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  • : La géopolitique par Jacques Soppelsa
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Cv Jacques Soppelsa

Agrégé de géographie , Docteur d'Etat ,et Professeur de géopolitique à l'université Paris I (Panthéon-Sorbonne). Retrouvez le Cv résumé en cliquant sur le lien suivant : Jacques Soppelsa

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Publications

1971 : Les Etats Unis (PUF)
1972 : Géographie Universelle (2 tomes) Livre du mois
1973 : Le Moyen  Orient (3 tomes) Mang
1975 : L'économie des Etats Unis (Masson). Livre du mois
1976 : La Géorgie méridionale et le Vieux Sud des Etats Unis (thèse)
1979 : Les grandes puissances (Nathan)
1980 : Géographie des Armements (Masson) Livre du mois
1981 : Histoire du Far West (Larousse  BD) 32 facsicules en coll.
1982 : La Terre et les hommes (Belin)
1984 : Des tensions et des armes (Publications de la Sorbonne)
1986 : Lexique de  Géographie Economique (en coll  Dalloz)
1988 : Lexique de Géopolitique (Dir. Dalloz)
1992 : Géopolitique de 1945 à nos jours (Sirrey)
1994 : La Patagonie (en coll. Autrement)
1995 : Los Frances en Argentina (en coll .Zago)
1996 : La dictature du rendement (Ellipses)
1997 : Dix mythes pour l'Amérique (Colin)
1999 : la démocratie américaine (Ellipses)
2001 : Géopolitique de l'Asie Pacifique (id)
2003 : Le Dialogue régional en Amérique Latine (Ellipses)
2005 : Les Etats Unis .Une histoire revisitée (La  Martinière-.Le Seuil)
2006 : "Dix morts en sursis" -Roman de Géopolitique fiction- Editions du Club Zero
2008 : Géopolitique du monde contemporain (en coll.) (Nathan)

2009 : Les sept défis capitaux du Nouvel Ordre Mondiale

2010 : Dictionnaire iconoclaste de l'immigration

2011 : Géopolitique et Francophonie

2012 : Louis XVII, La piste argentine

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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 18:02
Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux de m’exprimer aujourd’hui devant de jeunes élèves français et étrangers. En charge de la coopération et de la francophonie, vous comprendrez que j’apprécie tout particulièrement le rayonnement international de votre école, qui, je le vois, suscite des vocations partout dans le monde : 22 nationalités étrangères, me dit-on sont représentées dans votre promotion.

Vous êtes élèves ingénieurs, et dans le même temps ouverts sur les sciences sociales.

Vous appartenez aux futures élites d’une économie mondialisée ; vous rejoindrez bientôt des administrations, des armées, des centres de recherche ou des entreprises qui devront faire face à des défis qui ne trouvent de solutions qu’au niveau international, comme nous le montre la crise économique que nous traversons.

Vous m’avez donc demandé de parler aide publique au développement et lutte contre la pauvreté, notamment en Afrique, et aussi francophonie.

Les questions à traiter sont vastes.

J’imagine que vous avez à votre disposition, sur les questions internationales, pléthores de formations et d’informations des meilleures sources, comme j’ai pu le constater en travaillant avec l’un de vos professeurs, Benoît Coeuré, ou avec vos anciens, qui sont nombreux au Ministère des Affaires étrangères et à l’ AFD.

Dans la mesure où cette intervention doit avant tout être un témoignage, je mettrai l’accent sur ce qui a été le cœur de mon action en 2008 : l’année nouvelle se prête aux premiers bilans. Homme politique, je parlerai faits et chiffres, mais aussi convictions.

Une conviction fondamentale : l’ Afrique change et offre des opportunités.

Elle change d’abord au plan démographique, car, n’ayant pas-loin de là- achevé sa révolution démographique, elle est le continent connaissant dont la population connaît le plus fort taux de croissance. De moins de 800 millions aujourd’hui, elle devrait selon l’ ONU passer à 1.2 Mrd en 2025 et 1.8 Mrd en 2050.

Cette population est de plus en plus urbaine : la population des villes devrait être aussi nombreuse que celle des campagnes en 2030.

Cette population est majoritairement composée d’actifs potentiels : depuis 2000, la population comprise entre 15-59 ans a dépassé la population dite à charge.

C’ est dire le défi que représente la création d’emplois, qui est pour moi le seul moyen durable de lutter contre la pauvreté.

C’est dire aussi les opportunités que l’ Afrique pourrait offrir en termes de marchés, si elle continue sur le chemin de la croissance.

L’ Afrique change au plan politique. Je ne saurai trop insister sur ce point car l’évolution politique reflète, et surtout conditionne, l’évolution économique et sociale.

La relève des générations , « le vent d’est qui secoue les cocotiers » selon la formule d’un de mes prédécesseurs après la chute du mur de Berlin, et la circulation accrue de l’information sont pour beaucoup dans ce changement.

Certes, les expériences démocratiques ont eu des résultats très inégaux :

des transitions ont réussi dans des pays aussi différents que le Bénin, le Mali et, comme nous l’avons vu très récemment, le Ghana ;

parfois, des « restaurations autoritaires » ont eu lieu, et des coups d’ Etats continuent de survenir, comme en Mauritanie ou en Guinée, dont je reviens ; souvent, des élections compétitives n’ont pas été suivies de changements suffisants dans l’exercice du pouvoir.

Mais partout, la demande démocratique se confirme et la société civile s’organise.

Rien n’est écrit, rien n’est figé :

Votre navigateur ne gère peut-être pas l'affichage de cette image.  la montée des revendications en terme d’autochtonie, comme au Cameroun, en Côte d’ivoire et au Kenya, ne doit pas être perçue comme une fatalité liée à je ne sais quel tribalisme primordial. Elle est le plus souvent largement manipulée par des politiques ;

Votre navigateur ne gère peut-être pas l'affichage de cette image.  de même, la montée des intégrismes religieux, Islam dans la bande sahélienne ou pentecôtisme en Afrique centrale, est en grande partie l’expression d’une frustration devant l’insuffisance des perspectives offertes au plus grand nombre, qui, elle non plus , n’est pas une fatalité.

Des conflits majeurs ont été résolus, comme en Angola, au Mozambique, au Sierra Leone et au Liberia, mais des conflits apparaissent ou renaissent dans la bande sahélienne, dans la Corne de l’ Afrique ou dans l’est de la RDC.

Enfin, les organisations régionales telles la CEDEAO ou la SADEC, ou continentales (Union Africaine), montent en régime. Nous espérons leur voir jouer un rôle majeur dans la résolution des conflits nationaux ou internationaux.

Comme vous le voyez, la situation est contrastée, à la fois pleine d’espoirs et lourde de défis. J’ai foi, personnellement, en la capacité des africains à surmonter leurs divisions.

L’ Afrique change enfin au plan économique. La croissance africaine a redémarré : elle a été toujours supérieure à 5.5% depuis 2004, ce qui est enviable.

Cette croissance, il faut le souligner, n’est pas limitée aux pays pétroliers.

Elle a été favorisée par la hausse du cours des matières premières et par le désendettement rendu possible par les efforts de la communauté internationale, et au premier rang, de la France. Entre 2000 et 2006, le ratio moyen dette/PIB a été divisé par 3.

Elle a été favorisée aussi par les efforts d’assainissement des finances publiques, la suppression de certains dispositifs rigides d’économie administrée, et par la naissance d’une nouvelle classe d’entrepreneurs africains. Je les ai rencontrés sur le terrain.

La croissance retrouvée demeure toutefois trop dépendante des exportations de produits primaires, comme en témoigne des investissements étrangers records, mais concentrés dans les industries extractives.

La crise n’épargnera pas l’ Afrique, même si son secteur bancaire est peu exposé directement aux turbulences financières.

Ses populations urbaines ont été touchées à de plein fouet par la hausse folle des prix alimentaires à l’été 2008. Ces prix, certes, ont depuis lors décru, mais la crise nous a rappelé une fragilité hélas quelque peu oubliée par les gouvernements comme par les bailleurs de fonds.

Ses immigrés, dont les transferts, rappelons le , sont désormais supérieurs à l’ APD, ne manqueront pas d’être touchés par la montée du chômage.

Ses exportations, enfin, pâtiront du ralentissement de la demande mondiale, que nos gouvernements s’attachent à combattre.

Face à cette situation, quelle est l’action de la France ?

Permettez-moi d’abord de vous parler politique.

Le procès de la « Françafrique » a été fait maintes fois.

Le Président de la République a eu l’occasion de dire qu’il réfutait ce procès, s’il s’agissait de mettre en cause les liens que la France a entendu conserver avec ses anciennes colonies, à la différence du Portugal et du Royaume Uni.

Nous conservons des liens forts avec nos anciennes colonies : liens de la langue, liens de la culture, liens de l’économie et de la monnaie avec le Franc CFA, et surtout lien humain avec la présence sur notre sol d’immigrés des anciennes colonies, ou de français issus de cette immigration. Vous savez combien le Président Sarkozy est attaché à la promotion de la diversité.

Mais notre relation se modernise. Nous voulons pleinement remplir nos engagements, mais nous ne voulons ne nous ingérer dans les affaires intérieures. Nous voulons continuer à nous impliquer fortement quand nécessaire, mais nous le faisons dans un cadre multilatéral :

Il y a quelque jours, je mettais à disposition du Sénégal un prêt exceptionnel de 125 M€ pour faire face à des difficultés budgétaires, mais dans le cadre d’un accord avec le FMI ;

La France intervient à l’ est du Tchad et au Nord de la RCA, mais dans le cadre européen de l’ Eufor.

Nous favorisons le règlement régional des conflits. La révision systématique de nos accords de défense et de nos implantations militaires, inflexion majeure de notre politique africaine, se fera avec le souci de former et d’appuyer des unités africaines de maintien de la paix.

Nous soutenons l’implantation des entreprises françaises en Afrique et le développement de nos exportations à destination du continent, mais nous ne recherchons pas de monopole et nous acceptons les règles du déliement de l’aide.

Enfin, nous modernisons nos outils d’action. Dans le cadre de la Revue Générale des Politiques Publiques, une nouvelle Direction générale de la mondialisation et des partenariats va naître. Elle regroupera l’ancienne Direction générale de la Coopération internationale et du développement, ainsi que la Direction des affaires économiques du Quai d’Orsay. Elle aura un rôle de pilotage stratégique global de notre aide. Divers organismes oeuvrant en matière de recrutement d’ assistants techniques et d’échanges universitaires seront regroupés en une agence unique. Le rôle central de l’AFD en matière d’ APD sera affirmé, et dans le même temps, la tutelle sur cette agence sera renforcée.

Parlons lutte contre la pauvreté.

Là aussi, j’exprimerai une conviction forte : le développement économique est au cœur de la lutte contre la pauvreté. Il est indispensable à une progression durable vers l’atteinte des OMD.

Vous ne serez pas surpris, qu’entrepreneur moi-même je place l’entreprise au cœur du développement économique.

Dans son discours du Cap de février 2008, le Président Sarkozy a annoncé son « Initiative pour la croissance en Afrique ». A travers l’ AFD et sa filiale destinée au financement du secteur privé Proparco, dont le capital a été doublé, la France met d’importantes ressources financières à disposition des PME oeuvrant en Afrique, que leurs capitaux soient d’origine locale ou étrangère. Les entreprises françaises désireuses de s’ implanter ou de se développer sur place ont pleine vocation à bénéficier de cette initiative. L’initiative prend notamment la forme d’un fonds de garantie « Ariz » de 250 M€ et d’un fonds d’investissement Kora du même montant. Ces deux fonds sont aujourd’hui opérationnels. L’initiative doit bénéficier à 1900 entreprises et générer 300.000 emplois directs. Sa pertinence est renforcée par la crise actuelle : un partage des risques via Ariz et un renforcement des fonds propres des entreprises via Kora est de nature à stimuler l’action des banques rendues plus frileuses.

Je tiens à préciser que l’ accent mis sur le développement économique ne signifie en rien le retrait du financement des secteurs sociaux pour atteindre les OMD. Je rappellerai à cet égard que la France est l’un des premiers contributeurs du Fonds mondial Sida.

Je souhaite m’attacher particulièrement à notre action dans le secteur clé du développement économique de l’ Afrique : l’agriculture, qui a servi de « fil vert » de la Présidence Française de l’union Européenne qui vient de prendre fin. En effet, La crise financière et la baisse des prix des denrées ne doivent en effet pas nous faire oublier la crise alimentaire : ces prix restent très supérieurs à ceux des années récentes et connaissent de fortes variations ; la menace des accidents climatiques persiste, et surtout, la récession mondiale rend plus fragiles les populations urbaines des pays pauvres.

Le niveau tendanciellement élevé des prix est un défi, mais aussi, osons le dire, une opportunité.

Nombre de production africaines doivent retrouver une compétitivité. Je pense notamment au riz : lors de mes visites sur le terrain, j’ai pu voir revivre des périmètres irrigués longtemps en sous activité.

Il faudra pour cela faire construire ou reconstruire des infrastructures de production ou de transport. Mais, c’est la grande leçon des années passées, les investissements physiques ne suffisent pas à la relance de la production.

Ils doivent s’inscrire dans le cadre de politiques agricoles qui gagneront à être élaborées au niveau régional. L’effort fait par la CEDEAO et la SADEC en la matière est à saluer.

Ces politiques agricoles devront être au service de la sécurité alimentaire, sans rechercher à tout prix l’autosuffisance au niveau national.

Les marchés vivriers régionaux doivent être organisés. Leur développement requiert des coûts de modernisation limités, et favorise une répartition locale de la valeur ajoutée. Il suppose un certain degré de protection des marchés, au moins transitoirement. C’est la position que défend la France dans la négociation sur les APE.

Le développement des cultures vivrières ne signifie pas l’abandon des cultures de rente, bien au contraire. Nous connaissons le rôle joué par le coton dans la modernisation de l’ensemble de l’agriculture.

L’agriculture familiale doit être défendue et modernisée. Elle permet l’accueil des classes d’âges nombreuses qui trouvent difficilement du travail en ville. Elle génère une distribution de revenus qui est la mieux à même de lutter contre la pauvreté.

Ceci nécessité notamment des politiques de sécurisation foncière. A cet égard, les investissements au sud de pays riches désireux de garantir leur propre sécurité alimentaire ne doivent pas se faire au détriment de la sécurité alimentaire des populations locales. Ceci nécessite également de favoriser l’accès au crédit des producteurs, en mettant en place des institutions de microfinance pérennes car gérés de façon professionnelle et supervisées par une instance de régulation adaptée.

Ceci nécessite enfin de redonner les moyens humains et matériels nécessaires à l’encadrement des paysans et à la vulgarisation technique.

La question de l’opportunité de subventionner durablement les intrants est posée.

Tout ceci a un coût, qui doit être partagé entre les budgets nationaux et l’aide internationale.

La déclaration de Maputo de 2003 préconisait que 10% des dépenses publiques bénéficient à l’agriculture et au développement rural. Des progrès ont été réalisés en ce sens. L’enjeu est de taille : une étude conduite avec l’appui de la Commission de l’ Union Africaine et de la Commission Economique des Nations Unies pour l’ Afrique montre que si tous les Etats africains atteignaient l’objectif de 10%, plus de deux tiers des besoins de financement requis seraient satisfaits.

Le tiers restant nécessiterait un doublement de l’aide internationale consacré au secteur rural.

Il convient donc d’inverser la tendance à la baisse de la part de l’APD allouée à l’agriculture, qui est passée d’environ 26% à la fin des années 1980 à moins de 5% en 2005.

La Communauté internationale s’est enfin engagée dans cette voie.

Lors de la Conférence à haut niveau organisée par la FAO les 3-5 juin 2008 à Rome, la communauté internationale a réaffirmé son engagement à lutter contre la faim et à résoudre la crise alimentaire provoquée par la hausse des prix des matières premières agricoles.

A cette occasion, le Président Sarkozy a proposé la mise en œuvre d’un partenariat mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire, qui sera construit sur trois piliers : une gouvernance rassemblant tous les acteurs concernés (institutions internationales, Etats, acteurs non gouvernementaux), un réseau international et indépendant d’experts et de scientifiques et une mobilisation financière au bénéfice de l’agriculture des pays en développement, avec notamment de la création d’une facilité internationale pour compléter la palette des outils de l’aide internationale de manière à soutenir l’innovation.

Le dernier sommet du G8 a confirmé cet appel à construire un partenariat global assis sur l’implication de tous les acteurs concernés, ainsi que la nécessité d’une expertise scientifique internationale sur la sécurité alimentaire mondiale.

A Sharm el Cheikh, l’ Union Africaine a également appelé à la mise en place d’un partenariat mondial.

Une réunion internationale aura lieu le 26 janvier à Madrid. Elle fera le point sur l’avancement du partenariat mondial.

La France a d’ores et déjà élaboré un outil particulièrement original : le Fonds d’investissement dans l’ agriculture et l’agroindustrie réunira des investisseurs publics et privés, recherchant soit une rentabilité financière, soit une garantie de livraison de produits alimentaires. Il investira dans le haut de bilan d’entreprises agricoles ou agro-industrielles respectueuses de règles de responsabilité sociale et environnementale et implantées dans des pays ayant une politique agricole appropriée. Ce fonds devrait lever plusieurs centaines de millions d’ Euros. Des contributeurs potentiels de toute nature ont fait part de leur intérêt.

Enfin, la Commission européenne a élaboré un nouvel instrument destiné à fournir une aide de court et moyen terme aux pays les plus durement touchés par la crise alimentaire, la « facilité de réponse rapide à la flambée des prix alimentaires dans les pays en développement ». La proposition de la Commission soutenue par la France a été approuvée. Elle portera sur un montant d’un milliard d’Euros sur deux ans.

Mesdames et Messieurs, Cher(e)s ami(e)s francophones, Je suis un ministre qui marche sur ses deux jambes : d’une part la coopération, dont je viens de vous parler mais également la francophonie.

Le 20 mars dernier, alors que je prenais mes fonctions, le Président de la République a été le premier Chef d’Etat français à s’exprimer publiquement à l’occasion de la journée internationale de la francophonie. Il a défini les priorités d’une politique francophone française et a rappelé sans ambiguïté que « La francophonie est et restera une priorité de la diplomatie française ».

La feuille de route est claire. Je la décline. Il en va de l’influence de notre pays sur la planète. Je souhaite que chacune et chacun d’entre vous, élèves français ou étrangers de l’Ecole polytechnique prenne bien conscience du rôle de notre langue commune dans l’influence de la France et de nos entreprises dans le monde. Vous, futurs décideurs, ne manquez ni d’imagination ni de talent. Dans vos futures fonctions, de part le monde, vous serez aussi les ambassadeurs de la Francophonie. Il me semble à cet égard utile d’évoquer devant vous l’ambition de la politique francophone française.

Je vois, à cet égard, trois segments principaux que je mets en œuvre sous l’impulsion du Président de la République. Une politique d’ailleurs confortée par l’intégration solennelle et historique, depuis le 21 juillet dernier, de la notion de Francophonie au sein de la constitution de la République.

La première ligne de force nous est naturelle tant elle est au principe, à l’origine même de la construction francophone. Il s’agit là du socle fondateur de notre espace commun, je veux bien entendu parler de la promotion et de la défense du français dans le monde. Vous le savez bien, notre langue mérite une attention de chaque instant, elle est un vecteur déterminant de notre influence dans le monde. Je souhaite que nous assumions pleinement cette politique d’influence française et francophone.

A Bruxelles, comme l’a souhaité le Président Sarkozy, la présidence française de l’Union européenne s’est exercée ces 6 derniers mois en français ! Au-delà des organisations internationales, l’avenir du français se joue à l’école, du primaire à l’université et dans les Grandes écoles. La francophonie dispose ici d’atouts considérables : la langue française n’est pas parmi la plus parlée au monde, mais le français reste la 2nde langue la plus enseignée, une des deux seules langues mondiales utilisées sur les 5 continents. C’est un capital qu’il nous appartient de faire fructifier ensemble.

A chacun de mes déplacements, je le constate. La demande de français est réelle, souvent même en progression, en particulier dans des espaces qui peuvent paraître très éloignés de la Francophonie.

La France fait de son mieux pour mettre son réseau d’établissements scolaires à programme français au service de toute la communauté francophone. Nos instituts et nos alliances sont également au service de la création francophone. Mais si 900 000 professeurs n’exerçaient au quotidien, sur tous les continents, par leur talent, leur passion et leur dévouement, l’enseignement du français, quel pourrait être l’avenir de notre langue ? C’est aussi la raison pour laquelle la Fédération internationale des professeurs de français dispose depuis 2 mois, comme je le souhaitais, du statut de partenaire privilégié de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

La deuxième ligne de force est politique. La francophonie, mesdames et messieurs, va bien au-delà de ce socle linguistique fondateur, car notre langue commune véhicule, en effet, un véritable corpus de valeurs. Je pense en particulier à la démocratie et au respect des droits de l’Homme, à la tolérance, à la diversité culturelle et linguistique, à la fraternité et à la solidarité, mais aussi aux nouveaux défis de notre temps que sont notamment la protection de notre planète, la sécurité alimentaire et même la sécurité financière internationale. La Francophonie a d’ailleurs été le 1er forum politique Nord-Sud à traiter de la crise financière internationale. Elle a fourni au Président Sarkozy un soutien déterminant avant sa rencontre avec le Président Bush, préfigurant le Sommet de Washington et la refonte du système financier international.

En ce qui concerne la crise climatique, les francophones se sont organisés en groupe de pression notamment lors de la récente conférence de Poznan dans le processus post-Kyoto. Vous le voyez, à l’instar de la résolution de l’UNESCO sur la diversité culturelle, adoptée grâce à l’action concertée des francophones, la Francophonie souhaite peser dans les négociations internationales.

Mesdames et Messieurs, en regroupant 1/3 des membres des Nations-Unies, 2 membres du G8 et 800 millions de personnes sur les 5 continents, la Francophonie est un forum politique Nord-Sud unique qui agit en concertation sur des sujets d’intérêt commun, des sujets politiques qui engagent l’avenir de nos sociétés.

Ce n’est donc pas un hasard si à l’initiative de la France, ces différents défis mondiaux ont été traités lors du dernier Sommet de la Francophonie, réuni en octobre à Québec avec une déclaration finale plus claire et plus lisible pour les populations.

Car le défi, auquel nous sommes aussi confrontés, Mesdames et Messieurs est bien celui de la Francophonie populaire. C’est une troisième ligne de force. La Francophonie doit en effet oser être populaire et emporter la conviction de la jeunesse sans laquelle elle ne pourra se projeter dans l’avenir. Nous devons saisir la fantastique opportunité des nouvelles technologies qui peuvent constituer une véritable force de frappe de la francophonie. Nous travaillons actuellement en ce sens à la création d’un portail francophone original, une véritable passerelle entre les continents, ouverte sur le monde et la diversité de ses cultures afin de créer un réflexe de francophonie sur la planète. La présence sur les ondes et sur internet est la meilleure garantie, à long terme, du rayonnement de la francophonie dans le monde. A cet égard, je me réjouis que l’identité et la signature de TV5Monde - l’un des trois plus grands réseaux mondiaux de télévision- sortent renforcées de la réforme de l’audiovisuel extérieur français. La question de la gouvernance de la chaîne étant désormais réglée, il revient à ses dirigeants de renforcer la qualité des contenus et la multilatéralité de TV5Monde, y compris de ses financements.

Pour la jeunesse francophone, la France agit au développement du programme des jeunes volontaires francophones et parce que l’emploi est au cœur de ses préoccupations, la francophonie se doit aussi d’être économique. Le Forum francophone des affaires, a construit ces dernières années un réseau remarquable dont les contenus doivent être renforcés en développant de nouveaux partenariats, en particulier avec les chambres de commerce et d’industrie. En francophonie aussi, les partenariats publics-privés peuvent se développer. Je crois aussi que nous devons réfléchir à des financements encore plus innovants et pourquoi pas la création de fonds souverains francophones ? En outre, il me semblerait intéressant qu’autour du 20 mars, journée internationale de la Francophonie, soit créée dans chaque pays une semaine des entreprises francophones.

Vous l’aurez compris, mesdames et messieurs, la France nourrit de grandes ambitions pour la francophonie. Elle souhaite mener une politique francophone active et partagée. Ce partage se retrouve aussi dans la maison de la Francophonie, symbole fort de la France au service de la Francophonie qui sera ouverte au printemps 2010 à Paris.

Je le dis avec clarté : La France souhaite mener une politique assumée d’influence française et francophone.

Quel peut alors être, dans l’avenir, le périmètre de notre Francophonie ? Il ne s’agit pas de s’étendre pour s’étendre, mais si l’OIF a probablement atteint son périmètre maximal en nombre de membres, en dehors de deux adhésions majeures que constitueraient celles de l’Algérie et d’Israël, je pense également que tous les Etats de la planète ont vocation à s’intéresser à la Francophonie. Au nom de quoi, devrait-on envoyer un message de fermeture au monde ? Cela irait à l’encontre de nos valeurs d’ouverture et de diversité. C’est la raison pour laquelle je suis favorable à une réforme qui permettrait à tout territoire montrant son attachement à l’apprentissage de notre langue et à nos valeurs par l’adhésion à un pacte de rejoindre l’OIF en qualité d’observateur.

La francophonie populaire et moderne est une chance pour la France dans la mondialisation : Une francophonie forte, ouverte, porteuse d’espoir qui ne doit pas craindre d’être ambitieuse. Je sais pouvoir compter sur vous, futurs décideurs pour concourir à la mettre en œuvre.

Je vous remercie de votre attention.

 

Discours d’Alain Joyandet devant les élèves de l’Ecole Polytechnique (8 janvier 2009) devant les élèves de l’Ecole Polytechnique (8 janvier 2009)

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