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  • : La géopolitique par Jacques Soppelsa
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Cv Jacques Soppelsa

Agrégé de géographie , Docteur d'Etat ,et Professeur de géopolitique à l'université Paris I (Panthéon-Sorbonne). Retrouvez le Cv résumé en cliquant sur le lien suivant : Jacques Soppelsa

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1971 : Les Etats Unis (PUF)
1972 : Géographie Universelle (2 tomes) Livre du mois
1973 : Le Moyen  Orient (3 tomes) Mang
1975 : L'économie des Etats Unis (Masson). Livre du mois
1976 : La Géorgie méridionale et le Vieux Sud des Etats Unis (thèse)
1979 : Les grandes puissances (Nathan)
1980 : Géographie des Armements (Masson) Livre du mois
1981 : Histoire du Far West (Larousse  BD) 32 facsicules en coll.
1982 : La Terre et les hommes (Belin)
1984 : Des tensions et des armes (Publications de la Sorbonne)
1986 : Lexique de  Géographie Economique (en coll  Dalloz)
1988 : Lexique de Géopolitique (Dir. Dalloz)
1992 : Géopolitique de 1945 à nos jours (Sirrey)
1994 : La Patagonie (en coll. Autrement)
1995 : Los Frances en Argentina (en coll .Zago)
1996 : La dictature du rendement (Ellipses)
1997 : Dix mythes pour l'Amérique (Colin)
1999 : la démocratie américaine (Ellipses)
2001 : Géopolitique de l'Asie Pacifique (id)
2003 : Le Dialogue régional en Amérique Latine (Ellipses)
2005 : Les Etats Unis .Une histoire revisitée (La  Martinière-.Le Seuil)
2006 : "Dix morts en sursis" -Roman de Géopolitique fiction- Editions du Club Zero
2008 : Géopolitique du monde contemporain (en coll.) (Nathan)

2009 : Les sept défis capitaux du Nouvel Ordre Mondiale

2010 : Dictionnaire iconoclaste de l'immigration

2011 : Géopolitique et Francophonie

2012 : Louis XVII, La piste argentine

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22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 16:02

Introduction

A cause de diverses évolutions internationales le sujet énergétique paraît d’une façon de plus en plus profonde être compté parmi les préoccupations principales de l’Union Européenne pendant les années dernières.

L’importance de l’énergie pour la réalisation du marché interne commun, le développement européen et la viabilité de la construction communautaire est imminente. Cependant, malgré le rôle primordial que l’énergie  a joué dans le lancement du projet européen sous forme de  la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier, l’Union Européenne n’avait pas longtemps élaboré une vraie politique énergétique commune. En fait, des Etats membres qui souhaitent régler les questions d’énergie au niveau communautaire ne sont pas nombreux. La plupart d’entre eux cherchent plutôt à protéger leurs propres intérêts qui sont souvent opposés l’un à l’autre.

Toutefois, l’Union Européenne fait face aujourd’hui à plusieurs problèmes relatifs à l’énergie qui ne laissent pas une grande marge de manœuvre à chaque Etat membre séparément. En effet, la nécessité d’une action commune au niveau européen en matière d’énergie devient plus impérative que jamais.

 

L’Union Européenne en fort besoin d’énergie dans un environnement énergétique mondial instable

 

L’Union Européenne doit faire face à un environnement énergétique défavorable à cause de ses propres manques et ses caractéristiques internes d’une part et d’une grande crise énergétique mondiale d’autre part.

L’économie européenne est une économie de forte intensité énergétique. [1] En effet, le développement économique européen se dépend fortement de la capacité européenne de garantir de plus en plus grandes quantités énergétiques, puisque de formes alternatives de production à plus faible intensité énergétique se trouvent encore à une phase d’élaboration précoce. La consommation énergétique de l’Union Européenne augmente alors constamment.[2] Toutefois, les réserves énergétiques européennes sont extrêmement limitées. [3]  Par conséquent, l’Union Européenne se dépend fortement des importations énergétiques provenant de ressources externes. Près de 50% de la consommation énergétique est importé aujourd’hui et cette dépendance va s’accroître à long terme. Selon les prévisions de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), l’Europe devrait importer près de 70% de ses besoins en énergie en 2030. [4]

Un scénario potentiel pour faire face à cette situation est certainement l’investissement dans la recherche sur de formes d’énergie nouvelles et renouvelables.[5] Néanmoins, une telle recherche a besoin de beaucoup de temps pour produire de résultats concrets. En effet, une stratégie énergétique fondée exclusivement sur cet espoir de libération future des hydrocarbures ne semble pas efficace à  court ou moyen terme.[6] L’Europe en restera fortement dépendante pendant plusieurs années encore et la seule stratégie qui paraît intelligente et réaliste dans le contexte actuel est la diversification de son approvisionnement énergétique.

Cette diversification est indispensable pour la sécurisation de l’approvisionnement énergétique européen puisque l’Union doit agir dans un environnement mondial très instable. En fait, la dépendance européenne de  ressources énergétiques externes l’amène à prendre en considération attentivement la situation énergétique mondiale.

D’une part, la demande d’énergie va s’accroître mondialement dans les trente années suivantes. Le fort rythme de croissance des pays asiatiques y joue un rôle important, cependant il s’agit d’un phénomène mondial même s’il n’existe pas dans tous les cas de rythmes spectaculaires, comme le chinois ou l’inde.[7]  Cette augmentation de consommation sera servie principalement par des hydrocarbures.[8] Spécifiquement, l’économie des pays émergents asiatiques s’y montre extrêmement liée, étant donné que les formes d’énergie alternatives, telles que le nucléaire ou le renouvelable, sont beaucoup moins répandues que dans des pays développés.  L’Union Européeenne doit faire face alors à un marché énergétique mondial marqué par une forte concurrence en matière de demande.

D’autre part, en ce qui concerne l’offre d’énergie la marge de manœuvre paraît restreinte. Des compagnies européennes s’efforcent d’investir sur des nouvelles techniques pour rendre la production plus effective.[9] La nécessité d’amélioration de l’infrastructure pour faire face à la demande croisée est impérative. [10] Pourtant, 82% des réserves mondiales pétrolières et 75% des réserves gazières restent fermées aux entreprises  internationales.[11] Les compagnies nationales des pays producteurs investissent peu et c’est pourquoi la production d’énergie s’accroît avec un rythme beaucoup plus faible que la demande.

En outre, l’instabilité politique, économique et sociale chronique dans de nombreux pays producteurs provoque une incertitude élevée quant à son impact potentiel sur l’offre énergétique.[12] Les capacités techniques actuelles permettraient en fait un excédent considérable au delà des quotas fixés.[13] Toutefois, plusieurs pays producteurs s’orientent vers un “pétronationalisme” ou “gazonationalisme”, qui les amène à dénoncer l’appropriation de leurs ressources naturelles par les pays développées. De cette façon, ils adoptent souvent une position réactionnaire en demandant la réduction des quotas de production – par exemple Iran au sein de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole - ou en limitant de plus leurs investissements. [14]

Par conséquent, l’Union Européenne pourrait confronter dans un avenir proche un choc d’offre énergétique majeur, qui en commun avec l’instabilité géopolitique des régions productrices expliquent la hausse considérable des prix énergétiques.[15] Depuis 2004 ils ont en fait presque doublé en Europe en créant une situation extrêmement difficile pour les consommateurs européens.[16] Sauf l’impact négatif de cette course des prix énergétiques sur l’économie européenne, il existe également le risque – un peu extrême, mais toujours sérieux - que l’Union Européenne soit à un moment dans l’avenir incapable de garantir de suffisantes quantités d’énergie nécessaires au fonctionnement viable de l’économie européenne.

 

La sécurité énergétique européenne dans le contexte de la Politique Européenne de Voisinage

 

Il est bien évident alors que le sujet énergétique devient un enjeux primordial pour l’Union Européenne. La diversification énergétique paraît ainsi être parmi les préoccupations principales de l’Union Européenne  puisqu’elle est la seule stratégie qui pourrait sécuriser son approvisionnement.

Etant donné que la sécurisation de l’approvisionnement énergétique à travers la diversification des sources d’importation et des voies de transit vers l’Europe touche le domaine des relations extérieures de l’Union Européenne, la Commission Européenne a attaché beaucoup d’importance au sujet énergétique au sein de l’élaboration de la Politique Européenne de Voisinage (PEV). En effet, en mai 2003 elle a publié une Communication au Conseil et au Parlement Européen sur l’élaboration d’une Politique Énergétique pour l'Union Européenne élargie, ses voisins et partenaires.

Cette communication présente les phases que l’Union doit accomplir pour parvenir à la création d’un grand marché européen intégré de l'électricité et du gaz sur la base de règles et de principes communs. Le développement de nouvelles infrastructures gazières et pétrolières, ainsi que l’harmonisation et l’interopérabilité technique des réseaux nationaux d'électricité et de gaz y jouent un rôle crucial. Selon la communication, l’Union Européenne devrait investir considérablement dans ces domaines. En fait, il existe quelques régions voisines, qui ont une importance accrue pour la sécurité énergétique de l’Union et c’est pourquoi elle devrait y concentrer ses efforts.

De cette manière, la Commission présente l’argument que la Politique Européenne de Voisinage a également une perspective énergétique, qui est d’ailleurs primordiale. Selon elle, la stabilité et la prospérité de la région européenne, au sens large du terme, passe par la sécurité énergétique.  

Une des régions, qui présentent un intérêt accru pour l’Union Européenne est certainement la mer Caspienne. La Commission reconnaît son fort potentiel énergétique.[17] Etant donné la spécificité géographique de la mer Caspienne, la Commission met l’accent sur l’acheminement de ses ressources vers l’Europe. La sûreté   des voies d'exportation du pétrole et du gaz de la mer Caspienne est essentielle pour la sécurité d'approvisionnement énergétique de l'Union Européenne ainsi que pour le développement économique, social et politique de la région de la mer Caspienne. Dans ce contexte, la planification des chemins de transit alternatifs à travers l’Iran et la Turquie et si importante que la sécurisation de ceux qui existent déjà et passent par la Russie.

La Commission propose de faire plein usage du programme TACIS prévu au sein de la Politique Européenne de Voisinage pour assister aux activités techniques en matière d’énergie dans la région de la mer Caspienne. L’Union Européenne pourrait participer au financement des projets, notamment par l'intermédiaire de la Banque européenne d'investissement. En outre, elle propose le lancement des discussions entre l’Union Européenne et les pays de la région sur la coopération énergétique et le développement de la région pour qu’elle se rende plus attirante aux intérêts européens. Ces discussions cherchent aussi à atténuer les risques potentiels – commerciaux, et dans certains cas, politiques – provenant du développement des nouvelles sources d'approvisionnement, ainsi que de la construction des tubes qui permettront d'amener de l’énergie vers l'Union Européenne.

Le Conseil Européen a adopté les conclusions provenant de cette communication de la Commission Européenne en Décembre 2003.

 

La nécessité d’une politique européenne en matière d’énergie

 

Le plus l’importance de l’enjeu énergétique devient évidente, le plus l’Union Européenne s’engage à la formation d’une politique européenne énergétique, pour que l’Europe puisse agir dans le jeu énergétique mondial  d’une seule voix. [18] Le Conseil Européen de Hampton Court a, en fait, lancé en Décembre 2005 le processus pour la formation d’une politique énergétique commune. A la suite de Hampton Court la Commission Européenne a publié en Mars 2006 un livre vert intitulé “Une stratégie européenne pour une énergie sûre, compétitive et durable”, dans lequel des directives pour une politique commune efficace se sont présentées.

Il s’agit d’un texte largement ambitieux qui cherche à équilibrer les différents côtés du sujet énergétique : le développement durable, la compétitivité du marché énergétique et la sécurisation de l’approvisionnement. Ce dernier aspect a une importance primordiale à cause de la dépendance européenne croissante d’importations énergétiques provenant de régions en crise. Néanmoins, à cause des dimensions stratégiques de ce sujet qui touchent divers intérêts des Etats membres, ce sujet est souvent mis en côté. En premier lieu, l’Union Européenne se concentre aux deux premiers aspects en luttant contre la pollution et le réchauffement climatique et en construisant de réseaux trans-européens de gaz et d’électricité pour rendre le marché européen énergétique intégré et pour cette raison plus compétitif.

De toute façon, la nécessité de procéder à une politique extérieure cohérente en matière d’énergie est imminente et le livre vert s’y réfère d’une manière assez analytique. Dans cette politique la diversification d’approvisionnement énergétique possède une place principale.

 

La forte dépendance des Etats européens de l’énergie russe

 

La diversification paraît nécessaire si on examine spécifiquement le cas russe plus en profondeur. La Russie est en fait le principal fournisseur d’énergie de l’Union Européenne[19], la Norvège et l’Algérie suivent. Bien que le partenariat entre l’Europe et la Russie soit fondé sur l’interdépendance[20] , l’énorme importance de l’énergie russe pour l’Europe entraîne quand même d’inquiétude aux institutions européennes ainsi qu’aux pays membres.

Il est évident qu’en cas de tensions accrues au Moyen-Orient ou dans d’autres zones de production énergétique majeure, l’Europe sera obligée à importer davantage d’énergie de la Russie. Cette situation entraînerait une toute-puissance russe et mettrait l’Europe en position d’otage en cas de crise. En outre, pendant les dernières années un renforcement des liens entre la Russie et l’Algérie se fait remarquer.[21] Etant donné que les deux pays ensemble fournissent à peu près 35% de la consommation gazière de l’Union Européenne, il est clair qu’un accord entre eux pour une hausse commune des prix nuirait l’économie européenne d’une manière considérable. De plus, le refus de la Russie de ratifier la charte de l’énergie de la Commission Européenne[22] témoigne la volonté russe d’employer son avantage énergétique outre le cadre de la compétitivité libérale, comme outil d’influence et de pression politique à l’échelle mondiale, ce qui rend la Commission assez méfiant de la fiabilité de la Russie tant que fournisseur énergétique.

Même si dépendante aussi du marché européen la Russie a plusieurs options de réorientation de son énergie, notamment vers les pays asiatiques émergents. Toutefois, la réalisation des projets de tubes nécessaires à cette diversification de la clientèle russe nécessite plusieurs années. L’Union Européenne a alors à sa disposition un délai jusqu'à ce danger devient imminent, qui ne doit pourtant être dispensé inefficacement.

 

 

 

Des axes principaux de la politique extérieure européenne énergétique

 

La sécurité et la diversification de l’approvisionnement en énergie constituent alors l’objectif fondamental  de la politique extérieure européenne énergétique. Dans le livre vert de la Commission l’accent est mis plutôt à deux points importants.

Il s’agit d’une part de la formation d’un consensus au niveau communautaire sur la définition claire des priorités pour la modernisation des existantes et la construction des nouvelles infrastructures nécessaires à la sécurité de l’approvisionnement européen énergétique [23], ainsi que sur l’application des dispositions en matière de transit et d’accès des tiers aux tubes existants. D’autre part, il s’agit de la mise en place de plusieurs processus de dialogue avec les pays producteurs et les pays de transit de l’énergie au niveau bilatéral et  régional[24] ainsi qu’avec d’autres acteurs internationaux principaux dans la scène énergétique mondiale.[25]

L’importance d’une politique extérieure européenne efficace en matière d’énergie a conduit également à la rédaction en juin 2006 de la part du  Secrétaire Général/Haut Représentant, Havier Solana, d’un document destiné au Conseil Européen de Wien. C’était intitulé “Une Politique Extérieure au Service des Intérêts de l’Europe en matière énergétique – Faire face aux risques extérieurs en matière énergétique” et visait à fournir l’Union avec une stratégie plus précise et ciblée à la garantie de la sécurité de flux énergétiques durables du point de vue de l'environnement, à des prix abordables.

Dans ce contexte le bon fonctionnement des marchés et la diversification de l’approvisionnement sont les deux axes essentiels, sur lesquels la sécurité énergétique européenne devrait se fonder. La diversification au niveau des sources, d’origine géographique, d’itinéraires de transit amènera à la construction de nouveaux projets d’infrastructure[26]. Pour que la réalisation de ces projets soit accélérée, l’Union Européenne devrait utiliser tous les moyens disponibles, y compris les subventions financières et les prêts à travers la Banque Européenne d’Investissement, la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement et d'autres institutions financières internationales.

 

L’importance de la région de la mer Caspienne pour la sécurité énergétique européenne

 

La région de la mer Caspienne et de l’Asie Centrale - comme location d’origine des ressources énergétiques – ainsi que les régions de la mer Noire, du Caucase, de la Turquie, des Balkans et de l’Europe de l’est – comme régions de transit de l’énergie – figurent dans les documents de la Commission et de Havier Solana parmi les domaines de préoccupation fondamentaux européens. En fait, l’Union Européenne a mis en place un programme de coopération régionale qui vise à développer le capital énergétique des pays de la région. En novembre 2004 cette coopération a été officialisée à travers le lancement du “Baku Initiative”.

Il s’agit d’un forum de dialogue crée à la suite de la Conférence Ministérielle sur l’énergie qui a eu lieu à Baku entre les Commissaires européens aux Relations Extérieures, au Transport et à l’Energie, à l’Aide et la Coopération d’une part et les Ministres d’énergie des pays littoraux de la mer Noire et de la mer Caspienne et de leurs pays voisins[27] d’autre part. Ce processus vise à étendre la coopération en matière d’énergie entre les deux régions – Union Européenne et pays littoraux de la mer Noire et de la mer Caspienne et leurs pays voisins. Plus précisément, les objectifs principaux de Baku Initiative sont premièrement, l’intégration des marchés régionaux d’hydrocarbures et de l’électricité, deuxièmement, la garantie de sécurité quant à la production, le transit et l’approvisionnement de l’énergie, troisièmement, le développement des politiques durables en matière énergétique, et quatrièmement, la facilitation des investissements dans le domaine énergétique de la région.

A travers Baku Initiative l’Union Européenne affirme sa croyance que les pays de l’Europe Centrale et Orientale, de l’Europe du sud-est, de la mer Noire, du Caucase, de la mer Caspienne et de l’Asie Centrale forment une région à part entière, qui doit être traitée dans sa totalité. Toute cette région constitue en fait un corridor entre les ressources prometteuses de l’Asie Centrale et les marchés européens assoiffés d’énergie. Cette conception est également vérifiée par les deux programmes qui sont mis en marche sous l’égide de Baku Initiative, INOGATE et TRACECA[28]. En fait, la participation à INOGATE est vraiment élargie en reflétant cet engagement collectif à l’amélioration des conditions, sous lesquelles l’approvisionnement énergétique s’est assuré.[29] Tous les deux programmes, financés par TACIS, cherchent à investir au développement d’une région – de différents côtés[30] – qui est destinée à servir le transit énergétique vers l’Europe.

 

Des routes stratégiques de transit énergétique

 

A travers INOGATE l’Union Européenne s’engage dans le domaine de planification d’infrastructures énergétiques essentielles pour l’acheminement de l’énergie provenant de la région de la mer Caspienne vers l’Europe, de promotion de leur construction, de fournissement d’assistance technique à leur fonctionnement. Les projets soutenus au sein d’INOGATE sont  considérés comme projets d’intérêt paneuropéen, comme facilitant l’approvisionnement énergétique de plusieurs pays membres et pour cette raison comme contribuant à la sécurité énergétique de la totalité de l’Union. Les projets d’INOGATE cherchent à offrir une voie de transit alternative à celles qui existent et qui sont contrôlées par la Russie.

Dans le domaine de gaz, il s’agit premièrement du gazoduc – South Caucasus Pipeline - qui unit les gisements de l’Ajerbaijan dans la mer Caspienne à Erzerum en Turquie en passant par la Georgie.[31] A Erzerum le gazoduc se joint à celui de l’Anatolie Orientale, qui va jusqu'à Ankara. Ce projet pourrait s’étendre pour assurer l’importation de gaz du Turkménistan et du Kazakhstan par la construction d’un gazoduc sous-marine – Trans-Caspian Gas Pipeline – entre Turkmenbasi et Baku (une interconnexion entre le gisement kazakh de Tengiz et Turkmenbasi transporterait le gaz kazakh vers le gazoduc). Le gazoduc trans-caspien a une importance accrue pour l’Union Européenne puisqu’il pourrait garantir le transit du gaz turkmen et kazakh en contournant les territoires russe et iranien. Toutefois, le gaz turkmen pourrait être acheminé au gazoduc de l’Anatolie Orientale à travers une infrastructure qui passerait par l’Iran en contournant la mer Caspienne. La partie qui unit l’Iran avec Erzerum est déjà en fonction. Un prolongement vers le Turkmenistan serait nécessaire, le passage via l’Iran pourrait pourtant poser des problèmes géopolitiques.

A la suite pour transporter le gaz de l’Ankara vers l’Europe il existe des solutions alternatives, qui rendent  la région de l’Europe de sud-est cruciale pour l’acheminement des ressources de la région Caspienne, de l'Iran et du Moyen Orient vers le marché de l'Union Européenne. Une interconnexion entre les réseaux gaziers de la Turquie et la Grèce est déjà en fonction. Elle fait partie d’un projet plus large qui prévoit également la connexion sous-marine entre la Grèce et l’Italie jusqu'à 2012.[32] De plus, il existe de plans pour la construction d’un gazoduc – le fameux Nabuco - qui transportera de gaz de la mer Caspienne, l’Iran et le Moyen Orient via la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie et l’Autriche en Europe en contournant le territoire russe.[33] Un autre projet, qui se trouve toutefois dans une phase très précoce encore, c’est le gazoduc qui devrait lier la Grèce, avec la Slovénie en passant par l’ancienne République yougoslave de Macédoine, la Serbie, la Bosnie et la Croatie. De toutes ces façons, le gaz de la région Caspienne peut être transporté vers les marchés européens hors le control russe en diversifiant effectivement les voies de transit.

Dans le domaine du pétrole, la planification d’infrastructures contient également plusieurs projets, qui prennent fortement en considération le facteur environnemental. En fait, le transport maritime pétrolier en Méditerranée et dans la mer Noire a fortement augmenté pendant les années dernières, ce qui crée de nombreux problèmes de pollution et plusieurs accidents. Notamment, le trafic au Bosphore est extrêmement lourd. Pour cette raison, des projets envisagés cherchent à substituer le transit par d’oléoducs à une partie du transport maritime. En contournant les détroits turcs les oléoducs contribuent à la réduction du coût environnemental, mais aussi financier puisque les entreprises de transport pétrolier paient chèrement le retard dans le Bosphore.

Il s’agit premièrement d’une extension de l’oléoduc Odessa-Brody vers Plock en Pologne et par là vers Gdansk pour acheminer le pétrole caspien de la mer Noire directement à la mer Baltique en réduisant le transport maritime. Odessa-Brody est en fonction depuis 2001, toutefois plusieurs problèmes ont apporté de transformations importantes dans le plan original. En outre, il existe de plans pour la construction d’un oléoduc – Pan-European Pipeline - qui facilitera le transit de pétrole entre Costanza, le port roumain de la mer Noire, et Trieste, le port italien de la mer Adriatique, en passant par la Serbie, Omisalje en Croatie, la Slovénie. Les pays de transit seront aussi fournis avec de pétrole. Ce projet contribuerait d’une façon considérable au soulagement partiel du Bosphore. Un autre projet, qui a été proposé dans la même logique, est l’oléoduc AMBO, qui unira Burgas, le port bulgare de la mer Noire à Vlore, le port albanais de la mer Adriatique, en contournant le Bosphore. Toutefois, le projet qui se trouve aujourd’hui à la phase la plus avancée, c’est l’oléoduc qui unira Burgas, le port bulgare de la mer Noire à Alexandroupolis, le port grec méditerranéen en contournant de cette façon aussi le détroit turc. Ce projet a reçu plusieurs critiques à cause de la participation considérable d’entreprises russes (51%) à sa construction. Cependant, la Commission Européenne l’a mis sous l’égide d’INOGATE en reconnaissant sa grande importance quant au dégagement de l’approvisionnement énergétique européen de l’obstacle que pose le Bosphore.

 

L’insuffisance de la politique extérieure européenne énergétique dans la région de la mer Caspienne

 

La réalisation de la part de l’Union Européenne de l’importance que la diversification des sources et des voies de transit a pour la sécurité de l’approvisionnement énergétique de l’Union est déjà un grand progrès. De plus, le fait que l’Union ait reconnu le rôle crucial de la région de la mer Caspienne et de l’Asie Centrale dans le jeu mondial énergétique, constitue également une évolution positive dans son effort de se montrer en acteur international puissant. Toutefois, quelques premiers pas que l’Union a fait vers la coopération active avec les pays de la région ne peuvent pas être considérés comme suffisants pour qu’elle puisse garantir sa libération de la dépendance de la Russie en matière d’approvisionnement énergétique.  

La politique extérieure européenne en matière d’énergie présente quelques points faibles, qui influent négativement sur l’effort européen de sécurisation de l’approvisionnement énergétique. Le cas de la politique européenne dans la région de l’Asie Centrale, du Caucase et de l’ Europe de l’est est assez explicatif de ces faiblesses puisque dans cette région là la concurrence entre l’ Union Européenne et la Russie est fortement élevée. De cette manière, chaque tentative européenne dans la région doit être effectuée diplomatiquement et délicatement pour ne pas susciter des réactions graves de la part russe. En fait, la Russie se montre très sensibilisée en ce qui concerne les interventions d’autres puissances mondiales dans la région qu’elle considère comme appartenant à sa propre sphère d’influence. Le fait que l’Union Européenne ne soit pas la seule qui cherche à établir une présence solide dans la région et qu’elle doive également faire face à la concurrence des Etats-Unis ainsi que des pays asiatiques émergents, rend le contexte au sein duquel l’Union Européenne doit se débrouiller encore plus fluctuant et instable. Dans ce cadre, chaque échec de l’Union Européenne de promouvoir dans la région de différents processus, qui faciliteront la diversification de son approvisionnement énergétique, peut fournir la Russie avec un avantage de plus à consolider sa domination dans la région, son control sur les ressources et les flux énergétiques, et de cette façon sur le marché européen énergétique. Les implications politiques et économiques potentielles d’une telle évolution provoquent une inquiétude croisée à Bruxelles.



[1] Toutefois, l’intensité énergétique européenne a diminué à 1,4% durant les années ’90 grâce à une restructuration des économies des Etats membres. L’intensité énergétique est la proportion entre la consommation énergétique et le PIB. Sa baisse signifie une plus grande efficacité de l’emploi d’énergie, une orientation vers le développement à plus faible intensité énergétique.

[2] En 2004 la consommation énergétique de l’Union des 25 était estimée à 1745 mtoe (millions tonnes of oil equivalent). Entre 2000 et 2004 une augmentation de la consommation énergétique de 1,4% a été notée.

[3] Les réserves énergétiques européennes ne constituent que 7,3% des réserves mondiales de charbon, 2% de celles de gaz et 0,6% de celles de pétrole.

[4] Ca signifie que l’Union Européenne sera dépendante des importations à 90% pour le pétrole, à 70% pour le gaz et à 100% pour le charbon.

[5] Il existe déjà plusieurs programmes européens – Intelligent Energy Europe, par exemple – qui mettent l’accent sur une telle recherche dans le contexte de la préoccupation européenne de la dégradation de l’environnement et du réchauffement climatique.

[6] Les formes d’énergie renouvelables constituaient en 2004 seulement 6% de la totalité de la consommation énergétique européenne, tandis que le pétrole correspond à 37%, le gaz à 24% et le carbone solide à 18%.

[7] Selon les prévisions de l’AIE, la consommation énergétique mondiale sera en 2030 60% plus élevée qu’elle a été en 2002. En Chine cette croissance s’arrivera à 100%, en Inde à 90%, aux Etats-Unis 50% et dans le pays membres de l’OCDE en général à 30%.

[8] 30% de l’augmentation correspond au pétrole et un même pourcentage au gaz.

[9] Total a investi dans le secteur du raffinage en Europe et Areva dans le secteur nucléaire avec la construction d’un premier réacteur EPR (European Pressurized water Reactor).

[10] Dans les vingt années suivantes il y aura besoin d’investissements d’environ un trillion euro dans le secteur d’infrastructure énergétique.

[11] Seule la Russie détient 30% des réserves mondiales de gaz et 6% des celles de pétrole.

[12]  Près de deux tiers de la consommation mondiale sont aujourd’hui couverts par des réserves concentrées dans des régions instables.

[13] Une augmentation annuelle de 1,5 millions barils par jour serait possible au lieu de 500 milles seulement.

[14] Souvent ils préfèrent thésauriser la rente énergétique ou s’engager dans des dépenses improductives. Les achats d’armement algériens de la Russie, la poursuite du programme nucléaire iranien, la généreuse politique sociale de Chavez au Venezuela sont tous des exemples caractéristiques des dépenses financées par le revenu énergétique.

[15] Les crises entre la Russie, l’Ukraine et la Biélorussie, la situation en Irak, les tensions en Iran – sujet nucléaire – et en Bolivie, l’instabilité en golfe de Guinée et en Asie Centrale, sont quelques exemples de problèmes géopolitiques qui en 2004 – 2007 ont entraîné une augmentation considérable des prix énergétiques.

[16] En début 2008, le pétrole coûte environ 88$/baril et le gaz 8$/MMBtu. (http://www.bloomberg.com/energy/)

[17] La production de pétrole de la mer Caspienne pourrait atteindre 4 millions de barils par jour d'ici à 2010. La  production de gaz pourrait être portée à 170 milliards de m3 d'ici à 2010. Kazakhstan produit 70 millions de tonnes de pétrole et 34 milliards de m3 de gaz (2006), et l'Azerbaïdjan produit plus de 8 milliards de m3 de gaz (2006). L'Iran est le deuxième producteur OPEP de pétrole et détient les plus importantes réserves mondiales de gaz après la Russie.

[18] L’évolution de la question iranienne dans les années prochaines constituera un bon champ dans lequel la capacité de l’Union d’agir à l’échelle mondiale sera examiné.

[19] Près de 25% du gaz et 15% du pétrole consommés dans l’Union Européenne sont fournis par la Russie.

[20] L’Union Européenne reste toujours le marché d’exportation principal pour l’énergie russe. En 2006 60% des exportations russes pétrolières et 88% de celles de gaz sont été destinés à l’Union Européenne. La Russie vise à augmenter la quantité de gaz exportée vers l’UE jusqu'à 2010 à 200 milliards de m^3 par année sur une production totale de 245-275 m^3.

[21] Un accord de coopération a été signé en août 2006 entre Gazprom et l’entreprise algérienne Sonatrach. Parmi les projets communs envisages pourraient être la construction de nouveaux gazoducs, la collaboration dans le domaine du gaz naturel liquifié, l’acquisition d’actions dans d’entreprises d’autres pays ou l’entente en matière des prix d’exportations. L’Union Européenne a accusé la Russie d’établissement de cartel dans le domaine de gaz. (http://www.stratfor.com/algeria_russia_europes_natural_gas_dilemma)

[22] La charte de l’énergie vise à faire la Russie consentir à l’ouverture de son marché aux entreprises européennes. Le refus russe de la ratifier s’arrive en même temps que Gazprom poursuit une politique des prises de participation au capital des principaux opérateurs gaziers européens.

[23] Il s’agit notamment de nouveaux oléoducs, gazoducs et terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL).

[24] Notamment avec la Russie, la Norvège, l’Ukraine, le Brésil, le bassin de la mer Caspienne, les pays méditerranéens, les pays de la mer Baltique (BASREC)

l’OPEP et le Conseil de coopération du Golfe.

[25] Notamment au sein d’enceintes multilatérales comme le G8, avec les Etats-Unis, la Chine et l’Inde, qui constituent les plus grands consommateurs d’énergie.

[26] Plusieurs tels projets ont été déjà décidés ou se trouvent à une phase avancée de planification en Afrique de Nord, au Moyen-Orient, dans la région de la mer Caspienne et de l’Asie Centrale, en Russie et en Norvège.

[27] Il s’agit notamment de l’Azerbaijan, l’Arménie, la Bulgarie, la Georgie, l’Iran (observateur), le Kazakhstan,  le Kyrgyzstan, la Moldavie, la Russie (observateur), la Roumanie, le Tajikistan, la Turquie, l’Ukraine et l’Uzbekistan.

[28] INOGATE signifie “Interstate Oil and Gas Transport to Europe” et TRACECA “Transport Corridor Europe – Caucasus – Asia”.

[29] Les pays participants à INOGATE sont l’Albanie, l’Arménie, l’Azerbaijan, la Biélorussie, la Bulgarie, la Croatie, la Georgie, le Kazakhstan, le Kyrgyzstan, l’ancienne République Yugoslave de Macédoine, la Moldavie, la Roumanie, le Tadjikistan, le Turkmenistan, l’Ukraine, l’Uzbekistan, la Grèce, la Lettonie, la Serbie, le Montenegro, la Slovakie, la Turquie.

[30] INOGATE vise au développement d’un système régional d’infrastructure énergétique, tandis que TRACECA vise à faciliter l’activité d’INOGATE en améliorant les réseaux de transport routiers, ferroviaires et maritimes.

[31] Le gazoduc Baku – Tbilisi – Erzerum aura une longueur totale de 925 km et une capacité de 22 milliards m^3 par année.

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