Les femmes et le principe de laïcité : un combat toujours d'actualité.
Écrit par Patricia MAMET-SOPPELSA 23-03-2009
Juriste, Membre du Prix "Jean ZAY laïcité" et de "l'Assembée des Femmes"
Au lendemain du 8 mars 2009, journée dite « de la Femme », comment ne pas réfléchir plus particulièrement
encore aux Droits des femmes dans la cité, quelques soixante ans après qu’elles aient obtenu le droit de vote ? Peut-on considérer aujourd’hui que le combat des Françaises en général et des
Citoyennes en particulier est obsolète? Qu’en est-il du principe d’égalité « Homme/Femme »? Enfin, pour poser clairement la problématique de la Femme/Citoyenne en démocratie, comment ne pas
mettre l’accent sur un concept fondamental et trop souvent controversé : la LAÏCITE. Le principe de Laïcité fut une nécessité historique, il l’est tout autant aujourd’hui, si ce n’est plus
encore. Il s’imposa comme une évidence humaniste, valeur fondamentale au sein d’une société démocratique. Il repose sur une loi de liberté, d’égalité et de fraternité, qui nous conduit
naturellement, à nous interroger sur ses implications dans un combat de longue haleine: celui des femmes pour l’EGALITE. Dans ce grand débat sur la Laïcité touchant en transversalité à toutes les
composantes sociales, notre interrogation porte plus particulièrement sur deux axes de réflexion: 1) En quoi LE principe et la loi sur la laïcité ont-ils été libérateurs pour les femmes ? 2)
L‘affaire du voile, il y a quelques années, a-t-elle été un révélateur et une manière de reconduire le débat Femme et Laïcité? Constatons d’ores et déjà, à l’aube de ce XXIè siècle, le scandale
de la pérennité des violences commises sur les femmes (et sur les enfants!) et l’impérieuse nécessité pour la République de se doter d’un corpus législatif. A cet égard, on doit souligner le très
intéressant travail réalisé au Sénat dans ce domaine. Nous songeons en particulier au premier colloque organisé au Palais du Luxembourg sur le thème des violences conjugales faites sur les femmes
à l’initiative de la Sénatrice Michèle André. Citons aussi une proposition de loi de sa collègue Sénatrice Gisèle Gauthier tendant à lutter contre l’esclavage domestique. Nous nous attacherons à
montrer, tout au long de notre réflexion, combien le concept de laïcité est plus que jamais d’actualité, qu’il s’inscrit profondément dans tous les aspects de notre vie en société et qu’il
conditionne notre relation à l’autre dans ses applications de tolérance, de respect des autres et de soi-même et par voie de conséquence, du respect des convictions de chacun. Petit rappel
historique Il y a désormais plus d’un siècle, la France se dotait d’une loi essentielle et constitutive de la République: en 1905, la loi sur la laïcité instituait de fait et de droit, la
séparation des Eglises et de l’Etat. La loi de 1905 dans son titre I « Principes » Art 2 nous dit: « La République ne reconnaît pas ni ne salarie, ni ne subventionne aucun culte» (exception faite
pour l’Alsace et la Moselle qui échappent à la loi). Le principe de laïcité est ainsi posé. Désormais, une nouvelle forme de rapports entre les Eglises et l’Etat est affichée, succédant à des
siècles de «chrétienté mythique». Ce constat est l’aboutissement d‘un processus historique, long et complexe, d’une prise de conscience patente du rôle alors joué de manière très diverse par la
religion et la politique, amenant une société toute entière à se concevoir différemment, dans le fonctionnement même des institutions et dans les modes de vie au quotidien. La laïcité se déduit
directement de l’affirmation des valeurs universalistes, contenues dans les fondements même de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. L’article 10 de cette Déclaration des Droits de
l’Homme et du Citoyen d’Août 1789 exprime clairement la consécration de la liberté de conscience: « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne
trouble pas l’ordre établi par la loi ». Historiquement, il faut savoir qu’un certain nombre d’évènements et de circonstances significatives ont mis en lumière les conditions même de cette
existence désormais patente de Laïcité et, ce que nous énoncions en prologue, que sa mise en place s’inscrit bien comme une évidence historique. En effet, en France, dans les années 1900, la
querelle entre l’Eglise et l’Etat faisait rage. Une véritable « guerre » existait entre les évêques et les hommes politiques, notamment de gauche (socialistes et radicaux). Le Parti Radical, à
l’époque premier parti de France, avec 250 élus sur 590 députés, était alors aux premières loges dans ce combat. Il se voulait l’incarnation du rationalisme et de la raison en politique, opposant
la sagesse de la science à la foi aveugle, les valeurs du progrès au conservatisme du traditionalisme. Largement inspirée par la Philosophie des Lumières, son action était en outre confortée par
une opposition farouche à un péril clérical très réel. On parlait alors «d’empoisonnement clérical » mais aussi d’un véritable besoin d’affranchissement de « lumière naturelle » comme se
plaisaient à le rappeler les philosophes Descartes, Voltaire et Rousseau. Mais on recherchait plus encore, l’établissement de fondements indispensables à la construction d’une société plus juste,
plus égalitaire. Cela allait bien au-delà d’un combat contre la religion. En se déterminant dans cette recherche de lumière dite naturelle, en opposition à la lumière surnaturelle d’ordre
métaphysique, la Philosophie des Lumières se voulait en France, essentiellement laïque de celle « qui regarde les vérités spéculatives et connues par l’aide de la seule lumière naturelle. »
Ainsi, Descartes n’entendait point parler des choses de la foi mais bien de l’esprit de tolérance « ne se confondant pas avec l’inclination de notre nature qui nous « porte à croire » mais bien
par celle, guidée par la raison qui nous amène à mieux penser, refusant ainsi d’être la servante de la théologie »… Rappelons ainsi que la plupart de nos grands penseurs du siècle des lumières
(que l’on pouvait légitimement estimer comme éclairés!) étaient déistes, mais hostiles à une religion, « toujours prête à l’intolérance et humainement et politiquement inacceptable ». Les
circonstances propres à la France, son catholicisme d’Etat, (souvenons-nous de la révocation de l’Edit de Nantes et de ses conséquences cruciales en de multiples domaines), sa centralisation,
l’intolérance de la contre réforme, ont largement contribué, dans ce pays, à faire de la philosophie des Lumière une philosophie anticléricale, au sens profond du terme. En réalité, la base même
du concept de laïcité est bien un principe d’émancipation, sa vertu essentielle reposant sur une liberté de conscience déterminée et déterminante, une volonté de combattre le rôle et finalement
la place de la religion dans l’organisation même de la cité, un moyen aussi d’envisager la citoyenne et le citoyen libres, en les autorisant désormais à vivre plus affranchis du joug religieux.
Soulignons une fois de plus cependant que le combat laïque n’est pas un combat contre les religions mais bien un combat contre les intégrismes, les fondamentalismes présents dans toutes les
religions, ceux qui ne respectent pas la tradition républicaine et veulent imposer des intérêts partisans incompatibles avec l’intérêt général. Alors eu égard à ce contexte historique, une
question se pose aujourd’hui: qu’en est-il de ce grand et noble principe de laïcité vécu et entendu comme principe libérateur, appliqué aux droits des femmes? Femmes et Laïcité Nous devons bien
admettre que si le combat « Laïque » en tant que tel n’a peut être pas eu tous les effets bénéfiques auxquels nous aurions été en droit de nous attendre, il n’en demeure pas moins que le principe
d’égalité et de respect d’autrui initiant la pensée même de laïcité a pu participer au large mouvement d’émancipation des femmes. Mais le travail fut long et laborieux avant d’obtenir un certain
nombre de droits dont, sans doute, le plus déterminant en terme de démocratie: le droit de vote, c’est-à-dire l’égalité en tant que telle. C’est Olympe de Gouges en 1793 qui, la première, publia
très courageusement la déclaration des Droits des femmes dont l’article 10 stipule: « la femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune » ce qui
malheureusement ne lui donna pas le droit d’échapper à la guillotine. Suivront les décrets du 24 mai 1795, excluant purement et simplement les femmes de la vie politique. Il faudra attendre le
1er juillet 1901 pour entendre parler pour la première fois du droit de vote accordé aux femmes, grâce à un homme: Jean Fernand Edmée Gautret ! Ce dernier présenta une proposition de loi
réclamant le droit de vote aux femmes majeures, célibataires, veuves ou divorcées mais il faudra attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour que la Chambre des députés adopte une série de
propositions de loi instaurant le droit de vote des femmes. Soulignons au passage que le Sénat s’y opposera à cinq reprises de 1919 à 1936. En définitive, les femmes n’obtiendront le droit de
vote qu’en 1944 avec l’ordonnance du 21 avril. Devenant électrices, les femmes sont aussi devenues éligibles! Mais, au-delà de ce constat, le principe républicain et laïque d’égalité des
individus est bafoué dans les faits. Aujourd’hui encore, les Françaises occupent une place plus que modeste dans la représentation politique. Le pourcentage des députées a stagné durant un demi
siècle : 5,9% à l’Assemblée Nationale en 1995 contre 5,6% en 1946, date de la première assemblée élue… un demi siècle d’un combat féministe incessant mené par des femmes exceptionnelles comme
Yvette Roudy, Françoise Giroud, Simone Veil et tant d’autres… tant d’énergie dépensée! La situation s ‘améliore très lentement, trop lentement ! Force est de constater que les femmes ont encore
et toujours bien du mal à franchir les portes des palais de la République en France. A l’Assemblée Nationale, nous comptons aujourd’hui seulement 12,3% de femmes. Au Sénat elles sont 16,9% pour
participer activement, comme il se doit, au processus d’élaboration des lois. Des chiffres bien médiocres, quelque soixante ans après que nous ayons obtenu le « droit de cité » et alors même que
nous constituons plus de la moitié des forces vives de la Nation et que nous sommes « théoriquement » des citoyennes à part entière, constat conforté par l’adoption unanime de la Loi sur la
parité! La France est en 18ème position à l’échelle européenne quant à sa représentation féminine au Parlement… ce qui en soit n’est pas très glorieux, il faut bien le reconnaitre. Le débat sur
la laïcité constitue dans notre société un sujet de réflexion permanent, ce qui, en soit, est assez rassurant en ce qu’il témoigne de conscience démocratique et d’exigence républicaine.
Récemment, «l’affaire du foulard» comme elle fut appelée, a ranimé violemment ce débat et nous a imposé une lecture nouvelle de la loi de 1905. Comme le soulignait fort justement Yvette Roudy,
ancienne ministre des Droits des femmes et Présidente de l’Assemblée des femmes: « le port du voile, nous le savons est bien plus qu’un signe religieux, c’est le symbole d’une soumission, d’une
inégalité. L’inégalité entre homme et femme…et le degré de démocratie d’un pays se mesure à la qualité du statut de la femme ». Nous savons tous en effet qu’en matière de liberté, rien n’est
jamais acquis. Aussi le rappel du principe de laïcité dans tous les lieux d’enseignement public et privé est loin d’être inutile. D’autant qu’au-delà du problème de la laïcité, apparaît toute la
condition de la femme qui, à nouveau, se trouve singulièrement mise en lumière. Conditionnement culturel, pesanteur religieuses, machisme ambiant, nous devons encore constater aujourd’hui maints
exemples de résurgence d’un passé quasiment moyenâgeux, et que nous pensions légitimement dépasser. Le constat est édifiant: un droit de vote acquis depuis plus de soixante ans sans pour autant
pouvoir accéder véritablement aux mêmes postes de décisions que les hommes. Alors où en est -on du principe d’égalité? Les femmes s’interrogent plus que jamais sur le sens même du mot démocratie,
dès lors qu’elles sont encore largement exclues du partage réel du pouvoir. Aujourd’hui encore, les femmes se battent pour l’obtention d’une égalité salariale et pour que la loi impose dans les
faits, dans une société aux applications encore défaillantes, l’égalité salariale entre les hommes et les femmes. Nous combattons toujours pour l’accès à l’éducation, à la formation
professionnelle et aux carrières à salaire égal des femmes. Dans ce contexte, nous avons pris conscience, à différents niveaux, de l’impérieuse nécessité d’avoir recours au seul principe capable
d’intégrer toutes les valeurs d’une société qui se veut « évoluée »: le principe de LAICITE.
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