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  • : La géopolitique par Jacques Soppelsa
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Cv Jacques Soppelsa

Agrégé de géographie , Docteur d'Etat ,et Professeur de géopolitique à l'université Paris I (Panthéon-Sorbonne). Retrouvez le Cv résumé en cliquant sur le lien suivant : Jacques Soppelsa

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Publications

1971 : Les Etats Unis (PUF)
1972 : Géographie Universelle (2 tomes) Livre du mois
1973 : Le Moyen  Orient (3 tomes) Mang
1975 : L'économie des Etats Unis (Masson). Livre du mois
1976 : La Géorgie méridionale et le Vieux Sud des Etats Unis (thèse)
1979 : Les grandes puissances (Nathan)
1980 : Géographie des Armements (Masson) Livre du mois
1981 : Histoire du Far West (Larousse  BD) 32 facsicules en coll.
1982 : La Terre et les hommes (Belin)
1984 : Des tensions et des armes (Publications de la Sorbonne)
1986 : Lexique de  Géographie Economique (en coll  Dalloz)
1988 : Lexique de Géopolitique (Dir. Dalloz)
1992 : Géopolitique de 1945 à nos jours (Sirrey)
1994 : La Patagonie (en coll. Autrement)
1995 : Los Frances en Argentina (en coll .Zago)
1996 : La dictature du rendement (Ellipses)
1997 : Dix mythes pour l'Amérique (Colin)
1999 : la démocratie américaine (Ellipses)
2001 : Géopolitique de l'Asie Pacifique (id)
2003 : Le Dialogue régional en Amérique Latine (Ellipses)
2005 : Les Etats Unis .Une histoire revisitée (La  Martinière-.Le Seuil)
2006 : "Dix morts en sursis" -Roman de Géopolitique fiction- Editions du Club Zero
2008 : Géopolitique du monde contemporain (en coll.) (Nathan)

2009 : Les sept défis capitaux du Nouvel Ordre Mondiale

2010 : Dictionnaire iconoclaste de l'immigration

2011 : Géopolitique et Francophonie

2012 : Louis XVII, La piste argentine

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13 juin 2007 3 13 /06 /juin /2007 20:35
 
En Décembre 1823,le Président Monroe,via une déclaration rédigée par son Secrétaire d'Etat, Quincy Adams,affirme qu' aucune puissance européenne ne pourra plus désormais "s'implanter" en Amérique Latine , tout en rappelant, (ce qui est très souvent ignoré), "qu'un régime monarchique est inconcevable sur le sous continent) A cette date,la Maison Blanche est à la tête d'une puissance singulièrement modeste ,un Etat qui vient tout juste d'accéder à l'indépendance, et dont le territoire "naturel" est si incomplètement maitrisé que, par exemple, le Général Jackson,natif du Tennessee,au coeur des Appalaches, est appelé "l'Homme de l'Ouest ! Monroe martèle avec conviction la "double mission" qui ,à ses yeux, incombe à l'Union Nord américaine,eu égard notamment à "la Destinée manifeste" d' une nation bénie de Dieu ("God Bless America").:
-Protéger les jeunes Etats frères du sous continent latino américain d'éventuelles menaces extérieures
(à l'époque,Monroe ne peut guère songer qu'aux puissance européennes,et notament les anciennes
métropoles),tout en s'astreignant à exporter ,à l'échelle des Amériques,ce "modèle démocratique" initié,
il y a moins d'un demi siècle, par les Constituants, les "Pères Fondateurs".
Cette "double mission "a ,d'entrée de jeu,un corollaire fondamental,évoqué par Monroe et traduit,près de
deux siècles plus tard, par son lointain sucesseur, George H. Bush.Ce drnier,en 1991,à l'heure de
l'implosionde l'URSS, donc de la disparition de la "logique" des Blocs,va proposer la mise en place progressive
d'un marché commun unique , de "'Alaska à la Terre de Feu" ; bref, sous une forme modernisée, le slogan de
Monroe lui même: "Aux Européens le Vieux Continent, aux Américains le Nouveau Monde".
Notons d'emblée que cette double mission peut se traduire aussi,nonens volens, par l'alternative contemporaine
fréquemment évoquée par les analystes nord américains de l'époque contemporaine,comme Francis Fukuyama,
Paul Kennedy ou Samuel Huntington. Au delà de leurs sensibilités notoirement différentes quant à l'avenir de
l'hyperpuissance nord américaine, tous soulignent la pérennité du dilemne,au moins apparent.En ce début de
nouveau millénaire, Washington est plus que jamais confrontée à deux "options"géopolitiques: soit poursuivre
une activité internationale fondée sur ce "devoir moral" (voire ,ce qui n'est pas ,tant s'en faut, incompatible, sur des
intérêts strictement géoéconomiques) incombant à la nation élue, et viscéralement condamnée à jouer le rôle du
"gendarmede la planète";
La référence à cette double mission sera systématiquement évoquée, sous des formes variées,par les successeurs de James Monroe , tous volontiers chantres du "panaméricanisme version Maison Blanche", tout au long du XIXème siècle (celui qui s'achève,au plan national ,par "la fin de la frontière").Un Credo inébranlable, exprimé parfois par des considérations curieusement empreintes d'une indéniable naïveté.! Souvenons nous,par exemple,des propos tenus l'année même de la "déclaration Monroe" par son véritable rédacteur,le Secrétaire d'Etat, John Quincy Adams,quant au sort futur de l'ile de Cuba (à l'époque espagnole):
"La politique obéit come la physique,aux lois de la gravitation .Et de même qu'une pomme arrachée à l'arbre par la
tempête ne peut que tomber sur le sol, de même Cuba , arrachée par la violence à des liens de nature avec l'Espagne et incapable de se gouverner elle même,ne peut que graviter dans la direction des Etats Unis qui, obéissant à la même loi naturelle, ne peuvent la rejeter de leur sein"(sic).
Le discours du Président Monroe (Songeons qu'en 1823, les Etats Unis n'ont pas encore acquis,en termes de projection de puissance,leurs galons de "puissance moyenne") est de facto la première affirmation solennelle révélant l'émergence d'une prise de conscince, naguère cachée, de cette idéologie expansionniste (certains diraient "impérialiste").Une mission que le journaliste O'Sullivan, quelques années à peine avant la découverte de la première pépite ,dans la Sierra des Klamaths et la "Ruée vers l'Or" décrivait en termes tout à fait révélateurs :"la colonisation et la possession du continent américain appatiennent au destin évident des Etats Unis". Cette destinée évidente,...les Amérindiens seront les premiers à en faire , dramatiquement,la découverte! C'est cette même destinée qui resurgit, un siècle et demi plus tard, dans la bouche de George W.Bush.Ce dernier, déclarant la guerre aux "Rogue States", à "l'Axe du Mal", n'hésitera pas à réaffirmer: "Bénéficiant de multiples vertus démocratiques, les Etats Unis ont un constant devoir moral à l'égard de l'humanité".
 
UN DISCOURS DESORMAIS LEGENDAIRE:
 
Ecoutons James Monroe,ce 2 Décembre 1823 "Nous avons toujours été les spectateurs anxieux et intéressés de ces évènements qui se déroulent dans cette partie du globe (l'Europe) avec laquelle nous avons tant de liens et dont nous tirons notre origine. Les citoyens des Etats Unis se réjouissent de la liberté et du bonheur de leurs semblables de l'autre côté de l'Atlantique.
Dans les guerres des puissances européennes pour des affaires les concernant elles mêmes, nous ne sommes jamais intervenus et il n'est pas conforme à notre politique de le faire.
C'est seulement lorsque nos droits sont atteints ,ou sérieusement menacés, que nous ressentons l'offense ou faisons des préparatifs pour notre défense.Les évènements de cet hémisphère nous touchent nécessairement de plus près; le système politique des puissances alliées est à ce point de vue essentiellement différent de celui de l'Amérique.Cette différence provient de celle qui existe dans leurs gouvernements respectifs.
Cette nation tout entière se consacre à la défense du nôtre, réalisé par la perte de sang et de richesses, muri par la sagesse de nos concitoyens les plus éclairés, et qui nous a procuré une félicité sans exemple. Nous devons donc à la bonne foi et aux relations amicales existant entre les Etats Unis et ces puissances de déclarer que nous considérerions toute tentative de leur part pour étendre leur système à une portion quelconque de cet hémisphère comme dangereuse pour notre paix et notre sécurité.
A l'égard des colonies ou dépendances actuelles des puissances européennes,nous ne sommes pas intervenus et nous n'interviendrons pas. Mais à l'égard des Gouvernements qui ont déclaré leur indépendance et qui l'ont maintenue et dont nous avons reconnu l'indépendance après sérieux examen, et sur la base de la justice, nous ne pourrions considérer aucune intervention d'une puissance européenne ayant pour but de les opprimer ou de contrôler leur destinée autrement que comme la manifestation d'une disposition inamicale à l'égard des Etats Unis.
Les derniers évènements d'Espagne et du Portugal montrent que l'Europe est encore troublée.Il est impossible que les Puissances alliées puissent étendre leur système politique à une portion quelconque du territoire américain sans mettre en danger notre paix et notre bonheur; et personne ne peut croire que nos frères du sud, s'ils étaient livrés à eux mêmes, l'adopteraient de leur propre gré . Si nous comparons la puissnace et les ressources de l'Espagne et celles de ces nouveaux Gouvernements et la distance entre l'une et les autres,il est évident qu'elle ne pourra jamais les assujettir..."
Peut on réellement parler ici de propos obsolètes ? Ceci étant,la déclaration fut accueilie en Amérique latine par un
déferlement d'enthousiasme On le sait, elle avait été fortement inspirée,sinon dans la lettre, du moins dans l'esprit, par Manuel Jose Torres, l'Ambassadeur de Simon Bolivar à Washington.Un Libertador héritier ,en la circonstance,des utopies de Miranda, père spiritueldu panaméricaisme..Et sa "Lettre de la Jamaîque n' a précédé la Déclaration Monroe que de quelques huit printemps ! LePrésident des Etas Unis,en la matière,établissait un double constat, martelait un avertissement solennel et réaffirmait un acte de Foi:
-un double constat: attentifs à l'histoire de l'Europe et aux guerres instestines qui accablaient cette dernière,les Etats Unis confortaient solennellement leur politique étrangère de non ingérence et de stricte neutralité à l'égard de ces
puissances...sauf si les intérêts nord américains proprement dits étaient, en la circonstance,
menacés.Or,précisément,compte tenu du contexte géoplitique,lesdits intérêts pouvaient être rapidement considérés comme étant objectivement en danger.
-Un solennel avertissement:dans un contexte délicat,la Maison Blanche ne pourrait accepter l' hypothèse de l'intervention d'une puissance européenne susceptible de metre à mal le fragile équilibre difficilement obtenu entre des états latino américains venant tout juste d'accéder à l'indépendance.
-un acte de foi, enfin:la croyance viscérale des Américains dans les vertus de la démocratie et la valeur d'exemplarité des Etats Unis et leur Constitution, une constitution largement héritée des principes de Locke et de la séparation des trois pouvoirs chère au Seigneur de la Brède.
 
D'un panaméricanisme bien tempéré !
 
Entre 1840 ("Go to the Far West") et la Première Guerre Mondiale, les fondements de la doctrine Monroe se
pérennisent,sous des formes variées, avec les aléas par du panaméricanisme.
Ce dernier va être singulièrement encouragé par les thèses de l'Amiral Mahan.Certaines sont quasiment "révolutionnaires", pour un peuple descendant de pionniers agriculteurs littéralement affamés de terres,comme l'affirmation selon laquelle le vecteur maritime est incontournable pour la promotion d'un Etat du statut de "puissance moyenne" à celui de "grande puissance".
Affirmation vérifiée de facto dans maints exemples européens...Celle de la "suprématie de la race blanche",en revanche, est singulièrement édifiante!.Il est vrai qu'elle est contemporaine des premières séquelles de la guerre civile .(traduisons, sans doute..."de la ace..anglo saxonne !) De nombreux slogans prolifèrent tout au long de la période de "Reconstruction": "L'Amérique aux Américains",certes, mais aussi une formule nettement moins hypocrite, "l'Amérique aux Nord Américains"; sans parler du légendaire et tonitruant "Hands Off!", proféré maintes fois au tournant du siècle.
Une fin de siècle qui s'illustre aussi par l'essor de deux sensibilités en matière de politique internationale: le réallisme de Théodore Roosevelt et l'idéalisme (certains ont pu parler "d'angélisme) de Woodrow Wilson.
Les deux mandats (non sucessifs) du premier sont, en ce domaine, particulièremnet révélateurs.Le 3 Avril 1903, le Président décrit clairement les grands principes de sa méthode en matière de Relations Extérieures: "Parlez doucement..mais prenez un gros bâton derrière vous.Vous irez loin...Si la a nation américaine sait parler doucement et cependant construire et maintenir une marine puissante,la doctrine Monroe ira loin (sic).
L'hyper réalisme de Rosevelt ira effectivement très loin,y compris durant les mandats de ses sucesseurs directs.
Les exemples ne manquent pas: Panama, avec le creusement du canal éponyme,qui va bouleverser la donne en matière de circulation trans océanique,et l'établissement d'un nouvel Etat "indépendnat", qui voit les Etats Unis devenir ,sans susciter de protestation de quiconque, les "protecteurs"officiels de la nouvelle voie maritime.;le débarquemnet de Vera Cruz,le soutien sans ambiguité de la Maison Blanche au caudillo Carraza contre le "bandit" Pancho Villa; les interventions au Nicaragua (déjà!),en Haïti,en République Dominicaine.. Mais l'exemple le plus éclatant demeure en la circonstance l'ile de Cuba et son protectorat, entre 1898 et 1934. Souvenons nous: lors du Traité de Paix du 5 Décembre 1898, Madrid avait cédé aux Etats Unis, l'ile de Guam, Porto Rico,
les Philippines.Elle cédait aussi Cuba , oùt les Etats Unis obtenaient le droit d'occuper "provisoirement" l'île pour en assurer le maintien de 'lordre et en garantir la défense..."Les Etats Unis conseilleront le Gouvernement cubain et instruiront le peuple jusqu'à ce qu'il soit capable de se gouverner lui même". Nous sommes plus que jamais au coeur de la doctrine Monroe.
L'indépendance formelle de l'ile est proclamée le 2 Mai 1902. Mais l'Amendement Platt,dès l'année suivante ,donne la possibilité à Washington, "d'intervenir en cas d'urgence" ,et octroie aux Etas Unis la jouissance de deux bases navales, à Bahia Honda (rétrocédée dix ans plus tard) et..Guantanamo.
De manière singulièrement prémonitoire, l'humaniste José Marti, père spritituel de l'indépendance, écrivait de manière fort prémonitoire :"la libération de mon pays est ma raison de vivre ! Mais Cuba doit être libre et de l'Espagne et des Etats Unis. Une fois les Etats Unis à Cuba, qui les en sortira ?"
Discours auquel Théodore Roosevelt répondra indirectement en 1906, année de nouveaux troubles à la Havane,avec son indéniable sens de la modération: "..Je suis tellement fâché contre cette infernale petite république de Cuba que j'aimerais qu'elle soit rayée de la carte ! Tout ce que nous voulons d'eux,c'est qu'ils se comportent bien,qu'ils soient prospères et heureux,de façon à ce que nous n'ayons pas besoin d'intervenir. Et maintenant ,voilà qu'ils ont commencé une révolution complètement injustiable et inutile et les choses vont devenir tellement compliquées que nous serons obligés d'intervenir, ce qui convaincra immédiatement tous les idiots soupçonneux d'Amérique du Sud qu'après tout ,c'est ce que nous voulions :" Tout est dit dans cette intervention,à mi distance chronologique des mandats de James Monroe et de George W.Bush.,
...même si l'Irak n'est pas Cuba! Singulière continuité au delà d'un indéniable changement d'échelle
Dès le lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, avec la signature du Pacte de Rio (1947), les Etats Unis contribuent à restaurer "l'Organisation des Etats Américains",sur le modèle de l'Alliance Atlantique, et dans le droit fil de l'affrontement idéologique Est-Ouest. Dans le cadre du nouveau système international,en dépit des espoirs suscités par la création de l'ONU et l'affichage de ses ambitieuses missions de maintien de la Paix , Washington va systèmatiquement justifier ses interventions en Amérique Latine par la référence implicite ou explicite au danger communiste.Les menaces potentielles représentées par les puissances européenne au début du XIXeme siècle sont désormais relayées par le "péril rouge"et de les craintes de la prolifération de la subversion marxiste. Justifications systèmatique... jusqu'à l'effondrement du Bloc de l'Est,et à la notable exception de la parenthèse (originale mais très courte) de la Présidence de Jimmy Carter, Apôtre des Droits de l'Homme.
Pour l'ancien Gouverneur de Géorgie, dont l'avènement se place délibérément sous le régime du renouveau moral (au lendemain du scandale du Watergate), le rôle messianique des Etats Unis n'est pas incompatible ave la pmomotion des Droits de l'Homme. Avec Carter, la Maison Blanche abandonne délibèrement la Realpolitik,et le soutien inconditionnel et indéfectible aux dicatures les plus sanglantes,soutien intimemnt lié à l'impérieuse nécessité de brider l'expansion spatiale du communisme.
Le 26 Mai 1977,dans un discours devenu célèbre, à l'Université de Notre Dame,en Indiana, Jimmy Carter souligne:"nous sommes désormais libérés de cette peur excessive du communisme qui nous a conduits à adopter tout dictateur pour partager avec nous cette peur" .Et c'est bel et bien sous sa présindence que la "Commission Américaine des Droits de l'Homme",certes signée par les membres de l'Organisation des Etats Américains dès 1969, entre effectivement en application.
Carter l'idéaliste, empêtré dans l'imbroglio suscité, au Nicaragua, par la chute du dictateur Somoza et l'arrivée au pouvoir du front sandiniste marxiste de Daniele Ortega, "humilié" par les avatars, au Moyen Orient,de l'affaire des otages américains à Téhéran,va échouer dans sa tentative d'obtenir un second mandat présidentiel. Il est remplacé à la Maison Blanche par un partisan convaincu des vertus de la Realpolitik, Ronald Reagan.
Reagan est profondément marqué par les analyses et les effets de la "théorie des dominos" et, expliciitement, de la thèse désormais majoritaire au sein de la plupart des "think tanks",(mais parfaitement subjective) du "déclin américain". Les Grands Electeurrs mettent au pouvoir un homme qu'un célèbre cartoonist caricaturera,en 1982,de la manière suivante: Ronald Regan est représenté ,installé dans le Bureau Ovale,et répétant inlassablement l'un des slogans de son programme électoral,glorifiant les principes ultra libéraux: "Que le Gouvernement ne soit plus constamment dans le dos des gens !" Mais un astérisque renvoie le lecteur vers une petite note de bas de page: "offre nulle et non avenue en Argentine,au Chili,au Salvador,au Guatémala,au Mexique ,etc...
De facto, l'ancien Gouverneur de Californie va pouvoir revendiquer simultanément une double filiation: la Doctrine
Monroe,naturellement,mais aussi la politique du "Big Stick",furieusement mise en application par Théodore Roosevelt.
Le 6 Février 1985, le Chef de l'Etat rappelle les principes majeurs de sa doctrine: la mission des Etats Unis est d'enrichir et de défendre la liberté et la démocratie .De défendre ces idéaux partout où nous le pouvons.Nous ne devons pas tromper la confiance de ceux qui risquent leur vie pour lutter contre les agressions soutenues par l'Union Soviétique et promouvoir les droits dont nous jouissons depuis notre naissance".
C'est effectivement l' acte de naissance de la "croisade reaganienne" et de son slogan: "l'Amérique est de retour!"
"L'Amérique est de retour,certes. L' Initative de Défense Stratégique est mise en branle; les EtatsUnis jouent un rôle
déterminant sur une scène internationale mouvante,avec la nouvelle donne liée à la disparition de Brejnev,l'avneture afghane ,les nouvelles orientations affichées par Pékin ou la réconciliation définitive du couple franco allemand...
"L'Amérique est de retour"!
Elle l'est singulièrement...en Amérique Latine ! Pour l'équipe Reagan, en Meso Amérique et dans les Caraïbes, l' lincendie est dans le jardin des Etats Unis"..Et face à ce constat (sciemment assombri), le double mandat de Ronald Reagan va ,en réalité, s'illustrer par l'utilisation, au plan des relations entre Washington et le sous continent latino américain, de tout l'arsenal des armes de la Realpolitik (une utilisation fréquemment cachée derrières les références "rassurantes" de l'OEA, voire, indirectement, des Nations Unies ellesmêmes): interventions directes, actions indirectes,désinformation,voire non intervention ! On a ainsi pu écrire qu'avec Reagan, toute la gamme des hypothèses d'écoles diplomatiques et géopolitiques a été déclinée, avec plus ou moins de bonheur, en Amérique Latine"!
 
Ronald Reagan, un "V R P multicartes":
Les huit années de la présidence Reagan sont à nos yeux,les plus signifiactives de tout le dernier siècle quant aux relations entre Washington et le sous continent par la diversité des initiatives prises par la Maison Blanche pour régler quelques contentieux ,voire certains conflits ouverts.Citons notamment:.
-Au chapitre des relations directes,le dénouement de la "crise" de la Grenade.Le 25 Octobre 1983,les marines débarquent sans crier gare dans la petite ile de la Grenade,au coeur des Caraïbes.Une ile qui vient d'accéder à l'indépendance,mais se doter aussi d'un chef d'Etat qui masque mal ses sympathies à l'égard des thèses marxistes, le Président Bishop..
Les marines renversent le régime..d'autant plus brutalement que le Président des Etats Unis savait pertinemment que la plupart des grandes puissances ne bougeraient pas et ne prendraient pas le risque de perturber un équilibre international un tantinet délicat pour quelques lopins de terre au milieu du Golfe du Mexique. Bishop est assassiné en Octobre.Et l'affaire de la Grenade ne va effectivement susciter que des protestations symboliques (certes vives) à la tribune de l'ONU...
-En matière "d'action indirecte" ,l'exemple du Nicaragua est particulièrement significatif.Managua et son leader, Ortega,sont perçus par l'Administration américaine comme un nouveau Cuba, peu être plus dangereux encore quje cette dernière pour les iintérêts géopolitiques et géoéconomiques étatsuniens...Le Nicaragua est sur le continent ,au sein de cet isthme meso américain jouant au moins potentiellement un rôle éminemment stratégique. Washington (le Nicaragua n'est pas la Grenade!) va comrnencer par tenter de déstabiliser Managua en créant et en supportant des mouvements contre révolutionnaires plus ou moins artificiels , les"contras".Ces derniers infiltrent les états voisins ,comme le Honduras, pour isoler économiquement le pays,voire pour pénétrer sur le territoire nicaraguayen et muliplier les escarmouches,les coups de forces,les raids éclairs.Une consigne:"sympathiser avec les populations locales"! Du fait des maladresses,sinon des exactions commises par les "contras", dont l'action va surtout contribuer..à resserrer les liens entre lesdites populations et le gouvernement sandiniste,les initiatives des Etats Unis vont changer de nature à partir de 1984.Washingon reprend directement les choses en main:c'est le minage systématique des ports et des zones stratégiques de l'inérieur;c'est,à partir de 1985, la décision d'embargo commercial général .Ces interventions directes vont être sévèrement sanctionnées par la Cour Internationale de Justice de la Haye.Cette denrière,dans son jugement du 26 Juin 1986,va condamner en effet les Etats Unis: "en posant des mines dans les eaux territoriales du Nicaracagua, lesEtats Unis ont violé les obligations imposées par le droit international coutumier de ne point recourir à la force armée contre un autre Etat, de ne pas porter atteinte à sa souveraineté et de ne pas perturber le commerce maritime". Rappelons que Washington, par le truchement de son Président, déclarera la Cour Internationale de Justice comme parfaitement..incompétente!"
-Plus subtiles ,indéniablement,les politiques de désinformation. L'exemple du Salvador en constitue peut être l'exemple le plus édifiant.Un Rapport Spécial du Département d'Etat consacré aux "ingérences marxistes au Salvador", classé Secret defense, est "malencontreusement" publié, le 2 Février 1981, par un grand quotidien national. Ce Rapport décrit en détails la situation du pays, "totalement infiltré" par la subversion" et évoque la présence de nombreux agents cubains ou à la solde des Soviétiques". Après avoir regretté "la fuite", l'Administration Reagan décide d'intervenir. C'est "un droit moral de le faire".
La Maison Blanche va accroitre sensiblement son aide économqiue et militaire au gouvernement en place; une intiative chaleureusement applaudie à travers la Meso Amérique et l'Amérique du Sud. Seuls ,Panama (mais Noriega paiera chèrement cette"trahison" quelques années plus tard) et le Mexique, la condamnent.Ce Mexique qui ,comme le rappelait à l'aube du siècle,son Président Porfirio Diaz,"est si loin de Dieu mais si près des Etas Unis", et qui ira même jusqu'à oser demander à Washington de cesser toute ingérence dans les affaires intérieures du Salvador..Quelques années plus tard,la communauté internationale apprendra incidemment (et sans trop de surprise.ni de commentaires) que le fameux Rapport
Spécial avait tout d'un faux, bâti de toutes pièces,et vraisemblablement par la Central Intelligence Agency.. !
-Quant à la "non intervention",au mépris d'engagements internationaux antérieurs, elle constitue aussi, paradoxalemt en apparence,et dans un certain contexte, une redoutable arme de la realpolitik.
Le cas de la Guerre des Malouines,en la matière, est patent. Soucieux de redorer un blason singulièrement terni par les difficultés économiques internes,de plus en plus graves,et la montée de nouvelles formes de contestation,les dictateurs argentins installés à la Casa Rosada depuis 1976,décident ,dans un climat de tensions sociales suraïgu, de prendre possession par les armes de l'archipel des Malouines ( "Falkands",pour les Britanniques),. Ces iles sont occupées depuis 1833, par une poignée de "Kelpers" ,éleveurs de moutons écossais ,sujets de Londres..
Un archipel que Buenos Aires n'a guère céssé de revendiquer ( héritage de l'ancien empire espagnol) depuis plus d'un siècle et demi.L'entreprise parait ne présenter aucun risque et le résultat ne fait pas de doute pour les Généraux argentins,Galtieri,Videla,Viola ou Bongione...Ces derniers sont persuadés que Londres,(qui, àl a même date ,doit faire face à de sérieux problèmes économiques et sociaux) ne bougera pas! Sentiment conforté par les "confidences" de l'Ambassadeur des Etats Unis à Buenos Aires.Par ailleurs,la Junte ne se fait aucun souci quant à l'application du Pacte de Bogota,réactualisant l'Organisation des Etats Américains,en 1948 et au caractère quasi automatique des réflexes hémisphériques liés à la doctrine Monroe.L'Argentine,par son coup d'éclat du 2 Avril 1982,considère qu'elle récupère tout simplement un territoire naguère confisqué par une puissance étrangère au continent, l'une de ces puissances européennes explicitement citées par le Président Monroe.Au pire,les militaires argentins s'attendent à ce que les états américains hésitants (dont les Etas Unis)se cantonneront dans une stricte neutralité.Triple erreur:
-si la plupart des nations lation amétricaines vont effectivement se solidariser avec Buenos Aires, la Grande Bretagne,dirigée à l'époque par Margaret Thatcher, la "Dame de Fer",répond à l'initiative argtentine avec les arguments et les résultats que l'on sait .Après avoir tenté (brièvement) de trouver un conpromis acceptable par les deux parties, Reagan se range sans états d'âme du côté des Britanniques,au mépris de l'article III de Pacte de Rio.Et les membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU, y compris la Chine et l'URSS,sur lesquelles la Casa Rosada mettait beaucoup d'espoir votent à l'unanimité contre l'Argentine ! Manifestement, les liens historiques unissant Washington et Londres se sont, enl'occurence, et parallèlement aux principes énoncés en 1823, affirmés autrement plus solides que ceux tissés en 1948 ,avec la création de l'O E A. A fortiori les liens que James Monroe évoquait en rappelant "les devoirs de la nation américaine se consacrant sans réserve à la défense du continent,des devoirs mûris par la sagesse des concitoyens les plus éclairés ,et qui procurent une félicité sans exemple".
 
Le monde post bipolaire et le primat des facteurs géo économiques:,
Il n'est guère concevable, à l'ère du système post bipolaire,de la mondilaistaion,du "village-planète" cher à McLuhan, de voir les Etats Unis,désormais unique superpuissance, sinon "hyperpuissance", déevelopper une politique étrangère exclusivement fondée sur l'usage de la force armée.D'autant qu"officiellement,depuis l'Initiative de Défense Stratégique et son avatar, la "Missile Defense", la doctrine stratégique américaine n'est que ..défensive"! L'exemple récent de la seconde guerre d'Irak ,paradoxalement en apparence, s'est d'abord illustrée par les efforts touchants (sic) de Washington pour convaincre l'ONU,voire certains de ses partenaires de l'OTAN, du bien fondé de ses objectifs et des décisions améicaines en la matière. George H.Bush va inaugurer, et il sera suivi en celà, nonens volens, assez fidèlement par William J.Clinton, puis par son fils George W., une nouvelle méthode.
Il est effet désormais difficile,sinon impossible, y compris à l'échelle de l'Amérique Latine, de brandir l'épouvantail communiste et la menace soviétique pour justifier certaines initiatives interventionnistes.La menace soviétique a disparu; et l'épouvantail communiste ne fait pratiquement plus peur à quiconque! Les lmpératifs économiques vont donc prendre le pas sur les considérations géopolitiques les plus conventionnelles.Bush puis Clinton multiplient effectivement les propositions visant à instaurer,de l'Alaska à la Terre de Feu,un nouvel ordre économique hémisphèrique. "L'initiative des Amériques",lancée par George H.Bush, se concrétise très vite,avec la signature,en 1993,du Traité de l'ALENA. S'agi t il en l'occurence d'une nouvelle manifestation de la doctirne Monroe ? Peut on voir dans l'ALENA une réponse du "berger à la bergère" à l'égard de l'officialisation,via Brasilia et Buenos Aires, du Traité d'Asuncion (1991),fondement du MERCOSUR ? Les deux thèses sont loin d'être incompatibles...
Les quinze dernières années vont être aussi marquées par l'intérêt croissant que Washington porte à l'égard de la criminalité organisée et le trafic de drogues ilicites.Bush déclare "la guerre à la drogue", non tant pour contribuer à éradaiquer les vastes plantations de cocayers de l'altiplano bolivien, péruvien ou colombien...Mais parce qu'elles sont la source,via le raffinage, de flux d'exportation clandestins,(sous l'égide desCartel des Barons de la drogue de Cali,Bogota ou Medellin,)de plus en plsu considérables à destination des Etats Unis eux mêmes. Songeons qu'à l'heure où la Maison Blanche lance simultanèment son "Plan América 2000" pour l'éducation et son "Plan de lutte anti drogue", quelques 700 000 héroïnomanes réguliers, 6 à 7 millions de cocainomanes et plus de 30 millions de consommateurs de canabis sont recensés aux Etats Unis ! Les trois pays andins représentent , à l'aube des années quatre vingt dix, le domaine d'excellence de la coke consomméee aux States .Une "relation de dépendance économique à laquelle le Président Monroe aurait difificilement songé, même si, à son époque,les peones de l'altiplano ou les esclaves des mines aurifères ou argentifères de la Cordillère des Andes mâchonnaient quodiennement,comme leurs ancêtres, leurs feuilles de cocayers. Bush et Clinton vont combattre la drogue , "bactérie mortelle qui atteint le pays dans son corps et dans son âme".Cette guerre à la drogue (au delà de sa conséquence directe quant à la chûte du dictateur panaméen Noriega) va aussi relancer,notamment en Méso Amérique,un nouveau concept géostratégique, ,évoqué au cours du second mandat Reagan,la doctrine des "conflits de basse intensité".
La dernière décennie,au plan des relations entre les Etats Unis et l'Amérique Latine, à l'exception (édifinate) du réglement "direct" de la question d'Haiti ,(les Etats Unis contribuant efficacement à l'installation à Port au Prince ,du Père Aristide.)peut ainsi nous autorises à un double constat:
-des facteurs exogènes:la montée au premier rang des soucis de la Maison Blanche, d' entités spatiales extérieures à l'hémisphère (du Moyen Orient à l,l'Asie Pacifique,en passnat par l'Afghanistan...) via,notamment, la désormais cèlèbre liste noire des "Etats préoccupants", l'Axe du Mal;A fortiori ,le brutal bouleversement de la donne internationale ,au lendemain du 11 Septembre et de la confirmation du spectre hideux du terrorisme international..Ces facteurs.relèguent les relations interraméricaines au second plan.
-un phénomène qui n'est peut être que conjoncturel (cf.certaines crises économiques récentes comme "l'effet téquila",au Mexique ou "l'effet tango" en Argentine;.les premières conséquences du nouveau visage de l'immigration clandestine, tout particulièrement de Meso Amérique..voire certains résultats pervers de l'application de l'ALENA ! (Rappelons que ce dernier, "NAFTA" dans la langue de Shakespeare,pour "North America Free Trade Agreement", est volontiers qualifié aujourd'hui de "NADTA , pour "North American Drug Trade Agreement" (sic).
Et, dans ce contexte, on ne peut pas ne pas souligner ici la situation exceptionnelle.de Cuba. L'ile est soumise,depuis Avril 1992 (Amendement Toricelli) et 1996 ( Lois Helmes-Burton) à l'embargo...à une période où, depuis quelques années, et pour cause ,la Havane ne bénéficie plus de l'aide de Moscou. La loi Helms Burton ,qui envisage en particulier,(une grande première en Droit International) que l'embargo ne sera levé que..lorsque Fidel Castro et son frère Raul ne seront plus au pouvoir s'applique en effet à un adversaire d'autant plus haï qu'il se pérénnise vaille que vaille à quelques encablures de la Floride ! Le castrisme cubain ,à l'orée de son..cinquantenaire (!) a au moins le mérite, à l'aube du IIIeme millénaire, de redonner du crédit au souhait de James Monroe: "Lorsque nos droits sont atteints ou sérieusement menacés,nous ressentons l'offense et faisons des préparatifs pour notre défense".
Les toutes dernière années,sur ce chapître, ne peuvent pas laisser la Maison Blanche indifférente:Après l'extension de la "transition démocratique" à l'échelle de l'ensemble du sous continent ,Washington doit intégrer aujourd"hui une nouvelle donne:l'accession au pouvoir de forces de gauche démocratiquement élues , dans un nombre croissant d'Etats latino américains,:le Nicaragua de Daniele Ortega (revenu au pouvoir ...vingt ans après la révolution sandiniste)!), le Venezuela d'Hugo Chavez (qui se considère lui même comme le "fils spirituel" du Lider Maximo), la Bolivie d'Evo Morales, l'Equateur de Rafael Correa, lUruguay de Tabaré Vasquez,le Chili de Michèle Bachelet, l'Argentine de Nestor Kirchner,le Brésil de Lula.. Certes,ces "gauches" sont singulièrement diverses.Mais,dans leur ensemble,elles constituent une préoccupation difficilement négligable, pour George W.Bush ,...voire pour son successeur à la Maison Blanche !
 
  .Jacques Soppelsa.
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