » prônée par certains leaders islamistes d‘origine saoudienne. Près de 14000 mouhdjahidins répondent à l’appel de ces derniers. Abdullah Azzam, venu de Palestine, fonde avec Oussama ben Laden  un  « Bureau des Services » , puis une « Maison des Partisans » le Beit el Ansar) exclusivement destinée à l’entrainement militaire des futurs combattants de la Guerre Sainte. C’est aussi dans ce contexte que ben Laden et ses proches mettent en place une véritable Banque de  données destinée à répertorier minutieusement lesdits combattants. Dès la fin de l’année 1983, la première « cellule » fonctionne à Peshawer, au Pakistan, regroupant quelques 3000 éléments. Et, au cours des cinq années suivantes, plus de 5 000 activistes vont transiter par cette cellule.

  Durant cette période, (le 23 Novembre 1989, la mort d’Abdullah Azzam permet à ben Laden de devenir la figure de proue de la nouvelle mouvance islamiste) les cellules implantées au Pakistan et sur le territoire afghan vont bénéficier de l’aide officieuse, voire directe, de l’Administration Reagan.

  La Maison Blanche, depuis l’arrivée de l’ancien Gouverneur de Californie au poste suprême (« America is Back ») est obnubilée par deux objectifs : l’éradication du castrisme (à l’échelle de l’hémisphère  américain) et l’affaiblissement de l’Union Soviétique, à celle du système bipolaire. Tout est bon pour contrecarrer Moscou. A fortiori en aidant les islamistes face à une Armée Rouge en proie à des difficultés grandissantes….

  Tout est bon ou presque, jusqu’ à la caricature : l’expansion d’Al Qaida va s’accompagner progressivement, aux côtés de ben Laden, d’un processus de personnalisation qui va mettre en valeur quelques leaders charismatiques ! Mohammed Chewki el Istanbuli (le frère de  l’assassin de Sadate, Yabru Aman al Zanahiti (confortablement installé du côté de Genève et, plus révérateur, sans doute, Omar Abdel Rahman, résident américain !

  Omar Abdel Rahman  avait séjourné, dès sa sortie des prisons du Caire, en 1984, (exfiltré par les Américains ?)à Peshawer. En 1989, il obtient sans difficultés apparentes son visa pour les Etats Unis .Il s ‘installe dans le New Jersey et prêche dans les deux mosquées d’Al Sala et d’Al Farouk, tout en continuant à dynamiser la Banque de la Résistance afghane, ouverte à New York en 1988 !

  En 1992, le Caire dénonce l’éventualité d’une collusion entre Omar Abdel Rahman et..la Central Intelligence Agency ! Une hypothèse qui sera  ultérieurement confortée par la révélation des nombreux contacts  entre l’Ambassadeur des Etats unis au Caire et la résistance islamiste. Des contacts qui auraient pu aboutir à un « gentleman, agreement » (si l’on peut dire !) : pas d’appui logistique et pas d’aide américaine à l’Egypte pour réprimer l’opposition islamiste contre la promesse par cette dernière d’épargner les ressortissants américains lors des actions violentes susceptibles d‘être conduites dans le futur proche par ladite résistance !

  Quelques années plus tard, Washington finit par se lasser des déclarations enflammées du « Guide Spirituel » (d’autant que la menace soviétique a disparu, et pour cause, des préoccupations directes  de la Maison Blanche).Un  « Guide Spiriruel qui n’hésitait pas à souligner, dès 1996, « que si l’Amérique pouvait occuper l’Egypte, nous aussi, nous pouvons occuper l’Amérique ».

  Les menaces directes à l’égard des Etats Unis vont prendre plus d‘ampleur encore avec  Oussama ben Laden, le « stratège » !

  Tout  a été dit ou presque depuis le 11 Septembre 2001 sur ben Laden. Héritier d’une famille saoudienne enrichie dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, recyclé dans les pétrodollars quant à ses activités licites, le « Banquier du terrorisme » est devenu le leader de la nouvelle mouvance à la mort d’Azam. Le départ de l’Armée Rouge du bourbier afghan va entrainer de facto un repli (certes relatif) d’Al Qaida vers  de nouveaux horizons, contribuant ainsi à son internalisation, en collaboration avec les forces islamistes locales ou en participant à des conflits ouverts, tels ceux qui éclatent en Tchétchénie, en Somalie, dans les Balkans…Ben Laden retourne en Arabie Saoudite, puis doit s’exiler à Khartoum en 1991, exil lié à son opposition de plus en plus forcenée à l’égard de la présence de troupes américaines sur le sol saoudien. Le Soudan devient alors rapidement l’une des plaques tournantes clefs de l’activité terroriste d’Al Qaida : Attentats au Yemen contre des GI’s en route vers la Somalie, attentat de 1993 contre le World Trade Center; attentat de Riyad  en 1995..

L’arrivée au pouvoir des talibans à Kaboul va entrainer le retour de ben Laden en Afghanistan, d’où il lance sa désormais célèbre fatwa « contre les Juifs et les croisés..tout particulièrement contre les Américains Nous sommes désormais bien loin de la période de discrète connivence (euphémisme !)qui illustrait les rapports entre Washington et les fondamentalistes islamistes :

  Ben Laden déclarait en 1997 :

  « Aujourd’hui commence le djihad au nom d’Allah afin d’expulser l’ennemi qui occupe la terre des Lieux Saints…Les jeunes ont brandi l’étendard du djihad contre l’alliance américano israélienne qui occupe les Lieux Saints de l’islam. Ils sont les meilleurs descendants des plus grands de nos ancêtres. Nos jeunes croient au paradis après la mort .Ils savent que, s’ils luttent contre les Etats Unis, leur récompense sera le double de ce quelle  serait s’ils luttaient contre un ennemi autre que les peuples du Livre, les juifs et les chrétiens. Leur seul but est d’aller au paradis en vous tuant. Un infidèle, un ennemi de Dieu tel que vous, ne peut se retrouver dans le même enfer que l’homme pieux qui l’exécute. Lorsqu’on les menace en disant « les tyrans vous tueront », ils répondent : ma mort est une victoire ».Depuis plus de  dix ans, nos jeunes portent des  armes sur leurs épaules en Afghanistan et jurent à Dieu qu’ils continueront aussi longtemps qu’ils auront à porter les armes contre vous jusqu’à ce que, si Dieu le veut, vous soyez expulsés, vaincus et humiliés. Votre problème sera de convaincre vos troupes de combattre alors que notre problème sera de retenir nos jeunes et de les faire patienter jusqu’à ce que vienne leur tour de se jeter dans le combat et d’accomplir leur mission. Ces jeunes sont dignes de louanges…Ils savent que celui qui n’est pas tué mourra de toute façon et que la mort la plus honorable est d’être tué  en combattant dan la voie de Dieu ».

  En Octobre 1998, les deux attentats commis simultanément contre les ambassades américaines de Dar el Salam et de Nairobi font plus de 240 morts et des milliers de blessés. En Octobre 2000, un nouvel  attentat est perpétré contre le destroyer US Lincoln. Et, le 11 Septembre 2011, les attaques contre les trois symboles les plus édifiants de l’Empire américain, la finance (via les Twin Towers), le pouvoir militaire (via le Pentagone) et le politique (via la Maison Blanche, qui sera quasi miraculeusement épargnée) au delà de l’horreur de ses quelques 3000 morts, fait basculer l’Amérique en particulier et le monde en général dans un  « ordre » international inédit..Les Etats Unis de George W Bush vont… désormais déclarer « la guerre contre la terreur » (ou « guerre contre le terrorisme).  

Les Etats-Unis et la « croisade contre le  terrorisme » . 

Pour être tout à fait précis, ce n’est pas George Bush qui lança ladite « croisade ».Durant son second mandat, Bill Clinton, sans employer des termes aussi édifiants, devait promulguer tout un train de lois anti terroristes, dont le fameux « Antiterrorist and Effective Death Penalty Acte ». Il faut dire qu’à cette époque, eu égard aux attentats anti américains évoqués supra, une organisation comme le Front islamique  devait affirmer publiquement : «  Abattre les Américains et leurs alliées  est un devoir pour tout musulman et il peut accomplir ce dernier  partout où cela est possible ».

L’Administration Bush, au lendemain du 11 Septembre, va aussi s’inspirer dans sa guerre contre le terrorisme, des déclarations de l’Organisation de Coopération de Shangai  du 15 Juin 2001, officialisant la guerre aux trois forces du Mal, le séparatisme, l’extrémisme et..le terrorisme » ; et de l’adoption par le Conseil de Sécurité des nations Unies de la résolution 1373..Une première au chapitre du Droit International, puisque  elle rend obligatoire « pour tous les Etats membres de l’ONU de pénaliser l’aide aux activités terroristes et à mettre fin à leurs aides financières, tout en recommandant la communication systématique de toute information relative aux groupes susceptibles de préparer des actes terroristes.

Résolution qui, on le sait, sera actualisée par ledit Conseil de Sécurité en 2005 (résolution 1624, qui ajoutera aux considérants précédents une mesure  relative..au respect des Droits de l’Homme dans le cadre de la  lutte antiterroriste ». 
  
 

Dès le lendemain des événements du 11 Septembre, eu égard à l’échelle de ce drame historique, toute une gamme d’initiatives sont prises : : conjoncturellement, d’abord (une vague d’arrestations déferle durant deux mois : près de 1300 personnes sont arrêtées, mises e détention «  incomunicado », pour la plus grande part d’ origine arabe  ou en provenance d’Etats musulmans. Le Département d’Etat, en Janvier 2002, établit une liste de plus de 300 000 immigrés en situation irrégulière, en ciblant notamment quelques 6 500 personnes originaires de pays arabes répertoriées comme « potentiellement suspectes » ;  une nouvelle Agence chargée de surveiller les frontières et le trafic aérien est mise en place, le « Department of Homeland Security », disposant d’un budget de plus d e 30 milliards de dollars et regroupant près de 200 000 fonctionnaires  issus de quelques 23 services fédéraux !!

L’Administration Bush  crée aussi, en Novembre 2003, le « Terrorist Screeming Center », agence fédérale cogérée » par le FBI, pour identifier et stocker des données relatives aux indididus ayant été repérés comme « susceptibles d’être terroristes »  par une ou plusieurs  agences gouvernementales « classiques »

Mais l’initiative la plus spectaculaire réside  sans dote dans l’adoption du « US Patriot Act »

  Le 24  Octobre 2001, un mois et demi à peine après les attentats, le Congrès US adopte à une touchante (et fort compréhensive) quasi unanimité, le « USA Patriot Act » .Cette loi d’exception comprend toute une gamme de mesures ayant un seul objectif :améliorer  l’efficacité de la prévention et de la répression des actes terroristes. 

  Critiquée dès sa genèse par un certain nombre d ‘associations  (comme l’American Civil Liberties Union »,  cette Loi instaure explicitement un statut de « combattant illégal ».Gràce à ce statut, l’Administration a pu également s’évader des contraintes séculaires de l’habeas corpus :emprisonnement de personnes soupçonnées de projeter des actes terroristes sans inculpation, extension de l’utilisation des « lettres de sécurité nationale », autorisation de facto des Agences Fédérales  à quérir des informations nominatives relatives à n’importe quel quidam ; création de passeports biométriques ;perquisitions au domicile d’individus en l’absence de la personne perquisitionnée etc…(en claire violation du IVeme amendement de la Constitution) ; et, plus spectaculaire sans doute aux yeux de l’opinion publique internationale, incarcération de suspects sur la base militaire  de Guantanamo, symbole ,avec l‘arrivée des premiers prisonniers talibans et d’individus soupçonnés d’appartenir au réseau d’Al Qaida, dans des conditions de détention singulièrement éloignées des principes classiques formulés par le Droit International ! 

  Moins spectaculaire peut être, mais néanmoins révélateur : l’Administration Bush va « étoffer » de manière édifiante la fameuse liste des organisations jugées comme « terroristes » par le Département d’Etat.

A la fin du mandat de Jimmy Carter, ledit Département avait  officialisé une liste de quelques 47 organisations, dont 31 directement liées aux mouvances islamistes  sensu lato (de Al Qaida au Groupe Islamique Armé, des Brigades des Martyrs d’Al Aqsa au Hamas, du Jihad Islamique à l’Organisation Abou Nidal etc…

  Suite au Patriot Act, une seconde liste d’organisations « terroristes »  est publiée, a « Terrorist Exclusion List » : elle ne recense pas moins de  59 entités, dont 20 liées plus ou moins directement à des mouvements islamistes ! Evolution significative de l’éventail ,majoritairement illustré désormais par des organisations peu ou pas du tout concernées par le terrorisme islamiste mais révélatrice du souci de la Maison Blanche de « tirer profit »  des menaces islamistes fondamentalistes pour   fortifier sa vigilance à l’égard de toute une gamme de mouvements révolutionnaires ,éparpillés, ici ou là ,à travers la planète ::Alex Boncayo Brigade, Armée de Libération du Rwanda, Armée Rouge Japonaise, Irish Republic Army, Nucleo Proletario Rivoluzionario, Parti Communiste du Népal, Usler Defence Association .et même un « People Agaisnt Gangsterim and Drugs » (sic)

  Une liste qui sera ultérieurement complétée par la publication d’une troisième série de 43 références organisationnelles plus cosmopolites encore, de l’Al Badhr Mauhajedin au Parti Communiste de l’Union Indienne (maoïste), des groupes de Résistance Antifasciste  du Premier Octobre à l’Epanastatikos Agonas, du Tunisian Combattant Group au Heznollah Turc etc. Fermez le ban ! 

Obama et le terrorisme international : 

  Au-delà  de quelques gestes symboliques hautement significatifs, (comme l’abandon officiel des termes  de « guerre contre le terrorisme », remplacés par un euphémisme  passablement controversé : « oversees contingency operations » (resic), Barak Obama, dès son arrivée à la Maison Blanche, a indéniablement pris quelques mesures concrètes, loin  d’ être négligeables, comme la fin des interrogatoires incluant l’usage de la torture, et  l’annonce « prochaine » de la fermeture du camp de Guantanamo.

  Force est de constater que, depuis quelques mois, en la matière, la posture américaine  a progressivement retrouvé les principaux  traits de caractères  de l’ Administration précédente. .Une évolution plus que  vraisemblablement liée à certains évènements récents, comme l’arrestation de Najibulah Zazi, en Septembre dernier et, plus spectaculairement, l’attentat fort heureusement déjoué du 25 Décembre, sur le vol Amsterdam Détroit.. 
 
  La fermeture de la base de Guantanamo, annoncée le 21 Janvier 2009, et qui devait intervenir au cours de l’année. est reportée, eu égard à l’apparition de nombreuses résistances, y compris à l’échelle du globe, peu de pays (c’est le moins que l’on puisse dire) se déclarant prêts à accepter d‘accueillir les anciens détenus de la base. D’autant qu’un nombre appréciable d’anciens détenus ont immédiatement rejoint Al Qaida, ici ou là , notamment au Pakistan et au Yemen ?

L’échec d’Adu Nigeraina Addulmutallab a  mis aussi en lumière les failles du système actuel de sécurité et de prévention..

  Comme le déclarait Obama le 5 Janvier dernier, « lorsqu’un terroriste suspect capable d’embarquer dans un avion avec des explosifs le jour de Noel, cela signifie que le système a échoué d’une manière potentiellement dramatique ..Des éléments de notre Intelligence savaient que Ular Abdulmutallab avait voyagé  au Yemen et qu’il avait rencontré des extrémistes. Nos services savaient que Al Qaiida dans la péninsule arabique s’apprêtait à frapper les intérêts américains aux Etats Unis eux mêmes…Le gouvernement des Etats Unis disposait d’informations suffisantes pour déminer ce complot. Mais nos services ont  échoué à mettre les données en commun.. »

  Au delà des mesures prises par l’Administration Obama pour améliorer l’efficacité desdits servives, on peut concevoir, dans ce contexte, l’indéniable « raidissement » de la politique US en  la matière. Un raidissement confirmé par le récent affichage de la liste officielle des « Parains du terrorisme » ceux que Washington qualifie de « commanditaires du terrorisme d’Etat ».

  Cette liste comprend aujourd’hui  14 Etats : dix sont considérés comme des « pays à risques » :l’Afghanistan, l ’Algérie, l’Irak, le Liban, la Libye, le Nigéria, le Pakistan, l’Arabie Saoudite, la Somalie, le Yemen.. Guère de surprises, à la réserve près que l‘on avait cru comprendre que le Colonel Khadafi avait disparu du club des « Etats voyous » pour rejoindre le cercle des individus respectables, et que l’on peut s’étonner, dans la logique de la Maiosn Blanche et du  Pentagon,e, de certaines absences( La Corée du Nord ,par exemple)

Quatre pays sont officiellement déclarés « Etats sponsorisant le terrorisme». La présence en leur sein du Soudan, « République Islamique », élément incontournable de la problématique complexe de la Corne de l’Afrique, de la Syrie et de l’Iran, n’ont rien de surprenant. Le dernier « élu », en revanche, est tout un symbole, témoin de la pérennité de thèmes séculaires (ou presque) de la politique étrangère des Etats Unis, de ses obsessions et de l’indéniable confusion (volontaire ou involontaire) qui caractèrise depuis plusieurs générations la vision nord américaine des risques  :Cuba !!

Il est vrai que depuis le de la Loi d’embargo Helms-Burton de 1996, La Havane est plus que jamais dans l ’œil du cyclone américain ; que l’article III de ladite Loi déclarait (une grande première en Droit International) que l’embargo serait levé avec le « départ » de Fidel et de  Raul Castro »; que depuis cinquante ans désormais, chaque matin que Dieu fait (on est  très pratiquant aux Etats-Unis) la première préoccupation des locataires de la MaisonBlanche , qu’ils soient démocrates ou républicains, concerne la situation de Cuba !.

Après tout, en 1901, Théodore Roosevelt, un demi siècle avant la révolution castriste,ne déclarait il pas , avec son sens des nuances devenu légendaire :

 « Je suis  si fâché contre  cette infernale petite république de Cuba que j’aimerais quelle soit rayée de la carte ». Tout simplement ! "  


  Jacques Soppelsa

  Président honoraire de l’Université de Paris I

  Professeur de Géopolitique en Sorbonne 

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commentaires

J

"guerres de libération" = "terrorisme anticolonial"
voilà une vision bien néocolonialiste du Tiers Monde


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W


Les USA ont crée cette liste de "Pays supportant le terrorisme" comme moyen de pression sur ces pays.. du moins pour l'Algérie. La principale raison est que l'Algérie a refusé d'héberger le siège
de l'AFRICOM (implique l'installation de bases militaires US) que l'Algérie voit comme atteinte à sa souveraineté.


Les USA ont toujours eu cette attitude de "soit vous êtes avec moi soit vous êtes mes ennemies" envers les pays du tiers monde. 



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