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  • : La géopolitique par Jacques Soppelsa
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Cv Jacques Soppelsa

Agrégé de géographie , Docteur d'Etat ,et Professeur de géopolitique à l'université Paris I (Panthéon-Sorbonne). Retrouvez le Cv résumé en cliquant sur le lien suivant : Jacques Soppelsa

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Publications

1971 : Les Etats Unis (PUF)
1972 : Géographie Universelle (2 tomes) Livre du mois
1973 : Le Moyen  Orient (3 tomes) Mang
1975 : L'économie des Etats Unis (Masson). Livre du mois
1976 : La Géorgie méridionale et le Vieux Sud des Etats Unis (thèse)
1979 : Les grandes puissances (Nathan)
1980 : Géographie des Armements (Masson) Livre du mois
1981 : Histoire du Far West (Larousse  BD) 32 facsicules en coll.
1982 : La Terre et les hommes (Belin)
1984 : Des tensions et des armes (Publications de la Sorbonne)
1986 : Lexique de  Géographie Economique (en coll  Dalloz)
1988 : Lexique de Géopolitique (Dir. Dalloz)
1992 : Géopolitique de 1945 à nos jours (Sirrey)
1994 : La Patagonie (en coll. Autrement)
1995 : Los Frances en Argentina (en coll .Zago)
1996 : La dictature du rendement (Ellipses)
1997 : Dix mythes pour l'Amérique (Colin)
1999 : la démocratie américaine (Ellipses)
2001 : Géopolitique de l'Asie Pacifique (id)
2003 : Le Dialogue régional en Amérique Latine (Ellipses)
2005 : Les Etats Unis .Une histoire revisitée (La  Martinière-.Le Seuil)
2006 : "Dix morts en sursis" -Roman de Géopolitique fiction- Editions du Club Zero
2008 : Géopolitique du monde contemporain (en coll.) (Nathan)

2009 : Les sept défis capitaux du Nouvel Ordre Mondiale

2010 : Dictionnaire iconoclaste de l'immigration

2011 : Géopolitique et Francophonie

2012 : Louis XVII, La piste argentine

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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 10:32
Plaidoyer pour voir les choseS autrement

Dans le climat d'insécurité de ce début de 3ème millénaire particulièrement fertile en événements qui mettent en cause la sécurité des personnes et des biens, crimes et délits en tous genres, vandalisme, ingérence, corruption, compromission et terrorisme, contribuent à ce que la peur s'affiche aussi bien dans les sondages, que sur les écrans de télévision.


Les bouleversements en Europe de l'Est, les événements de la place Tien Anh Men en Chine, les attentats du 11 septembre aux USA, ceux de Tokyo, de Londres, de Paris, de Madrid, de Bali, les opérations de restauration de la paix au Kosovo, en Irak, en Afghanistan, en Somalie, en Côte d’Ivoire, au Tchad, au Liban, en Palestine, le tsunami dans le Sud-Est asiatique, le krach boursier né des comptes truqués d’entreprises américaines ,la volatilité des valeurs boursières née des déconvenues des subprimes accordées par les organismes de crédit aux USA ,la crise financière mondiale qui se profile ,les coups de menton de l’Iran, et ceux de ses opposants à sa bombe nucléaire, le changement de fonction de M. Poutine, le départ attendu de M George Walker Bush Jr, l’arrivée de M Barack Obama la crise économique née de la bulle immobilière, et du surenchérissement des matières, et de l’énergie, le réchauffement climatique aussi, tous ces éléments mettent en lumière l'effondrement du système de valeurs sur lequel étaient érigées toutes les théories et conceptions idéologiques et politiques développées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en France et en Europe.


Dans ce contexte géopolitique pour le moins chahuté, la France et l’Europe, modèles de démocratie appliquée, ne peuvent tourner le dos à un devoir absolu de mobilisation de tous leurs citoyen(ne)s à la défense des libertés : libertés individuelles certes, mais aussi libertés collectives, tant au niveau national des pays de l’Union que de leurs alliés des pays tiers avec qui chaque membre de l’Union Européenne que de leurs alliés des pays tiers avec les quels chaque membre de cette Union entretient des relations privilégiées. C’est notre MOI psychologique qui se trouve ainsi mis à l’épreuve.

L’interdépendance d’actions sonne donc pour la France et l’Europe la prise en compte de la globalisation, de la mondialisation des économies et de la lutte contre les insécurités nées des nouvelles formes de militarisation du monde.


L’Europe de ce point de vue a réussi à devenir un acteur global. La France, largement impliquée, a, de facto, une responsabilité particulière et, au retour d’un voyage éclair du Président de la République à Abu Dhabi, il est intéressant de se rappeler les propos tenus par son prédécesseur en Grande Bretagne les 19 et 20 Octobre 2004 :

A une époque d’un monde multipolaire et interdépendant il nous fallait imaginer rapidement les nouveaux outils de maîtrise de la sécurité commune et qu’en ce domaine d’actions la Grande Bretagne et la France qui ont des compétences notoirement établies, devraient unir leurs efforts.

Ainsi donc, revenir aux réalités d’un monde en totale re-création, semble, de manière aujourd’hui évidente, une affaire suffisamment sérieuse pour relancer de manière aiguë les luttes d’intérêts et les conflits qui en découlent nécessairement y compris avec ceux qui, tout en étant nos partenaires, n’en demeurent pas moins de redoutables concurrents.


Obligatoire mais largement rituelle, sous l’effet de la diversification des risques, la Sécurité et la Défense, sous le choc des incroyables manifestations d’un désordre mondial à la fois régionales et locales, fait partie de l’héritage d’une société désormais placée en situation de guerre permanente totale aux contours à la fois diffus et polymorphiques. (Rappel du message du Général Jean-Louis Georgelin , chef d’Etat major des armées).




En effet, qu’il s’agisse des guerres qui secouent la planète, des révolutions, de la répression exercée par des Etats forts aux Etats faibles, ou bien d’autres formes de violence, comme le terrorisme, la criminalité maffieuse, la guérilla, les émeutes urbaines, les conflits sociaux jusqu’aux formes les plus subtiles, mais bien réelles, des violences symboliques de la domination culturelle, de la discrimination d’accès aux nouvelles technologies, des effets de l’hyper médiatisation des images et des discours, ces prolongations des diverses formes de conflits attestent de cette nouvelle ère de dangerosité dans laquelle l’actualité veut nous faire pénétrer, non point pour, dans une simplification idéologique ou morale de manière certainement ambitieuse,-. Le Bien, le Mal -, nous faire disserter, mais, pour nous convier à imaginer les ripostes d’un futur à risques immédiats qui n’a pas encore délivré ses modèles de connaissance.

Ce qui faisait dire à l’Amiral Lacoste, lors des colloques 2003/2004 de Klingenthal (Alsace) sur la Défense Européenne :

« Parce que nous vivons une exceptionnelle époque de transition, nous sommes tenus, à l’orée d’un nouveau siècle, de prendre en compte les bouleversements géostratégiques déjà intervenus depuis quinze ans et d’anticiper ceux qui sont encore à venir. »


Monde d’aujourd’hui, déjà monde de demain, royaume de l'éphémère, notre société, en ce début de troisième millénaire, entre dans l’ère de changements profonds et tente vaille que vaille de survivre dans l’œil d’un cyclone géoéconomique, qui n’a pas encore délivré ses modèles comportementaux. Alors que l’on assiste à une accélération sans précédent de tous les processus, y compris politiques et socio-économiques, face à ces transformations profondes d’une société et de ses valeurs, les individus, comme les états et les gouvernements qui les représentent, éprouvent de réelles difficultés à s’adapter et, certains, sous le choc, finissent « par perdre les pédales » et ne peuvent éviter la défaillance.


Dans ces conditions d’un futur immédiat incontournable, il ne fait aucun doute que la Sécurité devient une source de préoccupation majeure pour la majorité des Etats dans le monde. La prolifération des Etats faibles enfantés par les processus de décolonisation ou d’accès à l’indépendance, les nouveaux états en quête de devenir, les Etats en faillite pris au piège du poids de leurs dettes, les Etats-voyous perturbateurs notoires d’un ordre mondial qui cherche à se rétablir ,contribuent à entretenir les mécanismes de dangerosités, provoquent de graves troubles à la sécurité internationale et menacent la paix dans le monde.


Que la menace ait pour origine les caprices de Dame Nature , les grognes météorologiques , la survenance de risques majeurs liés au développement et à la mise en œuvre de technologies , le détournement d’emploi de techniques et produits nouveaux issus des secteurs du nucléaire , du spatial ou de la Défense , la simple bêtise humaine ou la folie comportementale de quelques uns , considérer que notre sécurité n’est pas menacée peut provoquer des ravages effrayants tant au niveau individuel que collectif.

Paradoxalement, ceux là mêmes qui sont animés d’un esprit tranquille et confiant dans l’exploitation de systèmes technico-humains jusqu’alors réputés sûrs doivent aussi se méfier. En effet, que les systèmes de sécurité tombent en panne, qu’ils ne soient plus contrôlables ou contrôlés, que des dysfonctionnements prennent en défaut l’organisation, que l’ordre ne soit plus respecté ou les procédures transgressées, que l’organisation se dégrade et, très vite, les systèmes les plus sûrs voleront à leur tour en éclats.

Tout homme lucide et raisonnable ne fait donc preuve d’aucune paranoïa à admettre ses peurs devant l’hypothèse des défaillances des techniques et systèmes qu’il côtoie.

Animé par un cocktail de peurs et d’espoirs, chaque homme responsable doit donc se mettre en quête des ingrédients de base pour une sécurité adaptée aux menaces à conséquences pour lui-même et/ou son environnement.


L’urgence à définir les voies d’un usage des méthodes et outils à garantir la Sécurité et notre Défense tant au niveau individuel que collectif français et/ou européen apparait on ne peut plus clairement. La place de l’homme, du citoyen, est ainsi au centre de cette problématique de maîtrise des risques et de leurs conséquences, problématique que j’appelle volontiers : «sûreté de fonctionnement des systèmes technico-humains  ».


Remonter des conséquences aux causes ou encore suivre une méthode de queue de trajectoire nécessite , en matière de Sécurité et de Défense , une froide objectivité et conduit à donner la 1ère place aux hommes et à leurs potentiels d’irréductible intelligence à pouvoir analyser ,imaginer , innover , créer et faire preuve de volonté, parfois farouche, à vaincre les inerties.

Ainsi donc, prévoir plusieurs coups à l’avance, c’est en premier lieu être informé de manière qualitative et quantitative sur les actions qui se préparent .C’est donner la priorité au renseignement sous toutes se formes, à l’intelligence économique .C’est ensuite être capable d’imaginer des scénarios d’actions correctives et de ripostes, de programmer des déroulements possibles. Enfin c’est se préparer à affronter des variantes, des aléas, des imprévus non quantifiables. C’est finalement se doter de moyens rapides d’action qui permettront d’agir dans la discrétion et de façon adaptée.

Nous sommes donc conviés à voir des choses qui existent tout en n’existant pas et pour lesquelles on ne peut pas se permettre d’attendre qu’elles deviennent visibles.


S’il ne fait aucun doute que la paix civile est partout en danger dans le monde, y compris en France et en Europe, pour endiguer la contagion, le bon choix des objectifs politiques pour répondre à ces dangerosités nouvelles devra conduire la France et l’Europe à faire face à des réalités incontournables d’un monde en totale re-création tel qu’esquissé plus haut et caractérisé par :

une prolifération des nouveaux Etats dans le monde ,souvent petits, voire très petits, le développement d’États virtuels , les limites de l'Etat de droit remis en cause par les nomadismes maffieux, criminels, les déséquilibres socio-économiques lourds qui entrainent de plus en plus de populations à venir chercher en France et en Europe ce qu’ils n’obtiennent pas chez eux et à considérer très sérieusement le développement des milices armées, le recours aux mercenaires civilo-militaires, le recours aux sociétés militaires privées qui font que les menaces armées ne sont plus clairement identifiables.


Alors que faire, que peuvent proposer la France et l’Europe pour éviter de subir ?


A l’évidence aussi bien en Afrique qu’au Moyen Orient, dans le Sud Est asiatique ou en Amérique du Sud, la diplomatie contre les va-t-en guerre ne fait pas grand chose et le retour en force du pouvoir KAKI dans des régimes civils discrédités par la corruption et les bêtises des politiques en est la conséquence. Il n’est donc pas étonnant que le regard rivé sur les états d’âme des populations outrées par le nombre croissant de régimes civils qui se partagent le butin national, en foulant aux pieds leurs engagements électoraux et démocratiques, d’autres militaires, maffieux ou terroristes, observent avec gourmandise les opportunités d’assouvissement de leur pouvoir de nuisance internationale.

Ce retour des militaires aux affaires peut être considéré comme un juste revers d’un modèle de démocratie mondiale qui n’a pas encore produit son futur immédiat. Pire, la démocratie se fissure en effet dans les principaux pays du monde qui en avaient fait un modèle de gestion apaisée des conflits entre les groupes humains. L’Europe et la France ne sont pas épargnées par des élections qui se développent depuis près de 30 ans sur fond d’opposition fongible, d’abstention grandissante, qui n'hésite pas à délégitimer un nouvel élu au prétexte que les perdants et ceux qui ne sont pas exprimés n'étaient pas d'accord. Bush avait, à sa manière, consacré l'inutilité d'un vote du Conseil de Sécurité en décidant d'envahir l'Irak malgré les vives protestations justifiées de la France et certains de ses partenaires européens.

Ainsi, devant de tels agissements, un nombre grandissant de citoyens français et européens ne croient plus aux politiques ou sont dans une telle sinistralité intellectuelle et sociale que la religion devient une sorte de pari sur l'avenir. Les fous de Dieu se mettent de nouveau à croire en leur bonne fortune !


Désordres et chaos,(élections qui ne servent à rien, faillite des élites), religiosité et communautarisme (discrimination, laïcité en berne, obscurantisme), désordres économiques mondiaux couplés à des difficultés croissantes d'accès aux ressources (taille critique des Etats devenus trop petits, découplage entre zones de production, zones de consommation et zones de financement) vont donner le tournis aux innombrables peuples, lesquels, par média interposés, constatent que certains sont plus privilégiés, que d'autres y arrivent mieux et qu'il serait temps d'assurer un partage des richesses de façon plus équilibrée.

L'affaire iranienne, le problème comportemental de la Corée du Nord sont emblématiques et fournissent l'exemple-type de conséquences attendues aux causes précédemment énoncées.


Que peut faire l'Europe prise, elle aussi, dans ce piège qui concerne l'humanité toute entière ?

Lutter contre le terrorisme, certes, mais certainement pas sans l'appui des pays qui abritent les bases arrières des terroristes, et là ce n'est pas gagné (Afghanistan, Pakistan, Colombie, Palestine etc...).

Engager des forces de maintien de la Paix partout où elle le peut....mais là on voit déjà que ne pouvant être partout, l'Europe va créer de nouveaux déçus et risque la bévue un jour ou l’autre.

Apporter de l'aide humanitaire, économique....mais à condition que l'Europe elle-même produise des revenus en conséquence, sinon bonjour la faillite économique et le déclenchement de crises internes graves impropres à la consolidation d’une construction européenne laborieuse.


Participer au développement d'un nouvel ordre mondial nous apparaitrait plus judicieux, et là toutes les options dans la globalité des échanges devront-être étudiées y compris la remise en cause de certaines règles démocratiques qui privilégient les libertés individuelles aux libertés collectives ou l'inverse.

A ce tournant de la construction de la Défense et de la Sécurité Européenne, à la suite de la mise en pratique des nouvelles orientations préconisées par le Livre blanc sur la Défense, nous devons d’abord nous interroger sur le rôle de nos armées dans le défense de nos intérêts vitaux, où qu’ils se situent dans le monde et sur nos capacités à développer des interventions dans un cadre multilatéral et européen.

Les tendances objectives à la militarisation de l’espace pourraient constituer l’essentiel de la riposte militaire au volet militaire de la remilitarisation du monde. L’espace occupe en effet un rôle clé dans ce nouveau contexte militaire du fait de son double statut d’arène et de catalyseur pour de multiples enjeux. La France et l’Europe y sont déjà présents. La contribution des systèmes spatiaux au potentiel militaire des Etats est immense. Malgré le Traité sur l’espace extra-atmosphérique de 1967, qui restreint l’utilisation de l’espace à des « fins non agressives », immense est aussi le risque de voir l’espace se militariser et devenir une zone où des batailles ont lieu et d’où des attaques sont lancées.

Les satellites existants combinent des fonctions d’observation, de communication et de localisation, qui concourent au processus informationnel présentement fondamental dans la prise de décisions tactiques ou stratégiques. Doter les systèmes spatiaux de capacités offensives permettrait dès lors de s’attaquer aux satellites de l’adversaire, et d’affaiblir par ce biais ses organes de renseignement et de commandement. De telles armes extra-atmosphériques participeraient en outre des systèmes de défense antimissiles en augmentant leur potentiel d’interception en phases initiale, intermédiaire, voire terminale. Il convient dès lors d’anticiper les voies que pourraient emprunter les politiques spatiales des Etats et de se prémunir contre les risques induits. Les enjeux associés à une possible militarisation de l’espace sont ensuite d’ordre économique. La mise en œuvre d’une véritable politique militaire spatiale s’accompagnera nécessairement d’avancées technologiques majeures à application duale grâce aux importants investissements en recherche et développement devant être consentis, ainsi que d’une production industrielle à fort taux de profitabilité, génératrice d’emplois qualifiés. Une transformation de cette envergure exige la mobilisation de capitaux substantiels et la création d’une ingénierie institutionnelle adaptée.

Initiateurs et leaders incontestés de la « ruée militaire vers l’espace », les Etats-Unis possèdent aujourd’hui plus de 110 satellites militaires en orbite et sont à la source de 95% des dépenses spatiales militaires mondiales. Ils ont en outre fondé les organes opérationnels, décisionnels et de prospection technologique et doctrinale adaptés à leur quête d’une domination incontestée de l’espace. Malgré nombre de programmes spatiaux civils et militaires réussis (Ariane, Galileo, etc.), l’Europe accuse un certain retard, tant en terme de flux financiers alloués aux programmes militaires spatiaux que de stocks de technologies de pointe. Par ailleurs, la coopération européenne est marquée par la duplication des efforts et la dispersion des ressources financières et techniques, le niveau national restant trop souvent privilégié au détriment de l’échelle européenne. La recherche d’une certaine parité militaire avec les Etats-Unis et la protection de notre accès à l’espace extra-atmosphérique devraient sous-tendre la création d’une véritable politique militaire spatiale européenne.

Mais pour sérieuse que soient ces nécessités de revitalisation, de reconfiguration de nos outils de Défense tant d’un point de vue opérationnel, industriel qu’économique, nous devrons avant tout prendre en compte l’évolution des comportements de nos concitoyens. Il nous faut reconquérir l’adhésion de la population, au delà même d’un esprit civique. C’est le « ravivage » de l’Esprit de défense qui est en cause.

L’Amiral Lacoste de rappeler lors des colloques de Klingenthal 2003-2004 : il n’y a pas de politique de Sécurité et de Défense qui vaille sans l’adhésion des peuples, et les institutions chargées de les mettre en œuvre perdent leur légitimité lorsqu’elles ne bénéficient plus du soutien populaire.


C’est pourquoi il apparaît indispensable de parvenir rapidement au renforcement de la cohésion sociale dans les territoires, mettre en place des outils innovants de lutte contre les nouvelles conflictualités socio-économiques émergentes en France et dans les pays de l’Union, préparer les jeunes à la mobilisation en cas de crise ou de catastrophe d’exceptionnelle ampleur au lieu de les anesthésier dans des formules d’assistanat propres à ressusciter les morts économiques.

Pour assurer des missions utiles qui ne rentrent pas dans le cadre normalement dévolu aux armées, aux services de secours, aux associations et aux organismes humanitaires, faisons en sorte que les jeunes, dans un cadre national ou européen puissent , tour à tour ou en même temps, concourir à la prévention des risques du cadre de vie quotidien, à la protection du patrimoine, à l’éducation, à la citoyenneté, à l’aide et à l’accompagnement de secteurs socio-économiques en difficulté et contribuer ainsi au bon fonctionnement des institutions par le développement des vertus sociales de discipline, de respect , d’abnégation, d’honnêteté , de goût du travail et d’Esprit de défense.

Développer l’esprit de créativité et d’initiative dans la mise en œuvre d’actions locales culturelles ou d’environnement qui favoriseront ainsi la coopération, les échanges entre groupes de jeunes européens désireux de donner une image d’intégration, de mise en valeur de l’inter-culturalité sous toutes ses formes et de développement de la démocratie seront certainement des outils de consolidation de nos ripostes à la dangerosité qui gagne du terrain.

Travailler ensemble pour renforcer les fondements de la Démocratie, construire l’Europe de la Défense et de la Sécurité impliquent ce retour aux fondamentaux d’une vie de proximité harmonieuse par un Esprit de Défense partagé et renouvelé par le plus grand nombre.


Une stratégie de renforcement de notre Défense et de notre Sécurité en France et en Europe, avec ses étapes militaire, juridique, politique, policière, économique, sociale, préexiste avec la PESD, mais reste à inventer avec d’autres outils que ceux normalement dévolus au monde de la Défense et de la Sécurité !


Comment donc peut-on être présent dans le monde autrement que par les armes et faire fructifier notre capital de confiance et d’influence quand on dispose d’une diplomatie et d’une langue propres à faire éclater les pensées fossilisées des Etats défaillants ?

Voilà la question qui se pose à la France si cette dernière ambitionne de contribuer positivement à la lutte contre tous les nouveaux empêcheurs de vivre heureux le temps qui passe.

Grâce au Général de Gaulle, la France siège à l’ONU et y met à disposition le plus fort contingent de soldats. Elle est ainsi présente en vingt-cinq points du monde sur le territoire d’autant d’états défaillants. Ainsi, paradoxalement, la France est présente par le militaire alors qu’on l’attend par l’esprit.

Si nos militaires, désormais professionnels, ont acquis à l’exercice de ces missions de l’ONU de nouvelles compétences en matière de maintien de l’ordre, d’aide humanitaire, au travers de leurs divers déploiements ils ont aussi donné l’exemple du respect de la Loi et du service au rétablissement de la paix.

A cet exercice, nos soldats ont troqué la langue française pour l’anglais, langue plus appropriée à l’interopérabilité avec des forces placées sous influence américaine. Ainsi, le français, langue de l’esprit et de notre culture, est resté dans les placards de nos avant-gardes. Comment donc la France pourrait-elle ambitionner de se faire connaître à l’étranger si le français, langue parlée par celles et ceux qui la représentent, n’est plus sur le terrain qu’occasionnellement pratiquée ?

Comment restaurer le dialogue entre des gens qui ne veulent plus dialoguer si les représentants de la société française affichent un renoncement à diffuser l’indispensable complément, la chance supplémentaire, que constitue la pratique du français dans la compréhension des mécanismes qui permettent de lutter contre l’exploitation de l’homme par l’homme ?

Si la politique étrangère de la France demeure théâtralement gaullienne et plaît dans le monde à une majorité d’opinions, pourquoi le chant des partisans sonne-t-il aujourd’hui aux oreilles de l’étranger comme le cri d’une France qui commence à mourir de soif dans le désert de la pensée unique américaine ?

Certains disent que la raison en est que la France a toujours eu du mal à choisir entre Marx et le capital et qu’il lui est difficile de donner l’exemple, soumise qu’elle est intérieurement aux entraves permanentes des idéologues de tous poils. Pire, alors que l’embellie pour l’économie française semble devenir un rêve inaccessible, ce qui devient préoccupant c’est que les Français affichent maintenant de manière durable un état de désenchantement que seuls les responsables de l’Etat feignent d’ignorer. Comment dans ces conditions prétendre donner de l’esprit à ceux qui de loin ne voient pas très clair dans nos propres comportements ?


Utopie, idéologie, manque de courage, depuis des années ont miné les réformes successives de l’Etat, mais malgré ces handicaps d’un psychisme bloqué chez nos politiques, malgré la difficile contribution à la construction de l’édifice européen, la France a avancé, certes de travers, mais en donnant à l’Europe un modèle de services publics où les trains, les avions et les résultats électoraux arrivent souvent à l’heure.

Forte de ce constat, dans un monde multipolaire à plus grande échelle que l’Europe des 27, la France peut ambitionner de valoriser ses acquits par la promotion d’un service public universel.

En effet, si aujourd’hui les intérêts privés des différents pays de la planète se trouvent bien en concurrence exacerbée par l’innovation technologique et la surenchère économique, force est de constater que là où cela va mal la concurrence des services publics n’est pas en cause et que bon an mal an à Bagdad comme à Kaboul les Américains ont fini par faire fonctionner correctement les administrations, les postes et les approvisionnements selon des pratiques connues des fonctionnaires du monde entier !

Certes, tout n’est pas parfait, mais cela prouve que les services publics peuvent être assimilés au patrimoine de l’humanité, au-delà de toute considération politique, économique, sociale, culturelle ou religieuse. Le citoyen du monde, le citoyen de ce peuple introuvable qui veut vivre en paix quelle que soit sa résidence sur la planète a des besoins fondamentaux d’alimentation (en eau d’abord) de santé, de transports, d’énergie, de communications, d’éducation, de formations en tous genres, que seule l’Administration d’un service public permanent permet de satisfaire au-delà des circuits des intérêts privés, des corrompus, des maffieux, et autres terroristes qui conduisent aux affrontements, à la défaillance et aux catastrophes.

L’Europe qui met en concurrence les services publics avec le monde commercial a fait fausse route et nous en subissons aujourd’hui les premiers effets catastrophiques. Porteuse d’un service public universel performant, mais qui en détruit les atouts par une approche mercantile de son fonctionnement, la démocratie européenne risque d’apparaître comme démunie de pouvoirs positifs à la résolution des crises du futur immédiat et en cela un fort taux d’abstentions au scrutin du 7 Juin 2009 apparaît justifié.

Utopie que de vouloir instaurer un service public universel performant diront certainement les adeptes du tourner en rond et du parler vrai pour ne rien dire.

Et pourtant, une chance est à saisir pour l’Europe qui peut se prévaloir d’une certaine avance expérimentale dans la coopération de services publics et dans une certaine mesure dans la preuve que nul citoyen n’est contre le fait que ses besoins fondamentaux soient satisfaits par l’un ou l’autre des Etats membres. Police, Gendarmerie, Transports, Energie, Télécommunications, Enseignements coopèrent déjà depuis longtemps en Europe. La défense n’est pas en reste avec l’implantation d’un bataillon Allemand en Alsace.

Les tunnels sous la Manche, sous le Mont-Blanc, les programmes civils de l’agence spatiale européenne, le réseau ferroviaire grande vitesse transeuropéen, les échanges d’énergie électrique, de gaz, les soutiens en matière de recrutement de personnels de santé etc., etc. sont autant de démonstrations que les services publics peuvent être transnationaux, pour la satisfaction du plus grand nombre ,par la mutualisation des compétences , des savoirs et savoir-faire.

L’ONU, dont chacun s’accorde en coulisse à reconnaître l’urgente nécessité à réformer profondément l’organisation et les missions, avec l’aide de l’Europe pourrait y trouver là une arme du renouveau positif de son action sur la planète bleue et agir ainsi véritablement en esprit de modernisation des pays les plus vulnérables ou les plus handicapés.

Ayons de l’esprit, soyons intelligents et faisons en sorte que « ce machin » ,comme l’appelait le général de Gaulle soit le vecteur de valorisation de ce que l’Europe a fait de mieux, sans peut-être sans rendre compte.

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